‹ Œuvres complètesChapitre 27 sur 91 · LXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXIV INTRODUCTION

Lasteyrie , H. de Mornay, etc. Réfugiée à Thôtel des Invalides, quels défenseurs Vy ont suivie ? La plupart de ceux dont je viens de citer les noms , et quelques ardents mais sincères réformistes qui , ayant le matin accepté la régence, y demeuraient fidèles. Disons aussi que M. le duc de Nemours, qui n'avait voulu à aucun prix se séparer de la femme et du fils de son frère, pouvant enfin confier ce dépôt sacré à une amitié nouvelle , mais assurée et inviolable , trouva cette nuit un asile dans la maison d'un ami de M. Barrot.

Il est puéril d'expliquer la catastrophe de février, comme celle de juillet, par des hasards, par un ordre mal donné et mal exécuté, par telle ou telle précaution mal prise , et par toutes sortes de petites causes, vraies ou fausses, mais qui n'ont été désastreuses que parce qu'elles se joignaient à la grande cause de tout le mal , à savoir les fautes du gouvernement. Je l'ai déjà dit : il faut bien gouverner ou périr, la loi est inexorable, et il y a plus d'une manière de périr, parce qu'il y a plus d'une manière de mal gouverner. On peut périr parce qu'on jette le défi au génie de la révolution; on peut périr encore parce que, sans l'attaquer ouvertement et sans violer un seul article d'une charte, on résiste obstinément aux progrès les plus nécessaires et les plus innocents , et on condamne ainsi une nation ou à s'arrêter et à demeurer immobile, ou à laisser tomber un pouvoir qui se trahit lui-même. Il serait aussi par trop extraordinaire qu'un gouvernement irréprochable , entouré de l'estime et de la confiance publique , eût succombé sous la plus misérable attaque qui fût jamais. Cette attaque

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n*a réussi que parce qu'elle prenait les couleurs de la réforme et que la réforme était le vœu général. Paris était réformiste ; sa faute , et il l'a payée bien cher, a été de n'avoir pas vu que sous la réforme se glissait la république, et, après avoir si vivement appuyé l'une , de ne s'être pas retourné contre l'autre avec la même énergie. Mais Paris l'eût fait , je n'en doute pas, et très-promptement, si un gouvernement habile lui en eût donné le temps , si de bonne heure de rapides et libérales mesures eussent divisé l'insurrection et séparé les réformistes des révolutionnaires. Ce n'est donc pas la nation qu'il faut accuser ici, c'est le gouvernement. Je le dis à regret , mais avec une conviction profonde : c'est lui qui Q3t le premier auteur de la révolution de février, comme Charles X est l'auteur de la révolution de 1830, et l'empereur de la restauration.

Je ne veux pas même répondre un mot à ceux qui reprochent à l'opposition constitutionnelle d'avoir amené la révolution de 1848. Comment, avertir les gouvernements des dangers auxquels ils s'exposent, c'est donc créer ces dangers? À ce compte, pour être conséquent, il faut dire que c'est l'opposition de M. de Châteaubriant et de M. Royer-Collard et l'adresse des 221 qui ont fait la révolution de 1830, et que l'honnête homme qui , en voyant paraître le ministère de M. de Polignac, s'est écrié : « Malheureux pays! malheureux roi* ! » a soulèv*le pays et détrôné le roi. Il faut dire aussi que c'est la commission des

* M. BerUn l*alné, dans le Journal des DébaU.

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cinq, en 1812, qui a perdu Teaipereur. Écftrtons ces dédamations, et donnons-nous le spectacle du grand caractère moral des événements de ce monde.

l Les lois de la morale Js'appliquent aux choses hu* ' maines aussi certainement , aussi inflexiblement que les mathématiques aux mouvements du ciel et de la terre* Particuliers et gouvernements, États et familles, il n'y a qu'un moyen de prospérer et de durer , c'est de se bien conduire. Toute mauvaise conduite est sûre d'une punition proportionnée à sa faute, tempire avait abusé de la force et de la guerre , il est tombé par la guerre et par la force. La restauratioû , qui avait donné la charte , après s'être longtemps sour tenue par elle, s'est perdue en la violant. Elle avait beaucoup abusé de l'article qui admettait encore une religion d'Ëtat, et elle osa s'armer de l'article 14 pour revendiquer le pouvoir absolu du roi ; aussi la révolution de 1830 abolit-elle l'article 14, ainsi que la religion d'Ëtat, et elle crut par là avoir mis un terme au gouvernement personnel. Les caractères de la ré^ volution de février étaient écrits d'avance en quelque sorte dans ceux des dernières années de la monarchie de juillet.

V Cette monarchie , démentant de plus en plus son origine par sa conduite , était revenue au gouvernement personnel. Pour en finir avec ce gouver^ nement , la révolution de février a proclamé la république. •

2<' La monarchie voulait maintenir à la chambre des députés une multitude de fonctionnaires /même de l'ordre inférieur. L'opposition proposait d'exclure

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un certain nombre de fonctionnaires chez lesquels rindépendance était ou impossible ou dangereuse : la république, répondant à un excès par rexcès contraire , a repoussé de la chambre tout fonctionnaire.

S"* La monarchie avait refusé » après seiïe années de progrès en tout genre, d'augmenter le nombre des électeurs ; nous proposions , nous , de Taugmenter raisonnablement et successivement : la république a décrété le suffrage universel.

4'' Sous la monarchie , le pays légal s'était montré

exclusif, et une partie de la bourgeoisie, heureuse

d'être admise à la cour, avait trop oublié les principes

de la révolution ; une réaction grossière a donné à la

* république le nom de démocratique.

ô"" L'apparition du socialisme a aussi sa raison. On ne s'était point assea occupé du peuple , de sa misère, qui est immense, de ses vices, qui viennent souvent . de sa misère, qui l'augmentent et la perpétuent. Quand l'Angleterre , quand la Belgique s'épuisaient à résoudre ou du moins agitaient avec un intérêt ardent les importants problèmes que soulève de toutes parts la situation morale et matérielle des classes inférieures , le gouvernement français voyait éclore toute une littérature socialiste, qui nous révélait d'horribles douleurs et par conséquent les plus grands dangers , et il se croisait les bras, laissait dire et ne faisait rien. La révolution de février s'est char- ^

gée de punir cette coupable indifférence par des extravagances plus coupables encore : elle a manqué \ de mettre dans la constitution le droit à Tassistance et le droit au travail , et nous avons vu le moment où ^

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