‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 159 sur 670 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

DéCrait rédat, bit lanf^ir les altraîte.

Notre malade avoît la lace Idéme

Toat justement comme un saint de carême;

Bonne d'ailleurs, et gente% à cela près.

La faculté sur ce point consultée,

Après avoir la diose examinée.

Dit que bientôt madame tomberoit

En fièvre lente, et puis qu'elle mourroit.

Force sera que cette humeur la mange,

A moins que de.... (l'a moins est bien étrange) ,

A moins enfin qu'elle n'ait à souhait

Compagnie d'homme. Hîppocrate ne fait

Choix de ses mots , et tant tourner ne sait.

Jésus! reprit tonte scandalisée

Madame aUiesse : £h ! que dites- vous là ?

Fi ! Nous disons, repartit à cela

La faculté, que pour chose assurée

Vous en mourrez, à moins d'un Iton galant :

Bon le faut-il , c'est un point important;

Autre que bon n'est ici suffisant ;

El, si bon n'est, deux en prendrez, madame.

Ce fut bien pis: non pas ({ue dans son ame

Ce bon ne fût par elle souhaité ;

Mais le moyen que sa communauté

Lui vint sans peme approuver telle chose I

Honte souvent est de dommage cause.

Sccur Agnès dit : Madame , croyez-les ;

Un tel remède est chose bien mauvaise.

S'il a le goût médiant à beaucoup près

Comme la mort. Vous faites cent secrets ;

Faut-il qu'un seul vous choque et vous déplaise '.'

Vous en parlez , Agnès , bien à votre aise ,

Reprit l'abbesse : or çà , par votre Dieu ,

Le feriez-vous ? mettez-vous en mon lieu.

Oui-dà, madame; et dis bien davantage :

Votre santé m'est chère juscfue-là

Que, s'il falloit pour vous souffrir cela.

Je ne voudrois que ihns ce témoignage

D'aflipction pas une de céans

Me devançât. Mille remerdmenls

A sœur Agnès donnés par son abbessc.

La foculté dit adieu là-dessus,

Et protesta de ne revenir plus.

Tout le couvent se trou voit en tristesse , Quand sœur Agnès, qui n'étoit de ce lieu La moins sensée, au reste bonne lame% Dit à ses sœurs : Tout ce qui tient madame Est seulement belle honte de Dieu :

Par charité n'en est-il point quelqu'une

> Jolie , aimable.

« Fine, adioite. llétapliorc Unie de l'art de l'escrime, boniio a emplojrfr.

Pour lui montrer l'exemple et le chemin? Cet avis fut approuvé tle cliacune; On l'i^laudit, il court de main en main. Pas une n'est qui montre en ce dessein De la froideur, soit nonne, soit nonnette , Mère prieure , ancienne, ou discrète.

Le billet trotte; on fait venir des gens De toute guise, et des noirs, et des blancs. Et des tannés. L'escadron , dit l'histoire , Ne fut petit, ni, comme l'on peut croire, Lent à montrer de sa part le cliemin.

ns ne cédoient à pas une nomiam Dans le désir de faire que madame Ne fût honteuse , ou bien n'eût dans son ame Tel récipé , possible, à contre-cœur.

De ses brebis à peine la première A fait le saut, qu'il suit une autre sœur; Une troisième entre dans la carrière; Nulle ne vent demeurer en arrière.

Presse se met |>our n'être la dernière. Que dirai plus ? Enfin l'impression Qu'avoit rabl)csse encontre ce remède , Sage rentlue, à tant d'exemples cède.

Un jouvenceau fait l'opération Sur la malade. Elle redevient rose , OEillet, aurore, et si quehiue autre chose De plus riant se peut imaginer.

O doux remède î rt remède à donner î Remède ami de mainte créature , Ami des gens , ami de la nature , Ami de tout! point d'honneur excepta.

Point d'honneur est une autre nialmlie : Dans ses écrits madame faculté N'en parle point. Que de maux en la vie !

m. LES TROQUKURS.

Le cliangement de mets réjouit l'homme : Quand je dis l'homme, entendez qu'en ceci La femme doit être comprise aussi :

Et ne sais pas comme il ne vient de Rome Permission de troquer en hymen ; Non si souvent qu'on en auroit eu vie, Mais tout au moins une fois en sa vie . Peut-être un jour nous l'obtiendrons. Amen, Ainsi soit-il! Semhlahle induit en France Viendroil fort bien, j'en réponds; car nos p»ns Sont grands troqneurs : Dieu nous créa cliangeanis.

Près de Rouen , pays de sapienco ' ,

» De prudence cl de sagesse. Le pnifs de sapirnrr fsl mir Iihrasc {iroverbiale iwiliV |Mmr ddsisinT ni Myle nijout' la province de Normandie.

Deux villageois avoient chacan chez soi

Forte femelle et d'assez bon aloi.

Pour telles gens qui n'y raffinent guère y

Chacun sait bien qu'il n'est pas nécessaire

Qu'Ainour les traite ainsi que des prélats.

A vint pourtant que, tous deux étant las •

De leurs moitiés, leur voisin le notaire

Un jour de fête avec eux chopinoit.

Un des manants lui dit : Sire Oudinet ,

J'ai dans l'esprit une plaisante affaire.

Vous avez fait sans doute en votre temps

Plusieurs contrats de diverse nature;

Ne peut-on point en faire un où les gens

Troquent de femme ainsi que de monture ?

Notre pasteur a bien changé de cure :

La femme est-elle un cas si différent ?

Et pargué non; car messire Grégoire

Disoit toujoiu*s, si j'ai bonne mémoire :

Mes brebis sont ma femme. Cependant

Il a changé : cliangeons aussi , compère.

l'rès volontiers, reprit l'autre manant;

Mais tu sais bien que notre ménagère

Est la plus belle : or çà , sire Oudinet,

Sera-ce trop s'il donne son mulet

Pour le retour ? Mon mulet? eh ! parguenne ,

Dit le premier des villageois susdits.

Chacune vaut en ce monde son prix ;

La mienne ira but à but pour la tienne :

On ne regarde aux femmes de si près.

Point de retour, vois-tu, compère Etienne.

Mon mulet, c'est.... c'est le roi des mulets.

Tu ne devrois me demander mon âne

Tant seulement : troc pour troc , touche là.

Sire Oudinet, raisonnant sur cela.

Dit : Il est vrai que Tiennette a sur Jeanne

De l'avantage , à ce qu'il semble aux gens :

Mais le meilleur de la bête , à mon sens ,

N'est ce qu'on voit : femmes ont maintes choses

Que je préfère, et qui sont lettres closes;

Femmes aussi trompent assez souvent;

Jà' ne les faut éplucher trop avant.

Or sus, voisins, faisons les choses nettes.

Vous ne voulez chat en poche* donner

Ni l'un ni l'autre; allons donc confronter

Vos deux moitiés comme Dieu les a faites.

L'expédient ne fut goûté de tous.

Trop bien voilà messieurs les deux époux

Qui sur ce point triomphent de s'étendre :

Tiennette n'a ni suros ni malandre%

I Pas.

* Expression proverbiale , pour dire donner ou vendre une chose sans la connoitre.

3 Expression proverbiale tirée de l'art vétérinaire. Le turos e$l une tnmenr qui vient à la jambe dn cheval , et la malandre

Dit le second. Jeanne , dit le premier,

A le corps net comme un petit denier ' ;

Ma foi, c'est bâme*. Et Tiennette est ambroîie',

Dit son époux; telle je la maintien.

L'autre reprit: Compère, tiens-toi bien;

Tu ne connois Jeanne ma villageoise;

Je t'avertis qu'à ce jeu.... m'entends-tn ? .

L'autre manant jura : Par la vertu ^^

Tiennette et moi nous n'avons qa'nne noise.

C'est qui des deux y sait de meilleurs fours;

Tu m'en diras quelques mots dans deux jours.

A toi, compère. Et de prendre la tasse,

Et de trinquer. Allons, sire Oudinet,

A Jeanne; top^ Puis à Tiennette; masse '.

Somme qu'enûn la soute ^ du mulet

Fut accordée , et voilà marché fait.

Notre notaire assura l'un et l'autre

Que tels traités alloient leur grand chemin.

Sire Oudinet étoit un bon apôtre,

Qui se fit bien payer son parchemin.

Par qui payer? Par Jeanne et par Tiennette :

Il ne voulut rien prendre des maris.

Les villageois furent tous deux d'avis Que pour un temps la chose fût secrète ; Mais il en vint au curé quelque vent.

Il prit aussi son droit : je n'en assure , El n'y étois ; mais la vérité pure .

Est que curés y manquent peu souvent.

Le clerc non plus ne fit du sien remise : Rien ne se perd entre les gens d'église. 1^ permuteurs ^ ne pouvoient bonnement

une crevasse qui se manifeste au genou du même antanal, et qui esi accompagnée d'écoulement dliumeor. Ge ven veiit donc dire :

TiconeUe n'a ni tume'ir ni liaiii«ar.

' Expression proverbiale , pour dire très propre.

« C'est du baume , c'est de l'excellent. Les gens de caspagne. sur-tout en Nonnandie , disent bdme. On disoit autrefoii bamc pour baume , et embasmc pour embaume.

3 Est ambrosie, est divine. On trouve ambroise poor ambrosie dans nos vieux auteurs. Voyei Roquefort. DicHomuHre de la tangue romane , 1. 1 , p. 37.

4 Par la veriugoy, ou vertubleu , ou vertudieu : Jurons populaires.

5 Dans la première édition in-go, on lit tope. Mais alors le vers a une syllabe de trop : c'est pourquoi dans le recnett de 1675 ou de 1676 La Fontaine a, par licence poétique, retranché l'e. Tope et masse sont des mots empruntés an vocabulaire des joueurs : masse est la somme d'argent qu'on oftv comme.enjeu : pour l'accepter, on dit t4>pe,

0 Comme le mari de Tiennette demande do retour, H ne dit pas tope quand on trinque à soa scdet ; mais il prononce le mot mdsse , indiquant par^là qu'il attend Vottre d'un ei\ieu qui égale le sien.

7 Soute est la somme payée pour rendre les lots égiin.

B Les troqiieun.

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