II. — Pronoms relatifs
I Place assez libre du relatif. — L'usage permettait qu’il fût séparé de son antécédent : « Il désespérait de pouvoir connaître jamais s’il y a un principe secret dans la nature, qui cause à la fois le mouvement de tous les corps célestes et qui fait la pesanteur sur la terre. » (. Lettres philosophiques, XV); « Zadig s’en servit pour envoyer des exprès à Babyjone, qui devaient l’informer de la destinée d'Àstarté. » {Zadig.)
2° Emploi du relatif suivi de « que ».— « M l’abbé de Saint-Pierre a fait un journal politique de Louis XIV, que je voudrais bien qu'il me confiât » (Lettre à l'abbé Dubos, 30 oct. 1738 ) Cette construction, très employée au xvn® siècle, est rare dans Voltaire. Elle a disparu, regrettée de certains écrivains.
3° Emploi du double relatif, tournure très employée aussi au xvn0 siècle : « la lecture d’une feuille qu on dit qui paraît toutes les semaines. » (Lettre à Marmontel, 16 juin 1749.)
4 Construction embarrassée après le relatif :
« Quel est ce jeune prince, en qui la majesté Sur son visage aimable éclate sans fierté? »
(. Henriade , VII, 399.)
II serait correct, mais très lourd, de dire : sur le visage aimable duquel, etc.
V — VERBES I — Formes.
Vous contredites (pour vous contredisez). (Lettre à Schouvalow> 17 juil. 1758.)
II — Emploi des auxiliaires.
Emploi du verbe avoir au lieu du verbe être comme auxiliaire avec un verbe intransitif :
« Pour moi qui. de vos mains recevant sa couronne,
Deux ans après sa mort, ai monté sur son trône. »
{Œdipe, I, 3.)
« Où serais-je, grands Dieux ! si ma crédulité
Eût tombé dans le piège à mes pas présenté ? » —
( V Orphelin , v. 68.J
« J'ai resté six mois entiers à Colmqy. » ^
(Lettre à Mme du Deffand, 19 mai 1754.)
III — Temps et modes.
1° Emploi du passé composé pour le conditionnel passé avec le verbe « devoir « Vingt libelles vous prouvent que vous n'avez pas dû réussir. » (Lettre à M Lefèvre, 173?.) '
VOLTAIRE
2° Emploi du subjonctif présent dans les propositions complétives — « Si vous trouvez dans le fond du cœur que j'aie raison, voyez ce que vous avez à (aire. » (Lettre à Palissot, 4 juin 1760.)
3° Emploi de l’imparfait du subjonctif, au sens du conditionnel,
après un verbe au présent : « Croit-on, Sire, que si M. Bestucheff, ou Bartenstein, disait de Votre Majesté.
« Profond dans ses desseins, soudain dans ses efforts,
« De notre politique il rompt tous les ressorts; »
croit-on, dis-je, que Bartenstein ou Bestucheff, s'exprimât d'une manière peu correcte ? » (Lettre à Frédéric, 31 auguste 1749.)
« Je 4 te dis pas que ma Rome saucée fût jouée aussi souvent que Zaïre... » c'est-à-dire serait jouée. (Lettre à Richelieu, 31 aug. 1751.) — Cf. Racine, Andromaque : « On craint qu’il n'essuyât les larmes de sa mère »
4° Emploi du plus-que-parfait du subjonctif au sens du conditionnel passé après un verbe au présent :
« Je désire humblement...
— Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ces feux dans le fond des déserts. »
(P. sur le Désastre de Lisbonne.)
5° Emploi du futur à côté du conditionnel. — « Un. peuple qui
aurait des tragédies, des tableaux, une musique uniquement de son 'goût et réprouvés de tous les autres peuples policés, ne pourra jamais se flatter justement d’avoir le bon goût en partage. » (Essai, ch. cxxi.)