SUR LA GÉOGR. ANCIENNE DE I/ASÎE MINEURE
Tite-Lîve et Appîen ; notamment le récit que nous a donné Tite-Live des marches du consul Manlius par la Phrygîe, la Pamphylie, la Pisîdie et la Galatie jusqu'à Ancyre ; 4«> la marche de Tempereur Alexis Co'mnène, de Constantinople à Iconium, dans son expédition contre les Turcs, racontée par sa fille Anne Comnène. A quoi il faut ajouter le périple anonyme, appelé Stadiasme de la grande mer, S^aStaffiJLoç -rtjç ix6YaXr,ç OxXdKjŒTjç (1), qui contient la description des côtes de la Méditerranée. Mais de ces diverses sources géographiques, on ne peut tirer malheureusement que des renseignements incomplets, qui laissent subsister une grande quantité de lacunes ; car, non seulement elles ne font connaître qu'une partie des villes qui ont jadis couvert cette contrée, mais on ne peut, avec ce secours, déterminer que la position d'un très petit nombre. C'est donc sur les lieux mêmes qu'il faut maintenant aller chercher les indications nécessaires pour suppléer au défaut des sources que je viens de rappeler. C'est à recueillir ces indications que se sont attachés les voyageurs qui, depuis Paul Lucas, en 1708, ont parcouru cette contrée, dans diverses directions, tels que Oster, en 1734; Pococke, en 1740 ; Niebuhr, en 1766 ; Browne et Olivier, en 1797; Seetzen, vers la même époque; Browne, une seconde fois en 1801. Sans parler des excursions partielles exécutées en Mysie,-en Lydie, en lonie et en Carie, par Smith, Wheler, Spon, Sherard, Chishull, Pococke, Piceninî, Chahdler et Choiseul-Gouffier; do celle du capitaine Beaufort en Caramanie (2), et de l'excm^sion archéologique de M. Fellow en Lycie (3).
(1) Voir, sur ce périple, notre article dans le Jottrnal des Savants^ de février 1829, reproduit dans nos Fragm. des poèmes géogr. de Scymnus de Chio, etc. {i vol. in-8®, Paris, chez Gide); et consulter surtout la notice intéressante qu'en a donnée M. Miller, avec le recueil des variantes que son œil exercé a découvertes dans un manuscrit (/. des Savants, avril 1814), oùlriarte n avait pas su les voir, non plus que M. Patino, qui avait bien voulu se charger, à la prière de M. le vicomte de Santarem, d'en faire pour nous une nouvelle collation.
(2) Karamania, or a brief description of Asia Minor, Lond., 1817. Voy. notre analyse, dans ce même journal, mai et juillet 1819.
(3) Discoveries in ancient Lyciu, Lond., 1841. M. Raoul-Rochette en a rendu compte dans ce journal.
Parmi les voyages récents qui ont le plus contribué à perfectionner la géographie ancienne de TAsie Mineure, il faut compter ceux de Macdonald Kinneir en 1813 et 1814 (4); de Richter (2) et du colonel W. Martin Leake, en 1822 (3); de Keppel, en 1831 (4); d'Arundell, en 1828 (S); de Fellow, en 1839 (6); de nos compatriotes Alexandre et Léon de Laborde et Ch. Texier, dont les voyages sont en cours de publication; du lieutenant-colonel Callier, dont les excellents matériaux, encore en partie inédits, ont déjà été mis en œuvre dans les dernières cartps du colonel Lapie; enfin, plus récemment, le voyage de W. J. Hamilton, qui a paru en 1842 (7), contenant une masse considérable de recherches et d'observations intéressantes, auxquelles se joindra l'abondante moisson qua faite notre savant confrère M, Ph. Lebas. Les deux premiers rapports qu'il vient de faire paraître, relatifs h l'Asie Mineure (8), ainsi que les huit qu'il a publiés jusqu'ici sur son Voyage en Grèce (9), donnent une idée très avantageuse des résultats qu'il a obtenus dans ces doux contrées, et inspirent le plus vif désir de voir publier promptement le trésor que nous devon» à son zèle, à son savoir et à sa persévérance.
La plupart de ces voyageurs ont porté leur attention sur les inscriptions et les médailles, qui sont à présent les deux sources principales d'où Ton peut tirer de nouveaux renseignements utiles à la géographie ancienne. Les médailles ont
(1) Joumey ihrougk Asia Minor, etc., Lond., 1818. Nous en ayons rendfl compte dans ce journal, février et mars 1819.
(2) WaUfahrte in Morgenlande, Berlin, 1822.
(3) Journal ofa tour in Asia Minor, Lond., 182V. Nous en avons aussi rendn compte dans ce journal, juin et juillet 1825.
(4) Narrative ofa Joumey across, etc., Lond., 1831.
(5) Visit to the seven churches of Asia, Lond., 1826 et 1831. Nous avons rendu compte du i^' volume dans ce journal, septembre 1829 [plus haut, p. 327j.
(6) A Journal wtntten during an excursion in Asia Minor ^ Lond., 1839.
(7) Researchesin Asia Minor, Ponlus and Armenia, 2 vol. liond., 1842.
(8) Dans la Revue de philologie et d'histoire, cahiers 1 et 3.
(9) Dans plusieurs cahiers de la Rfn)U€ archéologique. Le huitième rapport, inséré au cahier de juin, contient les détails les plus curieux sur {"exemplaire grec (que M. Lebas a trouvé à Géronthres en Laconie) du fameux édit de Dioctétien sur le prix des denrées et des salaires. Cette seule découverte suffiraU pour illustrer un Toyageur.
déjà fait connaître Texislence de plusieurs lieux dont ne parlent ni les auteurs ni les itinéraires anciens ; d'autres ont confirmé celle de quelques-uns dont Fexistence paraissait douteuse ; elles ont souvent établi la véritable orthographe de leur nom, et montré, jusqu'à un certain point, leur importance relative. Mais elles fournissent, en général, peu de secours pour en établir la position géographique. Comme elles avaient très souvent cours dans toute Tétendue ti*une province, on peut les trouver fort loin du lieu où elles avaient été fabriquées. Il serait donc périlleux de conclure rien de positif de ce seul fait, qu'on en a découvert dans tel ou tel emplacement antique. Au contraire, les inscriptions donnent, à cet égard, des indications toujours précieuses, souvent décisives. Quand des dédicaces, des inscriptions honorifiques contiennent le nom d'une ville, il devient bien probable, et il peut même quelquefois être certain, que la ville était située en ce lieu, à moins que le fait ne soit contraire aux indications fournies par les auteurs ou les itinéraires; auquel cas la critique doit' rechercher si Tinscription n'aurait pas été transportée d'un autre lieu (i). C'est ainsi qu'elles ont établi d'une manière précise la position d'^Ezani, d'Euménia, d'Apamée Cibotos, d'Hiérapolis en Phrygie, pour n'en pas citer d'autres.
Les voyageurs dont je viens de parler se sont donc attachés à recueillir tputes les inscriptions qu'ils ont pu découvrir dans les lieux qu'ils ont traversés. Toutes celles que l'on connaît jusqu'ici sont rassemblées dans la deuxième moitié du n* volume du Corpus inscnptiomim grœcartim qu'on doit à M. Bœckh, et dans le premier fascicule du IIP volume de
(1) Ce qui est arrivé plusieurs fois. Nous en avous cité un exemple frappant d'après une inscription où se trouve mentionnée Apoîlonie du Rhyndacus (o Stjjwc ô 'AicoXXwviaxûv twv àito PuvSaxou). De cette inscription, trouvée à Diaeir [Apamêe Cibotos) par M. Arundell, ce voyageur a conclu que là était située ApoUonie de Pisidie^ sans faire attention qu'il s'agit d'ApoIlonie de Bithynie, qui était à 60 ou 70 lieues de là. Tibère Claude Mithridate, auteur de cette inscription, était probablement d'Apamée Cibotos; de retour dans sa patrie, il aura voulu y placer la preuve des honneurs qu'il devait à la reconnaissance des ApoIIoniates de Bithynie (Cf. J. des Sav.y sept. 1829, p. 681; [plus haut, p. 332].) M. Bœckh adopte notre explication. {Corp. inscr., n" 3960.)
410 SUR LAGÉOGRAPHIE ANCIENNE
cette admirable collection. C'est M. J. Franz qui a terminé ce fascicule, d'après les matériaux élaborés par M. Bœckh, et il doit achever ce grand ouvrage. Si Ton regrette que l'illustre auteur qui l'a commencé et poussé aux deux tiers n'ait pu achever entièrement une œuvre où il a montré une science si profonde et une sagacité si pénétrante, on doit s'applaudir du moins qu'il ait choisi, pour le suppléer, M. J. Franz, connu lui-même par de beaux ouvrages,' entre autres par son Elementa epigraphices grœcœi, où il a fait preuve de ce savoir étendu et sobre, de cette connaissance approfondie de la langue et de l'antiquité, qui en font le digne élève du premier philologue grec de notre temps'.
M. Franz avait préludé à ce grand travail, et montré tout ce qu'on devait attendre de lui, par la dissertation à la fois éfigraphique et géographique intitulée : Ciiiq inscriptions et cinq villes en Asie Mineure. Comme elle se rapporte à la géographie de plusieurs points obscurs de la Mysie, de la Lydie et de la Phrygie, qui ont été récemment examinés par M. Ph. Le bas dans ses premiers rapports, nous avons cru utile d'en présenter une analyse, et de discuter en même temps quelques-uns de ces points, entre autres deux passages importants de Strabon dont l'un n*a point, à notre avis, l'obscurité que ce savant voyageur y trouve. C'est ce que nous ferons voir, après avoir analysé le mémoire de M. ^ranz, ainsi que la belle dissertation géographique qui le suit, ouvrage de M, H. Kieppert.
M. J. Franz, comme l'annonce le titre de sa dissertation, a établi la position de cinq villes, au moyen de cmç inscriptions.
Dans la région à laquelle appartiennent ces villes, M. Franx commence par reconnaître quelques points principaux, qui sont maintenant très bien déterminés : le premier est Ancyre, dont l'ancien nom subsiste en celui d*Angorah; le second, Dorylseum^ que des indices certains placent à Eski-Shehr; à^ là partent trois routes romaines se dirigeant au S., auS.-O.et au S.-E., aboutissant à Philadelphie (AUah-Shehr) ; à Iconium (Konieh), à Cotyœum (Kutaiah); toutes positions également certaines.
Aux environs de cette dernière ville, un voyageur russe, Te baron R. Wolff, qui parcourut une partie de l'Asie Mineure en 1834, y découvrit plusieurs inscriptions qu'il a communiquées à Fauteur. Trois ont été trouvées à Sidi Ghazi, à 9 h. environ au sud de Dorylxuniy sur la rotite àHconium, L'une d'elles est ainsi conçue : *H gouXt) xal i BfjfjLoç np'j^Avijddébiv hti^r^vi n. ÀiXiov KXauîiavov Nfyepa, vicv Tjpwa. « Le sénat et le peuple des Prymnesséens ont honoré Publius iBlius Claudianus Niger, nouveau héros ; » ce qui fixe la position de Pryrmiessos ou Prymnesia, dont parlent Ptolémée, Hiéroclès et les Actes des conciles de Ghalcédoine et de Constantinople.
A propos de cette expression, vicç ^pw;, M. Franz a complété heureusement la finale ANHPÛIAA, en lisant [vi]av -^pwfSa, dans une inscription funéraire du musée de Vérone (1). Cette restitution avait échappé à l'illustre interprète du Corpus, La locution correspond à celle de v£oç ^'Apt;?, véoç Atdvucroç. L'auteur rappelle, à cette occasion, que, le plus souvent, ijpax;, dans les inscriptions funéraires, signifie défunt ^ comme ^pwov signifie tombeau ; nous dirons, avec une idée de plus, celle de la transformation de l'homme en héros dans le séjour des bienheureux.
Nous pensons que ^pwç n'a pas d'autre sens dans une inscription copiée par M. Lebas (2) à Simav (l'ancienne Synaos de Lydie), et qui l'avait été auparavant par M. Hamilton(3). Celte inscription porte : *H PouAy) xal h 5fj[i.cç Atx(vvtov 'ApTe|jit- Bwpsu (4) Ti^Xeçtavov i^pcoa, ic^o^x^z^^^x^noL xai àYWVcOeTT^dOVTa o^liùq Twv rpoYovwv, « Le sénat et le peuple honorent Licinius Telsphianus, fils d'Artémidore, héros (c'est-à-dire qu'ils l'honorent après sa mort), ayant rempli les emplois d'agoranome et d'agonothète d'une manière digne de ses ancêtres. » M. Lebas a traduit Licinius Artémidore, héros descendant de Télèphe, prenant Tr^Xesiaviç pour une épithète de tjpwa ; mais ce n'est réel-
(1) Reproduite dans le Corpus inscr.y q9 1944.
(2) Revue de philologie, p. 42.
(3j T. n, App. n» 331.
(4) La copie de M. Lebas donne APTEMIAflP. N ; celle de M. Hamilton, APTEMiAflP. Y. Il n'y a point à hésiter, selon nous, entre les deux leçons.
lement qu'un nom propre dérivé de Ti^Xeçc;, nom héroïque qui a été porté à des époques récentes (comme ceux d'Achille, de Patrocle, de Nestor, d'Oreste, de Thésée, etc.), notamment par un grammairien de Pergame, précepteur de Lucius Yérus (l). Cette dérivation a lieu au moyen de la désinence latine en lANUS, adoptée par les Grecs, et qu'on retrouve dans AtoxXTîTiavéç (de AtoxXiJ;), Ejtjxi^vs; (de Eutu^ttiç), AisYsviavdç (de A'.CYivr;ç), et tant d'autres.
Dans une seconde inscription (celle-ci est inédite), trouvée aussi par M. Lebas au même endroit, on lit : '0 raTrjp ajTô^ AY;|/.cff6ivrjÇ 'A^usXXcfovouç TtjXeçj'.ovoç, xa\ "Ajxjx'.cv ^r^^^i^ZMZ i [jir^rrîp ajTwv, x. t. X. «.... Leur père Démosthène Telephianus, fils d'Apollophane , et Ammion (2), leur mère, etc. » Ici il n'y a pas i^pwç après Telephianus, parce que ce personnage vivait encore, taudis que Tautre était défunt, n^ayant reçu ({xx'après sa mort les honneurs que lui confère sa patrie; il y a de cela plus d un exemple (3) ; celui-ci suffira : 'O lft\t^ Ar,;iv
(1) Fabric. Biblotheca grxça, t. I, p. 525, Harles.
(2) Nous avons lu ''A(jl|xiov, qui est certainement sur la pierre, quoique la copie de M. Lebas porte AMMIIN , qui n'est peut-être qu*uue faute d'iIDpre^sion. n est clair, en effet, qu'^Aji^itov n'est point uu nom de femme. On Iroure "AjijjLiov dans une inscription de Ténos : "A|A|iiov *Avtiôxou Cûaa... {Corp, ma\, n° 2343); dans cette autre du voisinage d'.'Ezani : *ET£i|ir,(r£v 0EÔôwpoç...*Aîi{i:<» TY)v êauToO yuvaixa {ihid,^ n» 3852,, et dans une troisième, trouvée par M. Leba> au village de Kezileus, près de Simav [Revtie de philologie, p. 224). Sa copie porte:
TIKA2EK0YNA0Y KAIAMMIONMHTPO BinTEKNHMNH MHZXAPIN
On ne peut comprendre cette courte inscription, si l'on n'admet pas qu'il y manque une première ligne, contenant le nom du père. Les lettres TIKA. quidans ce cas, ne peuvent être que la fin de ce nom ou le prénom du sulraol. ne présentent aucun sens possible, à moins qu'on ne lise TIKA ; nnscripUon sera : *0 gelva Ti[66piou] KX[auôiou] Sexoyv6ov, xai "AitiJLiov, My}Tpo6i'w «»>«. l'^'^éïA^JC X^9^"*- " •••Un tel... fils de Tib. Claud. Secundus, et Ammion, à Metnv bius (leur) enfant, en signe de souvenir. » Ammion était la mère du pauvri? Metrobius.
^3) V. entre autres dans le Coi^ms, les no» 3220, 3223, 3226, 3235, 3256. etc.
-rp'sv riXXov, Tov zpuTavtv y.al ffTe^aVYj^opov, xai lepia t^^ MatjjaXCaç to Y, ïjpwa (1).
Nous profiterons de cette occasion pour rectifier un mot dans une inscription .gravée sur un autel trouvé, par M. Lebas, à Apollonie du Rhyndacus :
lOYAlAnOAY KAPniATOIZ
nAiAroYzi
AIPEIN
qu'il lit ; 'louXta IlcXuxapicia tsTç ?:aidr^cjr. yxipv,^, « Le verbe raïayw..., dit-il, manque, je crois, dans les lexiques. Peut-être faut-il corriger xauvaYo^xy».. » Il faut simplement lire IIAPArorSI (xapdcYcufft), aux passants: c'est une formule analogue à celle de -napoST-ra '/^xXpt ou xapccTTai ydpz'zij si souvent employée à la fin des inscriptions funéraires. Une inscription de Phanagoria, très bien lue par M. Bœckh, porte : 'HÇcy; 'AxoXXwv{$c'j loîç xapaYcu(7i (la copie porte IIAIATOTSIN) x^c'ps'v (2). Ézous (?), fils d'ApoUonide, aux passants, salut. »
Revenons à Prymnessos ou Prymnesia, Pococke avait placé cette ville à Aphium Kara-Hissar. M. Leake, en rejetant cette opinion, avait cru pouvoir mettre Prymne55i/5 à Khosru-Pacha, un peu au sud de Seïd-el-Ghazi. C'était s'approcher beaucoup de la vérité; mais Tinscription citée plus haut ne permet plus guère le doute sur sa position. L'orthographe de l'ethnique npupLvr^ajIwv est conforme à celle des médailles.
L'emplacement d'une seconde ville, celle A'Acmonia^ a été déterminé de la même ihanière. Cette ville est placée, par la table de Peutînger, à 35 milles Aq Kotyesum^ emplacement qui correspond très bien au lieu appelé Ahat-Keui; aussi le major Rennel, d'après Seetzen, avait placé là l'ancienne ville à'Ac-
(1) Coi'pus inscripLf u» 3413. Il est remarquable que Phocée, où cette inscriptioo a été trouvée, avait institué uu sacerdoce eu l'houneur de sa colonie, Marseille.
(2) Corp, inscr,, n' 2129.
moma^ position rejetée par M. Hamilton (1). M. J. Franz Ta pourtant mise hors de doute, au moyen d*un rapprochement qui nous semble fort heureux. Dans une inscription qu'y a découverte M. le baron R. Wolff, il est question d'honneurs conférés à un certain Lucius Nicias, agoranome, stratège , gymnasiarque des combats quinquennaux (Yuixvxaiapxfjtjavra tcu^ T.e^'ZMVTipixohq «Ywvaç), et prêtre d'une impératrice (SeôaGTÎ; Ei- 6ô(jfa), que M. Franz croit être Agrippine. Après le commencecément ordinaire, i^ PcuXtî %x\ b Sf^iJioç, manque le nom de la ville. Mais le judicieux critique remarque que les jeux ont été célébrés pendant la magistrature de deux personnages, femme et homme, appelés Julia Severa et Servirîius Capiton (èîrl 'IsyXtzç Seou-^pa; xal SspouYjvbu Kotîitwvo;). Or, sur les médailles dCAcmonta à Teffigie de Néron, et sur celles-là seulement, il est question des deux mêmes personnages : €ni C6POTHNIOT KAniTCONOC KAI lOYAlAC C60YHPAC. De ce rapprochement, M. Franz tire deux conclusions qui nous paraissent indubitables : la première, que l'inscription est du temps do Néron ; la seconde, qu'Ahat-Keui est bien sur remplacement A'Acmonia.
Celui de deux autres villes de Phrygîe a été également bien déterminé avec Taide de deux inscriptions, dont la première est celle ^Eumenia: Déjà M. Leake Tavait fixé à Ishekli (2), d'après une inscription rapportée par Pococke, où se trouvent les mots Tfj Ej[i.6v(u)v gsuX^. Faute d'avoir remarqué celte circonstance, Pococke avait placé en ce lieu Apamée Cibotos. En rendant compte, dans ce journal, de l'ouvrage du colonel Leake, et en faisant ressortir la certitude de cette position (3), nous avions cité et essayé de restituer une auti*e inscription trouvée en ce lieu par le même Pococke (4) ; et nous en avions conclu que la ville A'Eumenia était une de celles qui ont pris
(2) P. 157. Eu(ievi(i>v pour £ù]ie-véci>v. Ceci montre qu'il est inutile de changer 'Idaupiiov en 'loravpéuv, comme nous l'avions proposé dans une inscription de Neapolis d'Isaurie, rapportée par le capitaine Beaufort.
(3) Année 1825, p. 329.
(4) Inscr, antiq., p. U, n^ 2.
le litre de Sébaste^ au moins à partir de Marc-Aurèle. En effet, elle commence ainsi :
A . TOKPATOPAKAI2APA AiToxpiropa Kaiaapa
.... ANTnNEINOY. . . . [OecO] 'AvTcove(v5u [utov J
GEOYAAPIANOY. . . OeoO ASpiavoD [ulw-]
NONOEOTTPAIA . . . vov, escu Tpata[voO]
nAPeiKOYErro . . . Trapeaco £rro[vov,
. EOYNEPOYA . . . OJeoD Nepoja [izo-
. ONONMAPKON .... yJ^'^v, Mapxov [AipfJ
AlONANinNE . . . Xtcv Avtwvepvo
NIEBAITONHBOY. . v] Sefiorrèv V; Pou^]
KAIOAHM02IEBA2 xal 6 SiJixoç Sêôaj-
. . . nNTONIAlONGEON [-cyivJûv tov ïBiov eeov EYEPFETHN eiepy^^iv
M. Franz approuve cette restitution, ainsi que les conséquences que nous en avions tirées ; mais il ne croit pas probable que les Euménéens se soient appelés SsSajTYjvcC, sans ajouter Eipis^sT; ; il présume donc que Pococke a passé une ligne, et qu'il y a sur Toriginal :
KAIOAHMOZOZEBAZ [THNONEYMENE] fîNTONlAlON X. T. A.
Assurément il n'y a rien d'invraisemblable à ce qu'un voyageur (et surtout Pococke, dont l'inexactitude épigraphique est connue) passe une ligne en copiant une inscription. Ce petit malheur est arrivé plusieurs fois, et à des copistes plus attentifs. Cependant le critique ne doit recourir à cet expédient, pour expliquer un endroit difficile, que s'il n'y a pas moyen de faire autrement. Or nous n'avions pas cru nécessaire de supposer une lacune en cet endroit ; et M. Bœckh, qui a reproduit récemment l'inscription (1), s'est rangé de notre avis; car, retranchant la ligne qu'on avait ajoutée, il dit : Fieri tamen potitît ut Eitmenefises^ cogriotnento SeôaçTr^vîC aucticerte^ in sua urbe aliquando sese ferrent Se6aT:Y)vcj; pro E ujjLevsî; SeôajTtîvsu^. C'est, en effet, ce que nous avions pensé.
(1) Corp, ÎHScr,, u» 3884.
SUR LA GÉOGRAPHIE ANCIENiNE
Une autre inscrîptîon, trouvée à Eumenia et donnée par Pococke, avait été rétablie aussi par nous dans le même endroit de ce journal. Plusieurs traits qui s y trouvent nous avaient paru très curieux et en même temps fort obscurs. D'après la copie unique de Pococke, nous en avions essayé une restitution conjecturale.
M. Franz, tout en approuvant et en adoptant notre restitution en certains points, a proposé celle-ci, qui diffère sur quelques autres :
OAHMOZETEIM . . .
MONIMONAPIITn...
TnNAAMnAAAPXHNI . .
iniHPOZKAlAnOAA...
MI.NOIAIKAHNOYI...
GEnNANfAlITEn . . .
AAIMONOZKAIEYZEB...
BAZTHZEIPHNHZZ . . .
THZnOAEnZTOEKTON y.. T. A.
'O CfJji.OÇ ST£{|x[rj!7SV]...
v](ov Xa[j.xa5ap)(Y3[(7avT(OV Aw;] ffWTfJpôç xal A'K5XX[(i>V5^ xai 'Apti-J [ji.'3c^ [y.al] *A«7y,Ar^xtcu [xal iJWjTps:] dswv 'AvY5{crT£(i)[ç, Upia 'Ayjôîu]
6a7TîJç E!pT^//T;ç, ^[TpaTYîYT^javta] ':f^q xoXeo)^ 10 Ixtsv X. T. X.
^ Cette restitution, coproduite dans le Corpus [i)^ doit être, ainsi que la nôtre, modifiée d'après la nouvelle copie qu'a prise M. Hamilton (2), et qui, comparée avec la précédente, paraît être fort exacte. Je vais en transcrire la partie importante, avec la restitution, qui me semble à présent bien près delà vérité :
OAHMOZETEIM . . .
MONIMONAPIZTnN . . .
TONAAMHAAAPXHN . . .
ZOTHPOZKAlAnOAA . . .
MHNOZAZKAHNON...
©EnNANfAIZIEnN . .
AAIMONOZKAIETZEB...
BAZTHZEIPHNHZ . . .
THZnOAEnZ y.. T. X.
*0 Sïi[JLO; £T£{[Jl[y;C7£v] . .
Mcviji.ov 'Apf(yT<i)v[od,
TOV XajJLTTaSipXYJV [AlO^]
ffcoTfipoç Kal 'A::6XX[(»)vcç %ol*] Mtqvoç 'Adxar^vcu [xal] Ôewv 'AvySutIwv [y.al Tf;^ ej-] Sa{[jLcvcç y.al eijffe6[oîJî Se-]
tyJç wdXeo)^
(1) Corp, inscr., uo 3886.
(2) T. n, p. 470, no 331.
On voit, parcelle copie, que les lignes sont moins longues qu'on ne le supposait ; elles ne sont que de dix-huil à vingtdeux lettres. Dans la troisième ligne, tov Xa^jLxaSipxïîv (au lieu de Tsv cko TTpcYOvwv Aaii,ra5ap)n(5(7iv':a)v) est certain ; à la cinquième, MI.NOZ ou MHNOI ne peut être la fin de 'ApTijxtSoç ou de lUseiSôvsç, comme M. Franz et nous l'avions cru. C'est évidemment Mr^vcç, le dieu Men ou Lunus^ dont le culte était si répandu dans cette contrée. Dans lune et l'autre copie, il n'y a pas non plus de KAI après MHN02; par conséquent, A2KAH- NOT est une épithète de ce dieu (*A(jKaY)vcu), dont la désinence en 1^/c^ indique un ethnique ou nom dérivé de celui d'un lieu, comme le sont les épithètes de plusieurs divinités, telles que celles de Cybèle AivoujAriVi^, de Diane AuxcçpuiQVT^ , 'Acrrupiîv^ McvcYtcffTiv/,, KoKzTtii^, de Junon KavSaprjVi^, d'Apollon AaptaîT^vc^, etc. Cette épithète d' *Ar/.ar|V5ç a sans doute- quelque parenté avec les noms d"A7y.dr;ioç et d''A(yxav(a, que portaient deux cantons de Mysie et de Phrygie, ainsi qu'un lac de Bi- Ihynie ; le premier nom, célèbre dès le temps d'Homère. Elle se rapporte probablement à quelque temple fameux de cette région, consacré au dieu Men.
Une autre expression, celle de ôsûv 'AvyStffréwv, n'est ni moins remarquable ni moins neuve. Ces ôecl 'AvYStcrceTç doivent être Cybèle et Atys, dont le culte était si intimement lié avec le sien. On ne s'étonnera pas de voir que Tépithète de "'AtySitti;, que Cybèle tirait de la montagne "AySy; ou ''AvySiç, ait été attribuée également à son favori : ce qui pourra servir à expliquer pourquoi Hésychius dit quAnffdistis est une divinité mâle et femelle (ivSpoYuvcr 5a(;x(i>v).
Ce Monime, fils d'Ariston, successivement lampadarque de Jupiter Sauveur, d'Apollon, de Men Ascaènien, de Cybèle et d'Atys, l'avait encore été d'une impératrice divinisée, désignée ainsi : V; eiSai'îJLwv (dans le même sens qu'eirjx/|?) )tal ej^sÔYjç SsSacrdj Elpr^vY) (FELIX. PIA. AVGVSTA. FAX.). Ces titres peuvent se rapporter soit à Julia Dom?ia, femme de Septime Sévère, qui reçut la première les litres de FELIX et de PIA, soit à Julia Mammœa, mère d'Alexandre Sévère, qui a reçu
418 SUR LA GÉOGRAPHIK AÎSCIENNE
également ces deux titres (IVLIA. FELIX. AVG. et IVLIA. PIA. FELIX. AVG.). Dans le premier cas, le titre de EIPHNH. joint à SEBASTH, se pourrait rapporter à \aLj)aix qui suivit la guerre d'Orient, en 198 de notre ère ; dans le second, il aurait été donné à J. Mammaea, après Theureuse issue de la guerre d'Alexandre contre les Perses, dans laquelle cette princesse avait accompagné son fils. La paix glorieuse une fois conquise, Alexandre Sévère se hâta de revenir en Occident. C'est alors que la flatterie de quelques-unes des villes où il passa aurait établi un culte en Thonneur de rimpératrice mère, sous le titre de Seôarriî eV^'^, ou de AVGVSTA FAX, qui jusqu'ici n'avait paru nulle part. L'inscription serait do l'an 233 de notre ère. L'une ou l'autre de ces deux impératrices nous parait donc ici désignée : mais il faudrait, pour se décider, y être autorisé par une seconde inscription où se trouverait quelque indication chronologique.
Dans tous les cas, l'inscription est curieuse à plus d'un titre, et elle mérite d'être traitée de nouveau (sur les bases de celle copie plus exacte), soit par l'éditeur du Corpus^ qui pourra revenir sur ce sujet dans les Addenda, soit par notre savant confrère M. Lebas, dans la grande publication qu'il prépare. Quant à Apamée Cibotos, jdéjà M. Leake avait conjecturé qu'elle devait être placée à Dineir ou Dinare, près de la source du Méandre ; et c'est en vain que M. Arundell avait voulu mettre en ce lieu ApoUonie de Pisidie. Le fait est prouvé par une inscription latine trouvée en ce lieu, et où se lisent ces mots :
QVI.APAMEAE
NEGOCIANTVR
H. C. {Hoc curaverunL)
Sur les frontières de Carie existait la ville d*Aiiuda, connue par les médailles, le Synccdème d'IIiéroclès et les Actes des conciles. La position en est fixée à Ipsilî Hissar, par cette inscription que Sherard y avait découverte : M. Aip^Xwv KXrJci:v eTrfTpowov SeâaoTÛv Vj ^cuXr^ y.al 5 Sfj|ji.oç 'AttouSéwv tov kxu'cm e jspysTïîv.
La ville de raiJiôpeîov, donnée par Etienne de Byzance comme
■TB-jAri' -^'
DE L'ASIE MINEURE. 4i9
appartenant à llonie, doit être un lieu situé à peu de distance au sud de Pergame, puisque M. Fellow y a trouvé un décret fort curieux et assez long, où il est question des ra[i.6petâ)Ta'., et qui commence ainsi : Ns|A5v êtvat FaiJLÔpctwTatç xiç iwevOoujaç h/ev* çativ £3^^Ta x. t. X. « C'est une loi chez les Gambréiotes, que les femmes en deuil doivent porter une robe de couleur foncée. »
La cinquième ville, dont la position s'établit avec certitude, est la fameuse Pessinonte, le centre du culte de la grande déesse. On sait que les trois principales villes de la Galatie étaient le chef-lieu de chacun des trois peuples gantois, les Trocmes, les Tolistoboges et les Tectosages, qui s'établirent dans cette contrée. Deux au moins portaient le nom de Sébaste. Ancyre se nommait SsôaTct) TexToadr/'wv "Ayxupa, et Pessînonte ^séaTdj TcXioTsScYiwv Iledfftvcîiç. La position d' Ancyre est certaine ; celle de Tavium, chef-lieu des Trocmes, ne Test pas encore : placée par M. Tcxier à Nefez-Kcui (i), elle la été par M. Hamilton (2) à Boghaz-Keui, emplacement couvert de ruines, mais de l'époque assyrienne, et que le premier voyageur croit être Pterium, Quant à Pessinonte, elle était située à Balah-Hissar, où se trouvent des ruines considérables, visitées pour la première fois et dessinées par M. Texier. Cette découverte et celle des singuliers bas-reliefs qui se trouvent au lieu qu'il croit être Pterium (3) sont au nombre des plus intéressantes qu'on doit à ce courageux et habile explorateur. Une inscription, apportée de là à Sevri-Hissar, ville voisine, où il n'y a aucune ruine, commence par ces mots :
.... AHKAI0AHM02 . . [*H pouM ^«^ ^ ai5ixcç[i:£-
.. CTHNCONTOAICTOBO. . . . ôaJjTYjvôv ToXiŒTo6c[Y(a>v
. . NnECCINOVNTiCONE . . ^«]v riecTjtvourrfiDv i[v.- .
. . CEN X. T. X. li.i()]j£v y,. T. X.
Telles sont les cinq inscriptions que M. Franz a citées et
(1) Description de V Asie Mineure, t. I, p. 209-221.
(2) ResearcheSf etc., t. I, p. 398.
(3) Desaiption de VAsie Mineure, l. I, p» 207 et suiv.
savamment expliquées dans sa dissertation. Elles se retrouvent dans le premier fascicule du troisième volume dii Corpus, commentées de nouveau, mais plus brièvement.^
Il nous reste à rendre compte du mémoire de M. Kieppert, qui suit celui de M. Franz. Ce mémoire, relatif à la géographie de la Phrygie, contient principalement l'analyse d'une carte comparative dressée par Tauteur. C'est un fort bon travail, que sans doule le savant géographe aurait étendu à d'autres contrées de l'Asie Mineure, si le voyage de M. Hamilton lui eût été connu autrement que par les extraits publiés dans le Jourirai de la Société géographique de Londres. Tel qu'il est, ce mémoire contient des discussions judicieuses qui fixent plusieurs points incertains, et pourront mettre sur la voie d'autres déterminations. Les difficultés que présente la géographie comparative de cette région, difficultés dont nous avons présenté un aperçu dans notre premier article, rendent nécessaire que l'on reconnaisse de temps en temps l'état où les découvertes et les recherches successives ont amené la science. C'est ce qui fait l'utilité du mémoire dont nous allons indiquer les principaux résultats, en y ajoutant quelques observations.
La question des limites des contrées occupe d'abord le savant géographe. Quoiqu'elles paraissent être en général les mêmes depuis l'époque des successeurs d'Alexandre jusqu'au temps d'Adrien, elles ont varié en quelques points de détail. Strabon se plaint plusieurs fois de l'incertitude de ces limites (1), particulièrement de celles des provinces de Lydie, de Phrygie, de Mysie et de Bithynie : ainsi il place Cadi, actuellement Kédous, dans la Phrygie Épictète ; mais il ajoute que, selon quelques-uns, cette ville appartenait à la Mysie ; de son côté, Pline place les Carfwewi (KaouY)vs{), qui sont les Kaîct de Strabon, dans la Lydie. Strabon ne sait si toute la Méonie ou la Catakékauménè doit être en totalité attribuée à ta Lydie, à la Phrygie ou à la Mysie ; plus anciennement, au temps de
Xénophon, elle paraît avoir fait partie de la dernière contrée. Toute VOlympêne, primitivement dépendante de la Mysie, forme, sur la carte de Ptolémée, une partie de la Bithynie. Les limites de cette dernière province et de la Phrygie sont aussi très incertaines. On pourrait étendre ces observations à d'autres parties de l'Asie Mineure. Mais c'en est assez pour montrer que la même ville peut avoir été, en divers temps et par divers auteurs, attribuée à deux provinces différentes ; considération qui n'est pas inutile dans la discussion de quelques points obscurs, comme nous le verrons à l'égard de quelques villes situées sur la limite de deux de ces provinces.
M. Kieppcrt commence par la Phrygie méridionale et le pays limitrophe de la Carie et de la Pisidie. Dans cette région, les villes dont la situation est bien déterminée à la fois par des inscriptions et des ruines, sont Laodicée (Eski-Hissar), Tripolis (Yenidché), Hiérapolis (Pambouk-Kalessi), £t/m^mû (Ischekli), Apamée Cibotos (Dineir), Attuda (Ipsili-Hissar). En partant de ces points on peut fixer quelques positions intermédiaires. Hiéroclès, après Laodicée et Hiérapolis, cite Mccruva, *'Arcu8a, TpaweÇcuicoXtç et KôXaŒaa( (KoXc(j(ja{). Comme non loin A' Attuda coule un petit fleuve, le Mosynos^ qui tombe dans le Méandre, près d'Antioche, on a lieu de croire que Mcc7'>va était placée près des sources de ce fleuve, au nord d'Aphrodisias, qui appartient déjà à la Carie; Trapézopolis, que Ptolémée met au nord d'Aphrodisias, était un peu à l'est de Mosyna, d'après diverses considérations que M. Kieppert indique; quant à Colossae elle a été fixée, par la découverte qu'a faite M. Hamilton du Catabothron du Lycus (1), à 3 milles au nord-ouest de Chonos, lieu situé sur l'emplacement de ChonXy connu principalement pour avoir donné naissance à Thistorien Nicetas Chômâtes,
L'analyse de la route de Laodicée à Perge, que donne la table, permet à l'auteur de fixer d'une manière très satisfaisante, sinon définitive, plusieurs lieux d'une importance secondaire.
(!) RetearcheSf etc^ t. I, p. 508, 510.
•■r Jh,!f»f«:
- La région au sud d'Apamée Cibotos et de CelaBnae contenait un assez grand nombre de lieux dont la position reste encore 1res incertaine, malgré les efforts judicieux de Fauteur du mémoire.
Nous nous bornerons à la partie occidentale et septentrionale de laPhrygie, aux points où elle confine avec la Lydie, la Mysie et la Bithynie ; c'est là que se présente une question géographique curieuse, que, dans un de ses savants rapports, notre confi'ère M. Lebas a résolue d'une manière qu'il nous [>araît difficile d'admettre.
Une ville dont la position est fort problématique est celle de Clanudda, qui est placée, dans la Table de Peutinger, à XXXV milles de Philadelphie. M. Hamilton a cru que ClmuMa était la même ville que celle de BAAYNAOl. Trouvant peu de différence entre KAANYAA et BAAYNAOZ, le K pouvant se confondre avec B (1), il pense que, dans la Table, Clanuda est une pure faute de copiste (2). Mais les médailles prouvent rju'il n'en peut être ainsi. D'une part, on connaît des médailles de Blaundos portant la légende BAAYNAEflN ou MAAOTN- AEfïN, ce qui revient au même, avec l'addition MAKEAONHN, qui indique que cette ville, sous Alexandre ou ses successeurs, avait reçu une colonie de Macédoniens. D'un autre côté, il existe d'autres médailles portant au revers le nom KAANOT- AEriN, dont l'authenticité ne saurait être douteuse (3). Ainsi il y avait réellement deux villes distinctes dont l'existence est
(1) Plusieurs médailles JDédites de colle ville ont élé publiées par M. Samuel lîirch (Numismatic chvonicle, april 1844). Sur Tuue d'elles, on lil au revers:
KAATAIOZ OOINlinN MAKEAONnN BAAYNAEnN. doù le
fiuvant numismaliste conclut que la colonie macédonienne avait une cerUioc connexion avec les Phéniciens, qui peut-être y fondèrent plus anciennemoDt une colonie. Nous pensons que OOINIZON n'a aucun rapport avec les Phéniciens, et que c'est un nom propre (KXauSto; «^oivîÇwv) dérivé de <>oîvtt A (iioins que la finale fïN n'existe pas sur la médaille, et qu'il faille lire simplement 4»oîvi^, comme sur une autre de Veapasien, citée par M. Lebas [Rtivtif de philologie, p. 219), Tl . KAAYAIOZ . <t>OINII, qui peut être le uiénie personnage.
(3) Voir une notice de M. de Longpérier, dans la Revue de nttmismatique. 1B43, p. 243 sq.
attestée à la fois par l'histoire et les médailles. C'est un point i désormais hors de contestation, et que M. Ilamilton lui-même ' no conteste sans doute plus à présent.
La position de Clanudda est placée par la Table entre Eumenîa (Ischekli) et Philadelphie (Alah-Scher), doux villes dont remplacement est connu,
Quant à Blaundos, la situation en est fixée à Suleimani par colle inscription que M. Ilamilton a trouvée à Gobeck, tout près de là. Elle commence par les mots
BAAYNAEnN MOKEAONfîN (*) HBOYAHKAIO AHMOZ
Cette position est confirmée par le témoignage de Ptolémée, qui place une BXaCacvîpo^ (pour BXaOvSoç) au sud d'Akmonia, et par les médailles de BXaOvooç (BXauSéwv), que M. Arundell a trouvées dans ce canton.
M. Kieppert a très bien vu qu'il est impossible de confondre celle ville avec la BXxjSoç que Strabon place au voisinage de TAncyre de Phrygie, près des sources du Maccstus, et dont Hiéroclès, sous le nom de BXaéSs;, fait une ville de Mysie. Celle-ci, comme le pense M. Kieppert, ne peut être que Bolat ou Balat, ville im peu au nord de Kilisch-Keui {Aticyre de Phrygie) et de Simav (Synaos).
Cetle distinction si simple explique tout, et c*est faute de ravoir faite que notre savant confrère M. Lebas s'est jeté dans
(1) La leçon MOKEAONHN est singulière, al elle est réelle, et si l'alpha mal formé n*a pas été confondu avec un O. Cette inscription a été publiée dans le Corpus, n» 3866, par M. Hamillon (t. H, p. 407), et M. Lebas l'a repro- «Juile dans son troisième rapport, p. 349. Elle se termine par les moto ETTI- MEAH JAMENOY AYP. rAYKCONOI B TOY NinOY. Ce der-
nier mot a été lu par M. Bœckh, ou M. Franz, Nîvou, et par M. Lebas Nixt'ou. Nous pensons que la vraie leçon est NlfPOY (Niypou); car rien de plus facile à confondre que le TT avec f! et PP. Et l'on sait que les Grecs ont traduit le Niger des Latins, tantôt par Nîyep (yeçoç), tantôt par Nfypoç (pou). « Par les soins d*Aurélius Glycon, fils et petit-fils de Niger, » c'est-à-dire que le père et raleul de Glycon se nommaient Niger. (Bœckh, t. II. p. 1058.)
des difficultés dont il ne peut sortir qu'en corrigeant le texte de Strabon, et en créant une troisième ville d'Ancyre, qui n a jamais existé.
D'abord, aucun auteur ne parle d'une troisième ville (TAncyre, L'antiquité n'en a connu que deux^ à savoir celle de Galatie et celle de Phrygie, que Strabon appelle en un passage Ancyre de rAbasitide^ et, dans un second, petite ville phrygienne, zokiyyti fpuY'.xxT^ ; cette double désignation paraît à M. Lebas désigner deux villes différentes, et il en conclut que Strabon reconnaissait de ce côté deux villes du nom d' Ancyre ; cette raison ne serait suffisante que si les deux désignations s'excluaient Tune l'autre ; mais, si YAbasitide a pu être attribuée à la Phrygie, il n'y a nulle contradiction, et l'on n'est pas forcé d'en conclure l'existence, dans cette région, de deux villes à' Ancyre^ dont Strabon nous parlerait tout seul. Mais la preuve que cet auteur ne comptait qu'une Ancyre de ce côté, c'est le passage où, parlant de celle de Galatie, il dit : ^'Ayxupa èiuivu;*:; •rtj xpoç Au5{av xepl BXxjScv (1)... « Ancyre (de Galatie) porte le même nom que celle qui avoisine la Lydie, vers Blaudus. » S'il en avait connu une troisième, il n'aurait pu manquer de dire «... Ancyre porte le même nom que celle... et que celle... etc. » Il est évident que cet auteur ne connaissait qu un seul point de comparaison avec l' Ancyre de Galatie.
Que Bolat soit la Blaiidos de Strabon, comme le pense M. Kieppert, M. Lebas le reconnaît aussi de son côté, et il prouve très bien (sans avoir su qu'on avait eu celte opinion avant lui) que ce ne peut être Bogaditza^ comme l'avait pensé M. Bœokh (2) ; c'est encore là un point qui ne laisse plus de doute. Mais, par cela même, cette BXauSsç ne peut être la BXauvîoç des médailles et de l'inscription trouvée près de Suleimani. C'est à cette localité, et non pas à Bolat (BXaOSoç), que doit se rapporter la circonstance géographique que font connaître seules les médailles des BlaundéeiiSy à savoir l'existence
(1) M. Lebas propose de lire t^ wpbç Auôiav KAI TOp\ BXaOdov. Le xai est inutile.
(2) Corp, inscr., t. II, p. 1127.
d*un fleuve Hippurios Çî^nzcùpioç) représenté sur ces médailles. Ce fleuve doit être le Kobekli-sou^ qui coule en cet endroit, et qui va se rendre dans le Méandre. C'est donc à tort que les cartes de MM. Leake et Lapie en font un des affluents du Macestus, et que M. Lebas regarde ce fleuve comme étant le Selké-soUy qui, après avoir arrosé la vallée de Balat, se jette dans TAdranas-sou ou le Rhyndacus (1).
Nous avons vu que, d'après son hypothèse des trois Ancyres, il divise en deux Tunique Ancyre de Strabon. La r.okiq (ppuyioxi^, il la place, comme MM. Hamilton et Kieppert, à Kilisch-Keuï, situé très près à TO. de Simav, que M. Hamilton a le premier démontré être l'ancien SynaoSy d'après Tinscription chrétienne qu'il y a découverte (2) : 'Ext S-ceçavou Iriaxéxsu S'jvacu To êpycv ey-veTO, « Sous Etienne, évêque de Synaos, ce travail (l'église) a été fait (3). » M. Lebas qui, pendant son voyage, n'avait point l'ouvrage de M. Hamilton sous les yeux, a cru avoir le premier vu l'inscription et découvert l'emplacement de Sjmaos. « Cette découverte, dit-il, m'était réseryée; » elle avait, comme on voit, été faite avant lui (4). Du reste, il est juste de remarquer que M. Kieppert n'avait pas eu besoin de connaître cette inscription décisive, pour placer Synaos à* Simav, comme on le voit par sa carte. Or la position de Synaos étant connue, rAnc)rre de Phrygie ne peut être que Kilisch- Keuï, ainsi que le reconnaît aussi M. Lebas ; en efl'et, ces deux villes étaient si voisines, qu'Ancyre est appelée ^'A-ptupa Suvaou dans les Actes des conciles.
Quant à VAiicyre de l'Abasitide dont M. Lebas fait une ville différente, il la reporte près de l'embouchure du Rhyndacus, au lieu appelé Mouhalitch, dont la dénomination ancienne n'est pas connue ; et il croit que les médailles attribuées à
(1) Revue de philologie j^, 224.
(2) Appejid., no 30.
(3) To gpyov ÊycvsTo. C'est la môme expressioQ dont se sert l'évèque Théodore pour exprimer les travaux exécutés au temple de Philes, pour faire du pronaos une église chrétienne. (Voy. mes Matériaux pour servir à Chist. du cfiritiian., p. 87 et 88 [!'• série, 1. 1, p. 80].)
(4) Revue de philologie, p. 225.
IWncyre de Phrygie se rapportent à cette troisième Ancyre, et non pas à TAncyre de Synaos. C'est ce qui l'oblige à rapprocher YAbasitide de la mer, changeant ainsi un trait important de la géographie ancienne de ce côté, contre le témoignage de Strabon, comme on va le voir.
Et d'abord que YAbasitide fût plus au midi du côté des sources^ et non pas à Vembouchure du Rhyndacus, cela est prouvé par l'inscription trouvée par M. Keppel à Kedous (Ka5o;), commençant par ABBA6ITAI MYZOI ; c'est Torthographo des médailles, ABBACITHN MYZHN; d'où résulte avec certitude : i^ que les 'A66aeTTai étaient attribués à la Mysie; 2» que le nom d'ABACITIC dans Strabon, comme le pense M. Kieppert, doit se lire ABACITIC ; ce canton s'appelait donc Abaîtide et non Abasitide. Par un autre rapprochement très heureux, dans le nom des ABAITAI, peuples qui, selon Strabon, habitent à la gauche des My siens, et au pays desquels confine la Phrygie Épictète (4), le même savant reconnaît les ABAITAI (avec le changement d'une seule lettre, A en A de l'inscription de Kedous), Il ne reste plus de doute, ni sur le changement de ABACITIC en ABACITIC, ni sur la situation des 'A haïtes, qui, habitant sur la limite de la Mjrsic et de la Phr)'gie, ont été attribués tantôt à l'une et tantôt à l'autre de ces deux provinces.
Il est donc impossible de. porter V Abaîtide (car c'est ainsi qne nous l'appellerons désormais) au bord dé la Propontide et à l'ouest du lac Apollonias, ni de placer, comme le veut M. Lebas, une troisième Ancyre à Muhalitsch, ville considérable située sur le Rhyndacus près de la sortie du lac Apollonias ; c'est ce que le second texte de Strabon achève de démontrer.
Il dit, d'après la traduction de Coray, qui nous semble ici parfaitement exacte : «... le Rhyndacus prend sa source dans l'Azanitide, et après s'être grossi des eaux de plusieurs fleuves de la Mysie Abrottène, entre autres de celles du Macestus, gui vient d Ancyre de F Abaîtide j se décharge dans la Propontide»
(1) Strab., t. XIV, p. 576.
vîs-à-vîs de Tîle Be8bîcu8'(l). » Il résulte clairement de ce texte que YAbaîtide était située vers les sources du Macestus, un des affluents du Rhyndacus ; en d'autres termes, que le Macestus prenait sa source dans ce canton ; ce fait concorde avec tous les autres renseignements sur la position des Abattes y et avec ce fait, remarqué par M. Hamilton (2) et M. Lebas (3), que le Macestus sort du lac de Simav (Synaos), et, par conséquent, prend sa source tout près d'Ancyre. Pour trouver dans ce passage si clair la preuve de la position qu'il assigne à TAbaîtide, M. Lebas traduit les mots icpodXaôwv... xal Maxejtov oie* 'A-ptupaç Tft<; *A6a5{Ti5oç, par : «... et le Macestus qui se réunit à lui (Rhyndacus) du côté dAncyre de TAbasitide. » Ce qui veut dire, ajoute-t-il, « que le Rhyndacus reçoit le Macestus près dAncyre de VAbasitide. » Mais on ne peut entendre dnc' 'A-pctipaç de cette manière ; au moins faudrait-il ew 'A-pcupaç ou 'A-yxiipa, ou wpoç 'Ay/ùpa, et M. Lebas n'a pu songer à un tel sens que parce qu'il s'est laissé prévenir par une idée prise en dehors du texte.
Entendu comme il doit l'être, ce texte est parfaitement en harmonie avec les autres passages de Strabon, avec les médailles et l'inscription de Kedous. On ne peut placer l'Aôflî/îVfe et les Abattes que là où les a mis M. Kieppert, aux environs de l'Ancyre de Phrygie, de Synaos et de Kadi. Il nous semble que ce trait de la géographie comparée de cette région est fixé définitivement. Nous espérons que M. Lebas reprendra cette discussion, et qu'il y apportera de nouvelles lumières, ainsi que sur quelques autres points géographiques et historiques qu'il nous reste à signaler.
Nous avons eu plusiem*s fois occasion, dans ce qui précède, de comparer Topinion de M. Kieppert, sur la position de cer-
(1) ... xa\ ô Pi5v8axoç pEî TCOTapL^c Tot; «PX^^î s^tûv ex ttjÇ *AÇavtTi5oç* ITpoff- Xa6ù>v 5è xoti ex ttjç 'AêpercYivTiç Mudtaç ôtXXouç tê xa\ Mâxeorov aie' 'Ayxupaç Tf,ç 'AêowytTtSoç (I. 'A6ae(Tt3oç) exÔ{6«<jiv, x. t. X., t. XIII, p. 576.
(2) Researches, etc., t. II, p. 121 : « The lake of Simanv is the source of the Macestus. »
(3) Revue de philologie, p. 227 et 228.
tains lieux, avec celle de plusieurs voyageurs, surtout du plus récent, et certainement du plus docte d'entre eux, notre confrère, M. Lebas. Ses vues, fondées sur la connaissance des lieux, ont été indiquées dans les rapports que publie en ce moment la Revue de philologie, de littérature et dhistoire ancienne^ recueil dirigé par M. Léon Rénier avec autant d'intelligence que de savoir, et qui mérite tous les encouragements des amis de la littérature ancienne. Ces rapports, écrits sur les lieux mêmes, font briller la science et la sagacité de lenr auteur ; mais il faut bien s'attendre que les opinions émises ainsi, à première vue, auront quelquefois besoin d'être modifiées plus ou moins par l'auteur, quand, à tête reposée et entouré de livres, il pourra reprendre toutes les questions qu'il a touchées en passant. C'est pour appeler son attention érudite sur quelques points douteux, ou qui me paraissent tels, que je me suis permis d'exprimer les motifs de mon dissentiment, tant sur la situation géographique de certains lieux, que sur la lecture de quelques passages d'inscriptions, à l'égard desquels il ne me semble pas avoir rencontré aussi juste que sur le reste.
Dans ce dernier article, je parlerai de deux positions impo^ tantes dans la région qu'embrassent le mémoire et la carte de M. Kicppert.
La première est celle de Pœmanenus, noi[Mtvifjv6; (ou ns'.ixar^vsv comme il est écrit par iotacîsme dans Etienne de Byzance).
Le seul passage qui donne une indication précise sur la position de ce lieu est celui d'Aristide, qui, se rendant d'Hadriani, sa ville natale, aux bains de l'^sepus, sur les bords de la Propontide, rencontra Pœmanenus sur cette route, à 160 stades d'Hadriani (1). Or cette dernière ville était «ituée tout près, au sud du ch&teau actuel d*Adranas, sur le bord du Rhyndaeus {Adranas sou), comme le reconnaissent M. Kieppert et M. Lebas. Ce serait donc à 20 milles romains, ou en\îron 30 kilomètres au nord-ouest d'Adranas qu'il faudrait chercher
(1) Aristid., OraL, xxvi, 1. 1, p. 502, 503, éd. Dind.
Pœmanenus. M. Lebas le place ou à Kestelik même, ou du moins très près de ce village, qui est situé sur la rive droite de VAdranas sou; et cette position, à la distance près, qui est un peu forte, satisfait aux conditions indiquées par les autres textes : ce sera bien le ipupivoTaTcv izokiyyio'i d*Anne Comnène. Etienne de Byzance dit que Pœmanenus dépendait de Cyzique, circonstance qui peut s'appliquer à la position indiquée, puisque, selon Strabon, le territoire de Cyzique s'étendait jusqu'à rApoUoniatide. Il nous semble donc que l'opinion de M. Lebas doit être préférée à celle de Mannert, qui voulait placer ce lieu plus au nord, entre Cyzique et Mohalitch, ville située sui* le Rhyndacus, entre les deux lacs d'ApoUonie et de Miletopolis; et même à celle de M. Hamilton, qui mettait Pœmanenus à Mynias, sur un des cours d'eau qui, venant du sud, se rendent dans le dernier lac (1).
Maintenant y avait-il deux lieux de ce nom ? La plupart des géographes l'ont pensé. M. le colonel Leake a mis un second Pœmanenus sur les limites de ]a Phrygie Épictète et de la Galatie, à l'est de Cotyœum; M. Kieppert place du même côté, et à peu près dans le même emplacement, un canton de Pœmanetie; je ne vois pas sur quelle autorité ; mais qu'il y ait eu un second Pœmanenus, c'est ce qu'établit ce passage d'Etienne de Byzance, auquel M. Lebas propose de faire subir une correction qui ne me semble pas admissible : no'.|ji.avtv6v (pour Hstpiavtjvov) -îwoXiç, if^^zoï çpsuptcv • hii Sa xal /(opCov KuÇ(%ou • Ta eôvtxôv, î'swiw^, c'est-à-dire : « Pœmanenon, ville ou château fort. C'est aussi un lieu [dépendant] de Cyzique. L'ethnique a la même terminaison (c'est-à-dire est Wo^^oL^r^iz), » M. Lebas propose de lire fort Se xaTa yjiù^iz^ KuÇixcu, pour n'avoir qu'un seul lieu de ce nom. Il se fonde sur ce qu'Etienne de Byzance ne peut pas s'être ainsi exprimé d'une manière absolue, « Pœman€7ion, ville ou château fort^ sans indiquer dans quel pays ce lieu était situé. Cela, dit-il, est contraire à ses habitudes comme au plan de son livre. » L'observation aurait plus de force si nous pos-
sédions Fouvrage même d^Étienne de Byzance; mais nous n'en avons que Textrait décharné fait par Hermolaûs avec assez peu d'intelligence. Le lexique original était fort détaillé, si nous en jugeons par le fragment sur Dodone. le seul où les paroles de Fauteur aient été conservées. Le défaut de rédaction qu'on trouve avec raison dans le début de l'article de Pœmanenonesi, au contraire, malheureusement trop conforme aux habitudes de Fabréviateur. Il suffit de renvoyer aux noms P^6aç, Pt^ywv, SiYY», StiJiietç et vingt autres, où le nom n'esl suivi d'aucune indication géogi'aphique. Quant à la phrase elle-même Idxt Sa xal x<*>pf©^ KuÇCxou, c'est la locution ordinaire employée par Hermolaûs, quand il parle de plusieurs lieux portant le même nom. Mais je ne pense pas que ni Etienne de Byzance ni Hermolaûs eussent dit Iff-rt 8à xaTà ytopio^ KjCixcu, dont la construction ne me semble pas correcte, quelque .sens qu'on lui donne. Il y avait donc, d'après cet auteur, deux villes du nom de Pœmanetius; mais où était l'autre? C'est là ce que ni les textes ni les inscriptions ne permettent de dire. Les positions que lui ont assignées le colonel Leake et M. Kîepperl paraissent être également hypothétiques. Ce nom a pu se rencontrer plusieurs fois, n'étant qu'une de ces formes ethniques terminées en tjvoç, qui se trouvent si souvent dans la géographie de l'Asie Mineure (1).
(1) C'est un nom géographique de ce genre que je crois reconnaître daui> cette inscription que M. Lebas a trouvée tout près d'Apolionia ad Rhyndacum, en Bithynie :
OPOIMAN APCON KAirANA THNOY
opot MavSpôiv xa\ TavaTiQvoO, « limites de Mandres et de Gauatènc. « M. Lebas voit avec raison dans le premier nom un village, Mocv^poti ; mais il croit que le second indique une propriété i>articulièrc. 11 est bien plus vraisemblable que c'est un nom de lieu comme l'autre, et que l'inscriptiou a dû être gravée sur plusieurs bornes indiquant les limites du territoire des deux bourgs ou villages, appelés l'un Mavôpat, l'autre ravaxYjvoç ou Vœ*oLxr,y6v. Elle nous a donf conservé deux noms géographiques, jusqu'ici inconnus; car il est clair que ce MavÔpai ne peut être le Mâvôpa titnoi ou rnwwv d'Uiéroclès (p. 663).
Un autre lieu^ dont la situation est encore très problématique, est Nacoleia, ville de la Phrygie Épictète, qu'on place ordinairement à Test ou au sud-est de Cotymmiy M. Leake, près de Doganlu, où se trouve le monument dit le tombeau de Midas, et M. Kieppert, entre Colyâsum et Dorylœiim, Les renseignements historiques sont trop peu précis pour être d'aucun secours. Strabon se contente de nommer cette ville dans une énumération de celles de Phrygie ; mais il n'a peutêtre pas plus observé Tordre géographique que dans dautres énumérations. Ammien Marcellin, Hiéroclès, Philostorge, Etienne de Byzance, nomment cette ville sans indiquer sa position. Deux autorités seules semblent assez concordantes, l'une est celle de Ptolémée, qui la place à environ 20' au sudest de Doryléeum;ce qui ne s'éloigne pas beaucoup de la position donnée pai- la table de Peutinger, à vingt milles de Dori/lamnij sur la route de Confits, dans la direction nord-sud. L'opinion du colonel Leake était, jusqu'ici, celle qui cadrait le mieux avec ces indications, principalement avec celle de la Table.
M. Lebas a découvert un document qui change toutes les idées sur ce sujet.
Entre jEzani et Cotymum se trouve la vallée d'Ameth, à six ou huit lieues au nord-est de Synaos, à présent Simav, que notre docte voyageur alla visiter. Là au pont d'Assarlar, il trouva une inscription mutilée, dans la première ligne de laquelle il a cru discerner le nom des Nacoléens. En voici le commencement tel qu*il a pu le lire :
Aa. . A...€TIMHC NEax. . . . OTIMOYTONCT60ANH0O ONKAirPAMMAT€ArYMNACIAPKHCANTA
Il restitue ainsi ce fragment : if) gsuA-rj 7.al 6 ofi|ji.o^ Na[xo]X[^wv] EiCjATi^av M8]v£A[a5v MTj':p]5T(;jt.ou (1) tov aTS^avYjçopov xai YpajxjxaTfa Y'Jjiivaînap^ofjma x. i* X*
(1) Gomme entre MeveX et o-rcpLouil n'y a de place que pour Gin(i lettres, j'aimerais mieux lire MevéX[oiov Ai]oti|iou. ~
La restitution de N/* . . . v* . . .
en NAKOAEHN parait indubitable ; du moins, on n'aperçoit aucun nom de ville, dans toute la géographie de l'Asie Mineure, dont les éléments puissent cadrer aussi bien avec les vestiges qui existent. Il en résulte une grande probabilité que la ville, dont la position a été tant cherchée, était située dans la vallée d'Âmeth. M. Lebas ne se dissimule pas la difficulté qui résulte de la table de Peutinger ; il ne parle pas de Ptolémée dont il n'avait, sans doute, ni les tables, ni les cartes sous les yeux. Mais, quelque imposantes que soient ces deux autorités, elles sont soumises à tant de chances d'erreur, qu'on pourra hésiter à les mettre en balance avec le monument que notre docte voyageur a découvert et restitué d'une manière qui laisse peu de prise au doute.
Il trouve d'ailleurs son opinion confirmée par l'inscription que Sestini a copiée à Kelembé, à 24 kilomètres au nord de Thyatire, et reproduite par M. Bœckh (1). Elle est ainsi conçue:
NniOIEKnAKAAEIA2
ITPATinTAIOlAlABAN
TEZENTCOIIEETEIEIZ
TOYIKATAXEPPONH
lONKAIOPAlkHNTO
TOrrETXHN
. . . .v(o, ôl ey, NaxoA£{a^ (XTpaTiwTat cl Siaôavreç, èv tw IE £T6t, et; tsu: xaTi Xepf)0vr|(7cv y.at 0pdr/,r/; tc'ï:ôuç • ei^r/^v.
« A les soldats qui, en l'an xv, venant de Nacoleia, ont
passé [le détroit] pour se rendre dans les lieux de Chersonèse et de Thrace, en accomplissement d'un vœu. »
M. Lebas (2) remarque avec raison que, si Nacoleia eût été située à l'est de Cotya^um, la garnison qui en parlait pour se rendre à l'Hellespont n'aurait pas pris sa route à lravei*s les montagnes de la Phrygie Épictète ; elle serait remontée à
(4) No 3568.
(2) Revue de philolog., p. 34o, 346.
Colyaeum, de là se serait dirigée sur Pruse, et, de Pruse, aurait pris par Cyziquc et Lampsaque.
Une circonstance curieuse de cette inscription est la date de Fan XV. A quel point de départ se rapportc-t-elle? Quel est le prince, Trajan, Adrien ou l'un des Antonins, dont le nom se montre dans la finale Nul? Le docte voyageur la rapporte à Marc-Aurèle, d'après un passage d'une inscription inédite qu'il a publiée dans un précédent rapport (1). Cette inscription, trouvée à Balat, l'ancienne Blandos de Phrygie, est curieuse à plus d'un titre. Quoique analogue à une foule d'autres inscriptions connues, elle offre plusieurs difficultés assez graves, entre autres, le même énoncé chronologique que dans la précédente, énoncé sur la vraie signification duquel il est bon d'être fixé; car, selon le docte voyageur, il s'agirait de l'ère d'Actium.
Les caractères de l'inscription sont fort usés et ne peuvent êlre^ distingués que quand le soleil les frappe obliquement. Cependant il y a tout lieu de croire que, grâce à sa grande habitude, M. Lebas n'a laissé échapper aucun trait important.
Voici sa copie et sa restitution :
ArAGHTYXH GEolI nATPIojI K-AYToKPAToPI KIAPIMAPKflArP (espace effacé à dessein) ET ZEBEL.ENniCONIZ EIAOMENETIAITT NOMoZToN lEPAni EKTCONIAICONZTPA THrAIATP.TEIMOKPA T0Y2 IAAPX0NT02 ETOrZ e AAI....
Beoî; icatxpioi; xat auTOxpcKTopt Katvotpi Mapxtj» AvphXîw] [ *AvTwveiv<j»] evfSi^tX [M. 2]Evicpcavi; Ei§o(jL&vsù; àeJTv vô(jLo; xbv Ilspaici (2) ex Tûv îôîwv orpatr.ytaç, Avp. Tei{ioxpà- Tou; lA àpxovto; ÏTOu; 0, Aai[<itoy...]
A la fortune propice, aux dieux de la patrie, et à l'empereur d'-sar Marcus Aurélius Antouin Pieux, M. Sciupronius Idoménùc astynomo a 6ievé cetU eintuc de Sérapis, avec les fonds de la slrati'gie, sous le xi» archoutat d'Aurélius Timocrate, Tau ix, ic. . . .
de Dsesius.
Le premier point à décider, c'est la date de ce monument, afin de retrouver le nom, effacé à dessein, de l'empereur auquel il a élé consacré. C'est la difficullé principale.
(i) Revue de phUohg,^ p. 218.
^2} Sans doute le v final est effacé, et il faut lire ^Ipaiciv ou liildépaTciv.
M. Lebas pense que l'inscription est de Tan 179 de noire ère, et que l'empereur est Marc-Aiirèle. Son opinion se fonde sur ce que, dans l'énoncé de la date [F an ix), cette année « ne doit être autre que Fan 209 de Tère syriejine d'Acliuin. Oa aura, pour plus de concisiorij omis le signe des centaines, comme cela a lieu de nos jours, où Ton supprime les deux premiers chiffres du millésime, 89, 91, 93, etc., au lieu de 1789, 1791,1793, etc. »
Il nous paraît difficile d'admettre cette interprétation.
En effet, pour trouver ici l'ère d'Actium, on est obligé de supposer qu'on a supprimé les centaines ; mais il n'y a nul exemple (du moins je n'en connais aucun) d'un tel retranchement. Les anciens, qui recherchaient en tout la clarté, n'auraient point admis une expression qui, même dans nos usages. n'est employée que pour quelques années de la période révo lutionnairc; ce qui exclut toute équivoque. Nous disons de même l'an m, l'an iv, l'an vin, sans ajouter de la républiqiOy parce que l'ellipse se remplit d'elle-même. M. Lebas croit que c'est pour plus de concision; mais la date étant exprimée en chiffres ou lettres numériques, on aurait dit, avec une seule lettre de plus, 29, ou 61 dans le sens inverse. En quoi la concision était-elle intéressée à la suppression d'une seule lettre?
Il y a donc toute raison de renoncer à trouver ici dans ce chiffre IX l'énoncé de l'ère actiaque.
Cette date ne peut, ce nous semble, exprimer que l'année du règne de l'empereur dont le nom est en tête de l'inscriplion.
L'ère actiaque^ remontant à l'an 31 avant notre ère (723 de Rome), a été employée sur les monnaies de quelques villes de Syrie, comme Antioche, Apamée, Séleucie, peut-être Rhosus (1), mais elle ne paraît pas l'avoir été en Asie Mineure. Dans cette contrée, les monuments de Tépoque romaine sont datés, soit en années impériales, comme dans les légendes des médailles de Césarée (2) et de Tyanc (3), soit d'après un cerlain
(1) Eckhel,t. IV, p. 401.
(2) Id., t. m, p. 187, 188.
(3) Id.y l* ni, p. 194*
nombre d'ères parliculîèrcs aux villes. On en a de nombreux exemples. Les chiffres 148 (PMH), 2S8 (INH), 289 (ine), 311 (TIA), qui se trouvent sur d'autres inscriptions de Phrygie et de Galatie (1), ne peuvent appartenir à Tère d'Actium. J'en dis autant de deux autres inscriptions où sont les chiffres 29S et 309 (2), où M. Bœckh conjecture qu'il pourrait bien être question de Tère actiaque, quoique rien ne Tindique. Cette ère n'existe pas davantage dans les dates des années 231, 311, 312, 318 (3), 322, 323, 329, 332, 360 (4), qu'on trouve dans huit inscriptions que M. Hamilton a copiées en divers lieux de la Mysie et de la Phrygie, non plus que dans celles des années 2HN. Tke. 2. 2Z (5).
Or cette absence de Tère actiaque dans Ténoncé des dates en Asie Mineure est déjà un motif do douter qu'elle soit exprimée dans Finscriplion de Balat ; il faudrait être bien sur du fait pour Tadmetlre, et rien n'est moins vraisemblable.
Mais quel est ce prince, dont le nom propre a été, comme M. Lebas le remarque, effacé à dessein? Il y a reconnu Marc^ Attrèle Antonin, et il ne pouvait faire autrement; car Tan 209 de l'ère actiaque correspond à Tan 179 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire à la dernière année de ce prince. Mais la conséquence tombe avec le principe, si l'on abandonne, comme je crois qu'il faut le faire, l'interprétation donnée à l'énoncé de Tan IX.
Au reste, l'application de ce principe conduit à un résultat, J'ose le dire, peu vraisemblable ; c'est que le nom du vertueux Marc-Aurèle aurait été effacé à dessein^ fait dont il n'existe
(1) Corp, inscr., 3812, 3892, 3896, 4112.
(2) /rf., 3443 A et c, t H, p. 1126, 1127 aux Add.
(3) La date de 318 est ainsi exprimée (Hamiltou, qo 336, t H, p. 467) : ET0r2 m KAI n(que jelis Hl KAI T), dont le chiffre est présenté dans l'ordre inverse au nôtre, au lieu de TIH. Cet ordre inverse, si commun dans les inscriptions et les médailles syriennes et cllicienues, est fort rare dans le reste de l'Asie Mineure. C'est le seul exemple que j'en connaisse pour les centaines; mais i(y en a plusieurs pour les dizaines; ainsi 319 est exprimé par Tel et 238 par 2HN. {Corp. inscr. t u» 3443.)
{k) Hamilton, t. II, p. 464 et suiv.
(5) Corp. inscr., n" 3443, 3443, 3447 et 3448*
436 SL'U LA GÉOGRAPHIE ANCIENiNE
aucun exemple. Il est vrai que, pour Texpliquer, M. Lebas soupçonne qu'on s'est mépris ; qu'on a efface lé nom AfUomn, en croyant effacer celui d'Héliogabale, qui avait pris* les noms de Fempereur philosophe. Cette méprise me paraît difficile à commettre par des contemporains ; mais laissons cette conjecture, uniquement amenée par une fausse interprétation de Tan IX ; en ayant égard aux noms de Mapxo? Aipi^^Xw?... EOssêf,:, nous verrons qu'il ne peut être question que de Commode^ dont le nom fut effacé des monuments par ordre du sénat. La restitution se fait alors de la manière la plus complète et la plus satisfaisante.
Dans l'hypothèse qu'il s'agit de Marc-Aurèle, il faut remplir la lacune par le nom ANTCONCINCO- Ce nom ayant neuf lettres, s*il était seul, occuperait assez exactement la place, qui en tient dix, comme on le voit par la ligne supérieure. Mais le nom Àjpi^^X'.o; n'a pu être abrégé, quand le prénom MAPK02 était laissé entier. On trouve bien souvent MATPHAI02; mais on ne trouve jamais MAPK02 ATP. Or il n'y a pas moyen de mettre le complément HAICO après ATP sur la même ligne, la pierre ne le permet pas. Il est indubitable que la ligne effacée commençait par ces quatre lettres HAICO ; alors il ne reste plus de place que pour six lettres, et le cognomen ANTCONCINOt) (ou HAIOrABAACO) serait beaucoup trop long. Au contraire, le nom KOMOACO (1) (HAICO KOMOaCO) donne justement le nombre de lettres qu'il faut pour remplir la lacune.
Ainsi on peut, je pense, prendre pour certain que l'inscription est de l'an ix de l'empereur Commode, au mois de Dxsius, ce qui correspond à avril-mai de Tan 188 de notre ère, 941 de Rome.
Outre la date, il y a lieu d'hésiter sur le sens des quatre dernières lignes. L'auteur de la dédicace est un édile (içrjvdpisç) nommé Sempronius Idoménée, qui l'a faite, est-H dit, ex tw» I5{(i)v rrpaTTf/'ia;, Aùp. Te'.jJLoy.pirsj^ lA apyo^no^. Je trouve ici deux graves difficultés. La première consiste eu ce que iy. wvîsiuv
(l) Ou disait inditTérenimeot KOMOAOZ et KOMMOAOZ; la première orthographe est même la plus commune sur les monuments grecs.
est toujours, de sa nature et dans lusaçe, une expression absolue, où Ton sous-enlcnd y^tt^^iztù^t ou Bara^/YjixiTwv, comme la tournure latine de sua pecimiay ou de suo posait, 'Ev, twv io(a)v sTpmjTiaî, pour dire aux frais de la stratégie^ est donc une locution qui blesse toutes les analogies de la langue ; on aurait nécessairement dû dire, en ce sens, s/, -zm Tij; rcpa-rr^Ytaç ; et, cependant, si la leçon est exactement copiée, le génilif peut-il dépendre d'autre chose que de H to>v ictwv ?
La seconde difficulté est dans lA ipyo'^nozj sous le 07izième archontat de Timocrate. Mais, d'abord, ce nombre A'archontats est exorbitant et sans aucun exemple. Ce nombre excède rarement deux, et jamais trois. Ensuite, en pareil cas, le chiffre n'est jamais avant ; il est après y avec rarlicle, comme ap^rovrcç Ts B : il faudrait donc apysvTs? to 1Â.
Cette double difficulté ma suggéré Tidée de lire lAAP- X0YNT02, en changeant A en A, et en admettant que Tt est lié, selon l'usage du temps, avec le N suivant, N. Le verbe KKx^yH^ ou gD.apxsîv (la double orthogi'aphe s'emploie) indiquerait une fonction militaire, placée au-dessous de celle de l'archonte. Dans les inscriptions béotiennes, on trouve slXapxÉovTwv (tels ou tels), deux à Lébadée (1), quatre à Thèbos (2). Ici, Vilarque {aise ou tumige dux) serait unique, et semblerait avoir remplacé, à Blaudos, l'autorité de l'archonte, ou de tout autre magistral supérieur.
Quant au mot rrpaTïjYia^, puisqu'il est si difficile de le faire dépendre de h, -rwv tSiwv, ne pourrait-on en faire un complément de IXapycD^/Toç, en ce sens, Aur. Timocrate étant ilarque de la stratégie ? Ce qui signifierait que le stratège de Blaudos avait des officiers (ses subordonnés), dits D^apyo»., dans les villages ou bourgs dépendants de la ville principale, qui leur servaient de chefs-lieux.
J'avoue que la construction est insolite, et qu'on voudrait trouver Aip. TetiAr/porcj; -rij; ou srl ttJç rcpaTYJYia; lXapyoj*/T5ç, ou iXapycO^no; ttJç ^paTïjYia^ ; mais, du moins, elle n'est pas con-
(l) Corp. inscript,, n<» 1588.
(2j /6/rf., no 1576.
traire, comme va twv loim (npa-rr^Yia;, à toute espèce d'analogie: or, de deux difficultés, il faut choisir la moindre.
Ceci pourrait même servir à lire une légende dos médailles A'Acmoma, ville du même pays, que les numismatistes n ont peut-être pas complètement expliquée. On y voit constamment les lettres EIXP ou EIXPF. Neumann(l) pensait que cela signifie kl oiçr/pr:o; to T (tel ou tel). Mais il faut remarquer qu'il y a constamment El et jamais ETTI, et que, dans les ligatures, il est inouï (si je ne me trompe) qu'on lie ensemble deux lettres qui sont séparées par une troisième ; il serait donc contraire à lusage de se sei^vir de la ligature XP pour àpyz^zzc, le X étant après le P, au lieu de AX^ou AX- Toutes ces difficultés disparaissent si les lettres EIXP se lisent ElAAPxcOvrsç ou EIAAPx-j. Ainsi, au lieu de Y archonte ou du stratège, qu*on trouve partout ailleurs en pareil cas, on aurait nommé Yilarque, le subordonné du stratège. Serait-ce là ri^nrixc; apywvdes monnaies de Cotyœum en Phrygie, désignation jusqu'ici assez obscure, quoique Eckhel ait pensé qu'elle indiquait que rarchonle était chevalier romain (2) ?
Je soumets avec d'autant plus d'hésitation ces conjectures aux numismatistes comme aux épigraphistes , qu'il s'agit d'introduire, en deux villes du même pays, une magistrature locale dont, jusqu'ici, il ne serait fait mention nulle part, excepté sur l'inscription de Balat et sur les médailles d'.4fmoîiia.
Je n'ai plus qu un mot à dire à l'égard d'une inscription citée plus haut (3), trouvée par Sestini. On a vu qu'elle a du être une dédicace en Thonneur d'un Antonin, dans la xv® année.
D'après sa manière d'interpréter ce chiffre, M. Lebas voit, dans cette xv* année. Tan 21 S de l'ère d'Actium ; cola rcvienl à l'an 185 de notre ère, répondant à la x* année de Commode. Mais, s'il est vrai que cette année xv soit celle du règne d'un empereur, ce sera Trajan, Adrien ou l'un des Anlonins, depuis
(1) NeiimauQ, Popul. vetcr. nmnm., l. IF, p. 63.
(2) Eckhel, t. III, p. 139.
DE L'ASIE MliNEURE. 439
Aniocin lo Pieux jusqu'à Caracalla, sans qu'on puisse déterminer lequel.
Cette question de Temploi de Tère actiaque dans les monuments de l'Asie Mineure n'est pas sans importance ; c'est ce qui m'a engagé à examiner les preuves sur lesquelles on a cru qu'il reposait. Je désire que notre docte voyageur examine les doutes que j'ai proposés avec le désir d'être éclairé à mon tour ; et je termine ces articles, dont l'objet est principalement géographique, par cette petite recherche qui intéresse à la fois l'épigraphie, la numismatique et la chronologie.