‹ uvres choisies illustréesChapitre 201 sur 240 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

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Chère amie, je suis tout ébloui de Bruxelles, ou pour mieux dire de deux choses que j'ai vues à Bruxelles : l'hôtel de ville avec sa place, et Sainte-Gudule.

Les vitraux de Sainte-Gudule sont d'une façon presque inconnue en France, de vraies peintures, de vrais tableaux sur verre d'un style merveilleux, avec des figures comme Titien et des architectures comme Paul Véronèse.

La chaire en bois sculpté de Henry Verbruggen qui est dans l'église date de 1699. C'est la création tout entière, c'est toute la philosophie, c'est toute la poésie, figurées par un arbre énorme qui porte dans ses rameaux une chaire, dans ses feuillages tout un monde d'oiseaux et d'animaux, à sa base Adam et Eve

'.TU EJS VOYAGE. Il

chassés par l'ange triste et suivis par la mort joyeuse et séparés par la queue du serpent, à son sommet la croix, la Vérité, l'enfant Jésus et sous le pied de l'enfant la tête du serpent écrasée. Tout ce poème est sculpté et ciselé à plein chêne de la manière la plus forte, la plus tendre et la plus spirituelle. L'ensemble est prodigieusement rococo et prodigieusement beau. Que les fanatiques du sévère arrangent cela comme ils voudront, cela est. Cette chaire est dans l'art un de ces rares points d'intersection où le beau et le rococo se rencontrent. Watteau et Coypel ' ont trouvé aussi quelquefois de ces points-là.

J'avais vu à Mons une église belge, fort belle vraiment et du quatorzième siècle, Sainte- Waudru. L'intérieur de ces églises-là fait honte à nos cathédrales. C'est partout un luxe, un soin, un zèle, une propreté, un ameublement exquis des chapelles, un ajustement splendide des madones, qui indigne contre nos églises si sales, si nues et si mal tenues. Si ces braves belges ne badigeonnaient pas aussi de temps en temps, on n'aurait qu'à admirer. Sainte-Waudru pourtant n'est pas barbouillée, mais Sainte-Gudule l'est...

L'hôtel de ville de Bruxelles est un bijou comparable à la flèche de Chartres ; une éblouissante fantaisie de poète tombée de la tête d'un architecte. Et puis, la place qui l'entoure est une merveille. A part trois ou quatre maisons que de modernes cuistres ont fait dénaturer, il n'y a pas là une façade qui ne soit une date, un costume, une strophe, un chef-d'œuvre. J'aurais voulu les dessiner toutes l'une après l'autre.

Je suis monté sur les clochers de Sainte-Gudule. .C'était beau. Toute la ville sous mes pieds, les toits tailladés et volutes de Bruxelles à demi estompés par les fumées, le ciel (un ciel orageux) plein de nuages dorés et frisés par le haut, coupés ras comme marbre par le bas ; au fond, une grosse nuée lontaine d'où tombait la pluie, comme du sable fin d'un sac qui se crève ; le soleil jouant dans tout cela ; la magnifique lanterne à jour du beffroi se détachant sombre sur les vapeurs blanches ; et puis le bruit confus de la ville qui montait, et puis la verdure des belles collines de l'horizon : c'était vraiment beau. J'ai tout admiré, comme un provincial de Paris que je suis, tout, jusqu'au maçon qui cognait sur une pierre et qui sifflait à côté de moi...

i. Il y eut quatre peintres de ce nom : Noël Coypel (1628-17071; Antoine, fils aîné du précédent et le plus célèbre des Coypel, bien qu'il soit inférieur à son père (1661-1722); Noël-Nicolas, deuxième fils de Noël (1690-1734); enfin Charles- Antoine, fils d'Antoine, peut-être le mieux doué de toute la famille (1694-17.Ï2 .

Par les dates initiale et terminale (1815-1882), inscrites au-dessous du titre de l'Édition complète, s'annonce l'intérêt de cette Correspondance qui, jointe aux Actes et Paroles, aux récits de voyages, à Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, achève — avec les Lettres à ta Fiancée, dont nous donnerons plus loin des extraits — de constituer une sorte d'autobiographie de l'illustre écrivain.

Elle parut en deux fois : une première partie (1815-1835) en 1896, la seconde (1836-1882) en 1898.

L'Édition complète est divisée en neuf sections :

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