LIVRE V
(Car les trois fMs l'empéchoient ffeipérer Que Belphégor se bûssâl oonjofw ) , Il la refuse : il se dit an paavre homme , Pauvre pécheur, qui , sans lavoir comment , Sans dons du ciel, par hasard seolement, De quelque corps a chassé quelque diable, Apparenunent cliétif et miséraûe , Et ne connolt celui-ci nullement.
Il a beau dire; on le force, on ramène, On le menace ; on lui dit qne , sous peine D'être pendn , d*étre mis haut et court En un gibet, il faut que sa puissance Se manifeste avant la An du jour.
Dès riieure même on vous met en présence Notre démon et son oonjuralenr :
D'un tel combat le prince est spectateur. Chacun y court : n'est fils de bonne mère Qui pour le voir ne quitte toute affeire. D'un côté sont le gibet et la luurt ; Cent mille écus bien comptés d'antre part. Mathéo tremble et lorgne la finance.
L'esprit maUn , voyant sa contenance, Rioit sous cape , alléguoit les trois Gms, Dont Mathéo suoitdans sonJiamois, Pressoit, prioit, oonjuroit avec larmes.
Le tout en vain. Plus il est en alarmes , Plus l'autre rit. Enfin le manant dit Que sur ce diable il n'avoit nul crédit. On vous le happe et mène à la potenœ. Comme il alloit haranguer l'assistance.
Nécessité lui suggéra ce tour :
Il dit tout bas qu'on battit le tambour. Ce qui fut fait. De quoi l'esprit immonde Un peu surpris au manant demanda :
Pourquoi ce brait? coquin, qu'entends-je U? L'autre répond : C'est madame Ilonesta Qui vous réclame, et va par tout le monde Clierchant l'épooi que le ciel lui donna. Incontinent le diable décampa , S'enfuit au fond des enfers, et conta Tout le succès qu'avoit eu son voyage.
Sire, dit-il, le nœud du mariage Damne aussi dra qu'aucuns autres états.
Votre grandeur voit tomber ici-bas, Non par flocons, mais menu comme pluie , Ceux que l'hymen fait de sa confrérie ; J'ai par moi-même examiné le cas.
Non que de soi la diose ne soit bonne; Elle eut jadis un plus heureux destin : Mais , cimime tout se^corrompt à la fin, Plus beau fleuron n'est en votre couronne. Satan le crut : il fut récompensé, Encor qu'il etU son retour avancé.
Car qu'eôt-il fait? Ce n'éioit pas merveilles
Qu'ayant sans cesse un diable à ses oreOles , Toujours le même, et toujours sur un ton. Il fût contraint d'enfiler la venelle ' : Dans les enfers encore en change-t-on.
L'autre peine est, à mon sens, plus cruelle. Je voudrob voir quelque saint y durer : Elle eût à Job fiiit tourner la cervelle. De tout ceci que prétends-je inférer?
Premièrement, je ne sais pire chose Que de changer son logis en prison.
En second lieu , si par quelque raison Votre ascendant à Phymen tous expose, N'épousez point d'IIonesta, s'il se peut : N'a pas pourtant une Honesta qui veut.
Vni. LES QUIPROQUO.
Dame Fortune aime souvent à rire.
Et f nous jouant un tour de son métier, Au lieu des biens où notre cœur aspire. D'un quiproquo se plaR à nous payer.
Ce sont ses jeux : j'en parle à juste cause ; n m'en souvient ainsi qu'au premier jour, Chloris et moi nous nous aimions d'amour : Au bout d'un an la belle se dispose A me donner quelque soulagement , Foible et léger, à parler franchement ; Cétoit son but , mais , quoi qu'on se propose , L'occasion et le discret amant Sont à la fin les maîtres de la chose. Je vais un soir chez cet objet charmant : L'époux étoit aux champs heureusement; Mais il revint la nuit à peine close.
Point de Chloris *. Le dédommagement Fut que le sort en sa place suppose Une soubrette à mon commandement :
Elle paya cette fois pour la dame.
Disons un troc où réciproquement Pour la soubrette on employa la femme.
De pareOs traits tous les livres sQnt pleins : Bien est-il vrai qu*il faut d'habiles mains Pour amener chose ainsi surprenante :
Il est besoin d'en bien fonder le cas , Sans rien forcer et sans qu'on violente Un incident qui ne s'attendoit pas.
L'aveugle enfant , joueur de passe-passe. Et qui voit clair à tendre maint paimeau , Fait de ces tour» : celui-là du bmean
■ De s'enfuir. Bipravion proTeitUle. ymelle «gûifie un sentier , une me étroite . un panas^. Ce mot est en usage en languedocien ; et en bas-breton on dit vanelle.
* La Fontaine , dans ses élégies , raooote une aventure à-peuprès senUaUe.
CONTES ET NOUVELLES
Lève la paille ' à l'égard du Boccace; Car, quant à moi , ma main pleine d'audace En mule endroits a peut-être gâté Ce que la sienne a bien exécuté.
Or il est temps de finir ma préfooe.
Et de prouver par quelque nouveau tour Les quiproquo de Fortune et d'Amour.
On ne peut mieux établir cette chose Que par un fait à Marseille arrivé:
Tout en est vrai y rien n'en est controuvé. Là Clidamant , que par respect je n'ose &US son nom propre introduire en ces vei*s , Vivoit heureux , se pouvoit dire en femme Mieux que pas un qui fût en l'univers. L'honnêteté, la vertu de la dame.
Sa gentillesse , et même sa beauté, Dévoient tenir Clidamant arrêté.
Il ne le fut. Le diable est bien habile , . Si c'est adresse et tour d'iiabileté Que de nous tendre un piège aussi facile Qu'est le désir d'un peu de nouveauté.
Près de la dame étoit une personne, Une suivante ainsi qu'elle mignonne, De même taille et de pareil mamtien , Gente de corps ^ il ne lui manquoit rien De ce qui plaît aux cherdieurs d'aventure. La dame avoit un peu plus d'agrément; Mais sous le masque on n'eût su bonnemcul Laquelle élire entre ces créatures.
Le Marseillois, Provençal un peu chaud»
Ne manque pas d'attaquer au plus tôt Madame Alix ; c'étoit cette soubrette.
Madame Albc , encor qu'un peu coquette, Renvoyoît l'homme. Enfin il lui promet Cent beaux écus bien comptés clair et net. Payer amsi des marques de tendresse D'une suivante étoit, vu le pays.
Selon mon sens, un fort honnête prix.
Sur ce pied-là , qu'eût coûté la maîtresse ? Peut-être moins, car le hasard y fait.
Mais je me trompe ; et la dame étoit telle , Que tout amant, et tant fût-il parfait, Auroit perdu sou latin auprès d'elle :
Ni dons, ni soins, rien n*auroit réussi. Devrois-je y foire entrer les dons aussi ? Las ! ce n'est plus le siècle de nos pères : Amour vend tout, et nymphes , et bei^res ; 11 met le taux à mamt objet charmant : C'étoit un dieu, ce n'est plus qu'un marchand. O temps ! ô mœurs ! ô coutume fierverse ! Alix d'abord rejette un tel commera*; Fait l'irritée , et puis s'apaise enfin ,
> Lstdécibif , l'emporte sur lesauUres. Expression provcrbuk.
Change de ton; dit que le lendemain.
Comme madame avoit dessein de prendre Certain remède, ils pourroient le matin Tout à loisir dans la cave se rendre.
Ainsi fut dit, ainsi fut arrêté; Et la soubrette ayant le tout conté A sa maîtresse, aussitôt les femelles D'un quiproquo font le projet entre eUes. Le pauvre ^loux n'y reconnoltnnt rien , Tant la suivante avoit l'ah: de la dame : Puis, supposé qu'il reconnût la femme.
Qu'en pouvoit-U arriver que tout bien?
Elle auroit lieu de lui chanter sa gamme'.
Le lendemain, par hasard, Gidamant, Qui ne pouvoit se contenir d^ joie , Trouve un ami , lui dit étourdiment Le bien qu'Amour à ses désirs envoie.
Quelle faveur ! Non qu'il n'eût bien vooln Que le marché pour moins se fût conclu ; Les cent écus lui feisoient quelque peine. L'ami lui dit : Eh bien ! soyons dbacun Et du plaisur et des frais en commun.
L'époux n'ayant alors sa bonrse pleme , Cinquante écus à sauver étoient bons :
D'autre côté, communiquer la belle, Quelle apparence ! y consentiroit-elle?
S'aller ainsi livrer à deux Gascons, Se tàvoient-ils d'une telle fbrtune?
Et devoit-on la leur rendre commune ?
L'ami leva celte difficulté.
Représentant que dans l'obscurité Alix seroii fort aisément trompée.
Une plus fine y seroit attrapée :
n suffiroit que tous deux tour-à-tour, Sans dh« mot, ils entrassent en lice , Se remettant du surplus à l'Amour, Qui volontiers aideroit l'artifice.
Un tel silence en rien ne leur nniroit ; Madame Alix, sans manquer, le prendruii Pour un effet de crainte et de prudence : Les murs ayant des oreilles , dit-on , Le mieux étoit de se taire ; à quoi bon D'un tel secret leur faire confidence?
Les deux galants ayant de la façon R^lé la chose , et disposés à prendre Tout le plaisir qu'Amour leur promettoit , Chez le mari d'abord ils vont se rendre. La dans le lit l'épouse encore étoit.
L'éfioux trouva près d'elle la soubrette. Sans nuls atours qu'une simple cornette ,
I Le groodcr, le quci-cller. Expression proverbiale.