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LA VILLE

Depuis les temps historiques, il y a toujours eu sur la terre ce qu'on nomme la ville. Urbs1 résume orbisi. Il faut le lieu qui pense.

La ville. »

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tô4 — PARIS

Il faut l'endroit cérébral, le générateur de l'initiative, l'organe de volonté et de liberté, qui fait les actes quand le genre humain est éveillé, et, quand le genre humain dort, les rêves.

L'univers sans la ville ; il y a là comme une idée de décapitation. On ne se figure pas la civilisation acéphale.

Il faut la cité dont tout le monde est citoyen.

Le genre humain a besoin d'un point de repère universel.

Pour nous en tenir à ce qui est élucidé, et sans aller chercher dans les pénombres les cités mystérieuses, Gour en Asie, Palenqué en Amérique, trois villes, visibles dans la pleine clarté de l'histoire, sont d'incontestables appareils de l'esprit humain.

Jérusalem, Athènes, Rome. Les trois villes rythmiques.

L'idéal se compose de trois rayons : le Vrai, le Beau, le Grand. De chacune de ces trois villes sort un de ces trois ravons. A elles trois, elles font toute la lumière.

Jérusalem dégage le Vrai. C'est là qu'a été dite par le martyr suprême la suprême parole : Liberté, Egalité, Fraternité. Athènes dégage le Beau. Rome dégage le Grand.

Autour de ces trois villes, l'ascension humaine a accompli son évolution. Elles ont fait leur œuvre. Aujourd'hui de Jérusalem il reste un gibet, le Calvaire; d'Athènes, une ruine, le Parthénon ; de Rome, un fantôme, l'empire romain.

Ces villes sont-elles mortes? Non. L'œuf brisé ne représente pas la mort de l'œuf, mais la vie de l'oiseau. Hors de ces enveloppes gisantes, Rome, Athènes, Jérusalem, plane l'idée envolée. Hors de Rome la Puissance, hors d'Athènes l'Art, hors de Jérusalem la Liberté. Le Grand, le Beau, le Vrai.

En outre elles vivent en Paris. Paris est la somme de ces trois cités. Il les amalgame dans son unité. Par un côté, il ressuscite Rome, par l'autre, Athènes, par l'autre, Jérusalem. Du cri du Oolgotha il a tiré les Droits de l'Homme .

CHOSES VUES Première série, 1887.

Lorsque parut cette première série, on fut émerveillé du prodigieux talent de « reporter » (le mot fut écrit) ou, si vous préférez, de mémorialiste, que révélait ce recueil de notes politiques, littéraires ou sociales, toujours intéressantes, vivantes, et où se détachent des chapitres, des paragraphes, d'un relief extraordinaire, et que l'histoire recueillera — a déjà recueillis — comme des documents de haut prix.

La première de ces «Choses vues», intitulée Talleyrand, est de 1838. La dernière, de 1875. — Entre les deux, près de cinquante tableaux ou récits, portraits ou anecdotes : V Emeute républicaine de mai 183g, les Funérailles de Napoléon (1840), Louis-Philippe, Guizot, Villemain, etc., la Révolution de 1848, la Seconde république, Lamennais, Proudhon, Louis Blanc, la Mort de Balzac, etc.. L'avant-dernier chapitre, qui est de 1871. a pour titre : Thiers et Rochefort.

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