ŒDIPE, JOCASTE
ŒDIPE
Non, quoi que vous disiez, mon âme inquiétée 895
De soupçons importuns n’est .pas moins agitée.
Le grand prêtre me gène, et, prêt à l’excuser,
Je commence en secret moi-même à m’accuser.
Sur tout ce qu’il m’a dit, plein d’une horreur extrême,
Je me suis en secret interrogé moi-même; 900
Et mille événements de mon âme effacés Se sont offerts en foule à mes esprits glacés.
Le passé m’interdit1, et le présent m’accable;
Je lis dans l’avenir un sort épouvantable :
Et le crime partout semble suivre mes pas. 905
JOCASTE
Eh quoi ! votre vertu ne vous rassure pas !
N’êtes-vous pas enfin sûr de votre innocence?
On est plus criminel quelquefois qu’on ne pense.
JOCASTE
Ab! d’un prêtre indiscret dédaignant les fureurs,
Cessez de l’excuser par ces lâches terreurs. 910
ŒDIPE
Au nom du grand Laïus et du courroux céleste,
Quand Laïus entreprit ce voyage funeste.
Avait-il près de lui des gardes, des soldats ?
JOCASTE
Je vous l’ai déjà dit, un seul2 suivait ses pas.
(1) Interdire. V. Lex.
(2) Voltaire corrige Sophocle, qui prête à Laïus une suite plus nom-
breuse, cinq hommes. De même il néglige le détail précis, cependant si important, sur le lieu même de l’assassinat, un chemin qui se partage en trois sentiers, l’endroit où se rejoignent les routes de Delphes et de Daulis. .
ŒDIPE