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LA REVISION DE LA CONSTITUTION

La sympathie de Victor Hugo pour le prince Président avait fait place à une sorte d'aversion ; et l'histoire peut admirer la clairvoyance prophétique de ce nouveau sentiment, dans le discours prononcé par le grand poète, le 17 juillet i85i,à!' Assemblée législative, à l'occasion d'un projet de revision de la Constitution de 1848, projet favorable à l'ambition du prince Président. Citons la page où l'on rencontre pour la première fois la méprisante appellation antithétique que son auteur devait rendre si célèbre : « Napoléon le Petit ».

... Il ne faut pas que la France soit prise par surprise et se trouve un beau matin avoir un empereur sans savoir pourquoi ! (Applaudissements.)

Un empereur ! Discutons un peu la prétention.

Quoi ! parce qu'il y a eu un homme qui a gagné la bataille de Marengo, et qui a régné, vous voulez régner, vous qui n'avez gagné que la bataille de Satory ' ! (Rires. — A gauche : Très bien! très bien! Bravo!)...

M. Victor Hugo. — Quoi ! parce que, il y a dix siècles de cela, Charlemagne. après quarante années de gloire, a laissé tomber sur la face du globe un sceptre et une épée tellement démesurés que personne ensuite n'a pu et n'a osé y toucher, — et pourtant il y a eu dans l'intervalle des hommes qui se sont appelés Philippe Auguste, François Ier, Henri IV, Louis XIV ! Quoi ! parce que, mille ans après, car il ne faut pas moins d'une gestation de mille annés à l'humanité pour reproduire de pareils

1. Sur le plateau de Satory, qui domine Versailles au sud, un camp avait été établi en 1S50

ACTES ET PAROLES. Il — 441

hommes, parce que, mille ans après, un autre génie est venu, qui a ramassé ce glaive et ce sceptre, et qui s'est dressé debout sur le continent, qui a fait l'histoire gigantesque dont l'éblouissement dure encore, qui a enchaîné la révolution en France et qui l'a déchaînée en Europe, qui a donné à son nom, pour synonymes éclatants, .Rivoli, Iéna, Essling, Friedland, Montmirail ! Quoi ! parce que, après dix ans d'une gloire immense, d'une gloire presque fabuleuse à force de grandeur, il a, à son tour, laissé tomber d'épuisement ce sceptre et ce glaive qui avaient accompli tant de choses colossales, vous venez, vous, vous voulez, vous, les ramasser après lui, comme il les a ramassés, lui, Napoléon, après Charlemagne, et prendre dans vos petites mains ce sceptre des titans cette épée des géants ! Pourquoi faire ? (Longs applaudissements.) Quoi ! après Auguste, Augustule ! Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit ! (La gauche applaudit, la droite crie. La séance est interrompue pendant plusieurs minutes. — Tumulte inexprimable.)...

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