‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 91 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

c'est là une forme de gouvernement qui peut étre^ bonne selon les pays et selon les temps, mais que la logique est loin d'imposer à tout gouvernement libre, et je prétends qu'en ce cas la souveraineté nationale n'est pas le moins du monde engagée dans la république.

En effet, de ce que nous sommes parfaitement libres de nous choisir le gouvernement que nous voulons, nous ne restons pas moins obligés, si nous sommes des êtres raisonnables] en même temps que nous ; sommes des êtres libres, de choisir le gouvernement qui convient le mieux à la raison. Quel que soit ce gouvernement, par cela seul que nous l'aurons librement choisi, il aura toujours ce caractère d'émaner de nous, et son autorité ne fera qu'exprimer la nôtre ; mais, suivant la diversité des circonstances, la société la plus libre peut se donner très-raisonnablement les gouvernements les plus divers. Le gouvernement^ d'une commune de cinq cents âmes ne peut pas être celui d'un département de cinq cent mille âmes, ni d'un £tat de deux ou trois millions d'hommes, encore bien moins d'un empire où se presseraient en d'étroites limites trente ou quarante millions d'habitants. L'histoire d'une nation, avec ses traditions séculaires, ne peut pas non plus être négligée.! Tout se tient dans ; la vie d'un peuple, et les vieilles nations de l'Europe, chargées d'un long passé qui pèse sur elles du poids des siècles, ne se peuvent conduire comme les jeunes populations de l'Amérique qui ont laissé tous leursL souvenirs de l'autre côté de l'Océan , et disposent de j l'avenir aussi librement que de l'espace. Règle gêné- '^

itn INTRODUCTION.

raie : plus la vie sociale d'un pays est simplei plus son gouvernement peut Tétre aussi ; plus la vie sociale est compliquée, plus le gouvernement doit Tétre^'et alors la simplicité n'est pas l'effet d'un art profond, mais d'un art novice et en quelque sorte dans l'enfance. Tout le monde s'est moqué de Rousseau donnant comme l'idéal de tout gouvernement humain l'imita^ tion du gouvernement d'un petit canton de la Suisse. Il n'y a au fond que deux sortes do gouvernements essentiellement opposés et radicalement incompatibles : les ^uvemements fondés sur la souveraineté originelle d'une famille, et les gouvernements fondés sur la souveraineté du peuple. La révolution française n'a l^brisé que la monarchie absolue et arbitraire, où lé monarque tire son droit de lui-môme et n'a de respoûsabilité qu'envers Dieu et sa conscience. Cette forme de gouvernement a eu jadis sa nécessité, sa grandeur, son utilité, sa popularité tnéme; mais elle a reçu le coup mortel en 1789. Elle s'est soutenue plus ou moins longtemps hors de France ; [mais elle tend partout à se métamorphoser eU Europe, toute constitution impliquant une limite et détruisant le principe de la monarchie absolue. U n'y a pas aujourd'hui de roi en Europe qui osât revendiquer une telle monarchie : s*il le faisaii", il sortirait de son siècle^ retournerait au moyen âge, et mettrait en péril le fondement même de son autorité. C'en est fait de la monarchie du droit divin, de la politique de Bossuet, de M. de Bonald, de M. de Maisti*e : elle n'est plus aujourd'hui qu'une chimère impuissante. Mais si la monarchie du

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droit diviû a fait son temps, il ne reste pas moins vrai ^ que le gouvernement d'une grande nation civilisée ne peut pas être celui d'une société naissante; et si c'était , ici le lieu, je me chargerais de démontrer avec une rigueur mathématique, en allant pas à pas et de dé-» duction en déduction, que la France et toutes les grandes nations européennes ont aujourd'hui besoin d'un gouvernement limité, mais concentré, d'un gou* vernement qui ne soit pas tous, les jours remis en question, qui dure et se perpétue, qui a bien plus de raisons pour être inamovible que la magistrature, et qui doit être héréditaire, et, s'il se peut, immortel^ afin que nulle compétition du pouvoir suprême ne soit possible et ne se puisse même présenter à l'imagination des plus ambitieux, afin qu'il n'y ait point d'interruption dans la conduite générale des afiaires de la nation, afin que tous les membres de cette nation vivent, travaillent, contractent sur la foi d'un avenir certain, afin aussi que les nations étrangères puissent traiter avec le pouvoir national comme avec un pou* voir solide et permanent. ^

Les principes de la révolution française exigent im-^ périeusement une autorité forte et durable, pour dé* ployer leur bienfaisante influence : autrement ils tournent contre eux-mêmes. La souveraineté du peuple mal organisée est, dans ce grand individu qu'on appelle une nation, ce qu'est en chacun d$ nous une voloi^^ libre unie à un faible entendement, et qui, n'étant jamais fixée et arrêtée, s'agite et s'épuise en caprices Impuissants. Conçoit-*on une autorité

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