‹ uvres choisies illustréesChapitre 68 sur 240 · VICTOR HUGO — PRONE · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO — PRONE

Il y a des tours entaillées comme à Pierrefonds '. des façadesbijoux comme à Anet-, des moitiés de douves tombées d'un seul morceau dans le fossé comme au Rheinfels3, de larges bassins tristes, croulants et moussus comme à la villa Pamfili*, des cheminées de rois pleines de ronces comme à Meung-sur-Loire5, de la grandeur comme à Tancarville'5, de la grâce comme à Chambord ", de la terreur comme à Chillon8.

Les traces des assauts et de la guerre sont là partout. Vous ne pouvez vous figurer avec quelle furie les français en particulier ont ravagé ce château de 1689 à 1693. Hs Y sont revenus à trois ou quatre reprises. Us ont fait jouer la mine sous les terrasses et dans les entrailles des maîtresses tours ; ils ont mis le feu aux toitures ; ils ont fait éclater des bombes à travers les Dianes et les Vénus des plus délicates façades. J'ai vu des traces de boulets dans les chambranles de ces ravissantes fenêtres du rez-de-chaussée de la salle des Chevaliers par où sautait la palatine11, afin de tâcher de devenir homme. Cette même palatine, si spirituelle, si méchante et si désespérée d'être fille, a été plus tard la cause de la guerre. Chose bizarre, il y a des villes qui ont été perdues par des femmes qui étaient des merveilles de beauté ; ce miracle de laideur a perdu Heidelberg.

Pourtant, quelle que soit la dévastation, lorsqu'on monte au château par les rampes, les voûtes et les terrasses qui y conduisent, on regrette que le grand côté tourné vers la ville, bien qu'admirablement composé, à son extrémité ouest, d'une tour éventrée qui avait été la grosse tour ; à son extrémité orientale, d'une belle tour octogone qui a été la tour de la cloche ; et à son centre, d'un hôtel à deux pignons dans le style de 1600, qui a été le palais de Frédéric IV 10; on regrette, dis-je,

1. Dans la commune de ce nom (Oise). Magnifique château féodal, restauré par Viollet-le-Duc en 1862.

2. Très beau château qu'Henri II fit élever dans la petite ville d'Anet, par Philibert Delorme, pour Diane de Poitiers.

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