‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 148 sur 670 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Tant fut y à ce que dît l'hisloire,

De part et d'autre soupiré y

Que, leur lèa dAinent dtk;laré,

Les jeunes gens , comme on peut croire ,

Ne s'épai^èrenl ni serments,

Ni d'autres points bien plus charmants,

Comme baisers à grosse usure ; ■

Le tout sam com|)te et sans mesure :

Calculateur que fiH l'amant ,

Brouiller falloit incessamment ;

La chose étoit tant infinie ,

Qu'il y faisoit toujours abus.

Somme toute, il n'y manquoit plus Qu'une seule cérémonie.

Bon fait aux filles l'épaigner.

Ce ne fat pas sans témoigner Bien du regret, bien de l'envie.

Par vous, disoit la belle amie , Je me la veux foire enseigner.

Ou ne la savoir de ma vie.

Je la saurai , je vtyis [iromets; Tenez-vous certain désonnais De m'avoir pour votre apprentie.

Je ne puis pour vous que ce point :

Je suis franclie : n'attendez point Que , par un langage ordinaire , Je vous promette de me faire Keligieuse, à moins qu'un jour L'hymen ne suive notre amour.

Cet hymen seroit bien mon compte , N'en doutez point; mais le moyen?

Vous m'aimez trop pour vouloir rien Qui me piH causer de la honte.

Tels et tels m'ont fait demander ; Mon père est prêt de m'accorder :

Moi , je vous |iennets d'espérer Qu'à qui que ce soit qu'on m'engage , Soit conseiller, soit président, Soit veille ou jour de mariage , Je serai vôtre aupanrant , Et vous aurez mon pucelage.

Le garçon la remercia Gomme il put. A huit jours de là, n s'offre nn parti d'importance.

La belle dit à son ami : Tenon5-nous-en à celui-ci ; Car il est honune, que je pense , A passer la chose au gros sas *.

■ Oa avec accumtilatioo de Uxi» intérêts, c'est-à-dire en grmde

qnanUté.

• A n'y pwiireiidpc Ranlr, aie pMstT sous silence; expression

iwoverbiak. Le snt est un tamis pour taire passer le pUtre. b

farine, etc.

La belle en étant sur ce cas.

On la promet; on la oommenoe :

Le jour des noces se tient prêt.

Entendez ceci , s'il vous pûit.

Je pense voir votre pensée Sur ce mot-là de commencée.

C'étoit alors , sans point d'abus , Fille promise , et rien de plus.

Huit jours doimés à la fiancée, Coimne elle appréhendoit enoor Quelque rupture en cet accord.

Elle diffère le négoce Jusqu'au propre jour de la noce, De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant.

On mène au mootier ' cependant Notre galande encor pncelle :

Le oui fut dit à la cliandelle.

L'époux voulut avec la belle S'en aller couclier au retour.

Elle demande encor ce jour, Et ne l'obtient qu'avecque peine; Il fallut pourtant y passer.

Comme l'aurore étoit prochaine , L'épouse , au lieu de se couclier, S'iiabille. On eût dit une reine.

Rien ne manquoit aux vêtements.

Perles , joyaux , et diamants :

Son épousé la faisoit dame.

Son ami , pour la faire femme , Prend lieare avec elle au matin :

Ils dévoient aller au jardin Dans un bois propre à telle affaire ; Une compagne y devoit foire Le guet autour de noa amants , Compagne instruite du mystère.

La belle s'y rend la première , Sous le prétexte d'aller faire Un bouquet, dit-elle à ses gens.

Nicalse , après quelques moments , La va trouver; et le bon nre , Voyant le lieu , se met à dire :

Qu'il fait ici d'hunûdité !

Foin! votre liabit sera gâté; Il est beau , ce seroit donunage :

Souffrez , sans tanler davantage , Que j'aille quérir un tapis.

Eh ! mon Dieu ! laissons les habits.

Dit la belle toute pitiuée ; Je dirai que je suis tombée.

CONTES ET NOUVELLES

Pour la perte , n'y songez point :

Quand on a temps si fort à point,

Il en faut user ; et périssent

Tous les vêlements du pays;

Que plutôt tous les beaux habits

Soient gâtés, et qu'ils se salissent,

Que d'aller ainsi consumer

Un quart d'heure ! un quart d'heure est cher.

Tandis que tous les gens agissent

Pour ma noce , il ne tient qu'à vous

D'employer d^ moments si doux.

Ce que je dis ne jne sied guère ;

Mais je vous chéris, et vous veux

Rendre honnête homme, si je peux.

En vérité, dit l'amoureux ,

Conserver étoffe si chère

Ne sera point mal fait à nous.

Je cours : c'est fait; je suis à vous :

Deux minutes feront l'affoire.

Là-dessus il part, sans laisser

Le temps de lui rien répliquer.

Sa sottise guérit la dame ;

Un tel dédain lui vint en l'ame,

Qu'elle reprit dès ce moment

Son cœur, que trop indignement

Elle avoit placé. Quelle honte !

Prince des sots, dit-elle en soi ,

Va , je n'ai nul regret de toi :

Tout autre eût été mieux mon compte.

Mon bon ange a considéré

Que tu n'avois pas mérité

Une faveur si précieuse :

Je ne veux plus être amoureuse

Que de mon mari : j'en fais vœu.

Et de peur qu'un reste de feu

A le traliir ne me rengage.

Je vais, sans tarder davantage ,

Lui porter un bien qu'il auroit

Quand Nicaise en son lieu seroit.

A ces mots, la pauvre épousée Sort du bois, fort scandalisée.

L'autre revient , et son tapis :

Mais ce n'est plus comme jadis.

Amants, la bonne heure ne sonne A toutes les heures du jour.

J'ai lu dans l'alphabet d'amour Qu'un galand près d'une personne N'a toujours le temps comme il veut :

Qu'il le prenne donc comme il peut.

Tous délais y font du dommage :

Nicaise en est un témoignage.

Fort essoufflé d*avoir couru ,

Et joyeux de telle prouesse, Il s'en revient, bien résolu D'employer tapis et maîtresse.

Mais quoi ! la dame au bel habit, Mordant ses lèvres de dépit, RetouHMHt vers la compagnie , Et , de sa flamme bien guérie.

Possible alloit dans ce moment , Pour se venger de son amant.

Porter à son mari la chose Qui lui causoit ce dépit-là.

Quelle chose? C'est celle-là Que fille dit toujours qu'elle a.

Je le crois ; mais d'en mettre jà Mon doigt au feu , ma foi ! je n'ose : Ce que je sais, c'est qu'en tel cas Fille qui ment ne pèche pas.

Grâce à Nicaise , nôtre belle , Ayant sa fleur en dépit d'elle.

S'en retoumoit tout en grondant , Quand Nicaise, la rencontrant, A quoi tient , dit-il à la dame, Que vous ne m'ayez attendu?

Sur ce tapis bien étendu Vous seriez en peu d'heures fenrnie.

Retournons donc sans consulter; Venez cesser d'être pucelle , Puisque je puis, sans rien gâter.

Vous témoigner quel est mon zèle.

Non pas cela , reprit la belle ; Mon pucelage dit qu'il faut Remettre l'affaire à tantôt.

J'aime votre santé, Nicaise, Et vous conseille auparavant De reprendre un peu votre vent :

Or, respirez tout à votre aise.

Vous êtes apprenti marchand , Faites-vous apprenti galand :

Vous n'y serez pas sitôt maître.

A mon ^ard, je ne puis être Votre maîtresse en ce métier.

Sire Nicaise, il vous fout prendre Quelque servante du quartier.

V'ous savez des étoffes vendre, Et leur prix en perfection ; Mais ce que vaut l'occasion, Vous l'ignorez, allez l'apprendre.

Vm. LE BAT.

Un peintre éloit , qui, jaloux de sa femme, Allant aux champs, lui [teignit im baudet

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