TERPSICHORE
Je m'en vais commencer; qu'Euterpe me réponde. Quand le soleil a fait le tour de l'univers, Ce n'est point d'avoir vu cent chefs-d'œuvre divers, Ni d'en avoir produit, qu'à Tétliys il se vante;
' Ce vers se retrouve dans une des faUes de La Fontaine.
CLYMÈME.
U dit: J'ai tq Glymèoe» el moa ame est contente.
L'aorore voas veut voir; C3yiiiène, montrez- voos : Non , ne boQgei dn lit; te repos est tro|^ dooz : TanUM vous paroUrei vons-mtee une aiitreanrofe; Mais ne toos pressez point, donnez , donnez encore.
TBftPaiCHORB.
An gffé de tons ka yeux CSymtae a des appas: Un peu de pasaîon est ce qu'on lui souhaite : Pour de raoûtié seule , eUe n'en nuuiqne pas : Cinq on six grains d'amour, et Clym^est parUlte.
BUTBRPB.
L'amour, à ce qu'on dit, empêche de dormir : S*il a quelque plaisir, il ne l'a pas san» peine. Voy«i la lourterdte, entendez-la gémir : Vous Yous garderez bien de condamner Glymène.
TBaPSICHOUB.
Vénus depuis long-temps est de mauvaise humeur: Glymène lui fait ombre; et Vénus , ayant peur D'être mise au-dessous d'une beauté mortelle, Diaoit hier à son fils: Mais la croit-on si belle? Hé oui, oui, dit l'Amom', je vous la veux montrer.
APOLLON
Vous sortez de l'églogue.
BUTBRPB.
n nous y dut rentrer.
Amour en quatre parts divise son empire : Acanthe en fait moitié, ses rivaux plus d'un quart; Ainsi plus des trois quarts pour Glymène soupire : Les antrea belles ont le reste pour leur part.
tbrpsichoue.
Tout ce que peut avoir un cceur d'indifférence , Glymène le témoigne: elle en a destiné [franee Les Iroisquartspour Acanthe; heureux dans sa souf- S'il voit qu'à ses rivaux te reste soit donné!
BUTBEPB.
Ne vous senhle-t-il paa cpie nos bois reverdissent, Depuis que nous chantons un si charmant objet?
TBaPSICBORB.
Oiseaux , hommes et dieux , que tous diantres dioisi»-
Désormais, enleurssons,Glymènepoursnjet! [sent Quelque temps où peut-être 0 vous a moins déplu?
EUTEBPB.
Pour elle le printemps s'est habillé de roses.
TBRPSICHORE.
Pour elle les zéphyrs en parfument les airs.
BUTBRPB.
Et les oiseaux pour elle y joignent leurs concerts. Régnez, belle, régnez sur tant d'aimables choses.
TKRPSICHORB.
Aimez, Glymène, aimez; rendez quelqu'un heureux : Votre règne eu aura plus d'appas pour vous-même.
EUTERP6.
En ce nombre d'amans qui voulez-vous qu'elte aime ?
TBRPSIlCIiOW.
Acanthe.
BQTUFB.
El pourquoi hii?
TBRPSICaORB.
G'est le plua-amoureux.
Sire, êtes-vous content?
ilPOLLON.
Assez. Que Mdponiène Sur un ton qui nous touche introduise Glymène. Vous, Thalie, il vous faut contrefaire un amant Qni ne veut point borner son amoureux tourment.
MBLPOMàNB.
Mes sœurs , je suis Glymène.
THiJLIB.
Et moi, je suis Acanthe.
APOLLON
Fort bien; nous écoutons : remplissez notre attente.
CLTMàNB.
Acanthe, vous perdez votre temps et vos soins. Vonla-foas qn'oa vous aime , aimea-nous no peu moins. Otez ce mot d'amour, c'est ce qu'on vous conseiUe.
ACANTHB.
Que j^ rdter Est-il rien de si doux à l'oreiUe? Quoi ! de vous adorer Acanthe cesseroit ! Gontre sa passion il vous doéiroit !
Ah ! laissez-lui du moins son tourment pour salaire. Suis-je si dangereux? Hélas ! non ; si j'espère , Ge n'est plus d'être aimé; tant d'heur ne m'est point Je l'avois jusq^'ici follement prétendu. [dû :
Mourir en vous aimant est toute mon envie : Mon amour m'est plus cher mille fois que la vie. Laissez-moi mon amour, madame, au nom des dieux.
CLYMÈNB.
Toujours ce root ! toujours!
ACAJ^THB.
Vous est-il o<fieux? Que de belles voudroie^t n'en entendre point d'ann charme paiement votre sexe et le n<Hre : [Ire ! Seyie vous le fuyez; mais ne s'est-il point vu
CLTHÂNB.
L'amour, je te confesse , a traversé ma vie : G'est ce qui , malgré moi , me rend son ennemie. Après un tel aveu, je ne ipons dirai pas Que votre passion est pour moi sans appas , Et que d'aucun plaisir je ne me sens touchée Lorsqu'à tant de respect je la vois attachée. Aussi peu vous dirai-je , Acanthe, écoutez bien , Que par vos qualités vous ne méritez rien ; Je les sais, je les vois, j'y trouve de quoi plaire : Que sert-il d'affecter te titre de sévère ? Je ne me vante pas d'être sage à ce point , Qu'un mérite amoureux ne m'embarrasse puiut.
CLYMÈNE
Vouloir bannir Tamoar, le condamner , s'en plain- Ce n'est pas le haïr, Acanthe , c'est le craindre, [dré. Des plus sauvages cœurs il flatte le désir. Vous ne l'ôterez point sans m'ôler du plaisir : Nous y perdrons tons deux : quand je vous le con- Je me fais violence, et prête encor l'oreille, [seille y Ce mot renferme en soi je ne sais quoi de doux y Un son qui ne déplaît à pas une de nous ; Mais trop de mal le suit.
ACANTHE
Je m'en charge madame :
Ge mal est pour moi seul; j'en garantis votre ame.
CLTHÈNB.
Qui vous croiroit, Acanthe, auroit un bon garant. Mais non, je connois trop qu'Amour n'est qu'un tyran, Un ennemi public, un démon, pour mieux dire.
ACANTHE
Il ne l'est pas pour vous, cela vous doit suffire : Jamais il ne vous peut avoir causé d'ennui : Vous en prenez un autre assurément pour lui. S'il a quelques douceurs , elles sont pour les belles. Et pour nous les soucis et les peines cruelles. Vous n'éprouvez jamais ni dédain ni froideur : Quant à nous, c'est souvent le prix de notre ardeur. Trop de zèle nous nuit.
.CLTMÈNE.
Et pourquoi donc , Acanthe , Ne modérez-vous pas cette ardeur violente? Aimez-vous mieux souffrir contre mon propre gré. Que si, m'obéîssant, vous étiez bien traité? Je vous rehdrois heureux.
ACANTHE
Selon votre manière.
Du bonheur d'un ami, d'un parent, ou d'un frère; Que sais-je? de chacun : car vous savez qu'on peut Faire ainsi des heureux autant que l'on en veut.
CLYMÈNE. [dresse.
Non, non, j'auroispour vous beaucoup plus de ten- Vous verriez à quel point Glymène s'intéresse Pour tout ce qui vous touche.
ACANTHE
Et pour moi-même aussi ?
CLTMÈNE.
Quelle distinction mettez-vous en ceci ?
ACANTHE
Très grande. Mais laissons à part la différence; Aussi bien je craindrois de commettre une offense , Si j'avois entrepris de prouver contre vous Qu*autre chose est d'aimer nos qualités ou nous. Je vous dirai pourtant que mon amour extrême A pour premier objet votre personne même : Tout m'en semble charmant ; elle est telle qu'il faut : Mais , pour vos qualités , j'y trouve du défout.
I CLTMÈNE.
Dites-nous quel il est, afin qu'on s'en corrige.
ACANTHE
Vous n'aimez point l'Amour; vous le habseï, â>H|^; Ge dieu près de votre ame a perdu tout crédil.
CLTMENE.
Je ne hais point l'Amour, je vous l'ai déjà dit : Je le crains seulonent, et serois plus contente Si vous vouliez changer votre ardeur Yéhémeale, En faire une amitié , quelque chose entré deux; Un pea plus que ce n'est quand un CGnir C0t mu Moins aussi que l'état où le vôtre se treuve. [feo^
ACANTHE
Tout de bon, voulez-vous que j'en fasse l'épraufe? Que demain j'aime moins , et moins le jour d'aptes. Diminuant toujours , encor que vos attraits Augmentent en pouvoir ? Le voulez-vous , madame?
CLTMÈNE.
Oui , puisque je l'ai dit.
ACANTHE
L'avez-vous dit dans Famé?
CLTMÈNE.
Il fout bien.
ACANTHE
Songez-y ; voyez si votre esprit Pourra voir ce déchet sans un secret dépit. Peu de femmes feroient des vœux pareils aux vôtra.
CLTMÈNE.
Acanthe , je suis femme aussi bien que les autres; Mais je connois l'Amour, c'est assez : j'ai raison D'en combattre en mon cœur l'agréable poison. Voulez-vous procurer tant de mal à Glymène? Vous l'aimez, dites-vous, et vous cherchez sa peine. N'allez pomt m'alléguer que c'est plaisir pour nous. Loin , bien loin tels plaisirs; le repos est plus doux : Mon cœur s'en défendra; je vous permets de croire Que je remporterai malgré moi la victoire.
APOLLON
Voilà du pathétique assez pour le présent : Sur le même sujet donnez-nous du plaisant.
MELPOMÈNE
Qui ferons-nous parler?
APOLLON
Acanthe et sa maîtresse.
MELPOMÈNE
Sire, il faudroit avoir pour cela plus d'adresse. Rendre Acanthe plaisant ! C'est un trop grand des-
APOLLON. [sein.
Il est fou ; c'est déjà la moitié du chemin.
THALIE
Mais il l'est dans l'excès.
Tant mieux; j'en suis fort aise, Nous le demandons tel : je ne vois rien qui plaise,
CLYMÈNE
ma
En matière d'amour, ooimiie les gens oatrés. Mille exemples poorroient vous en être montrés.
IIELPOMÀNE.
Nous obéissons donc. Tu te souviens, Thalie, D'an matin où Clymène, en son lit endormie, Fut, au bruit d'un soupir, éveillée en sursaut, Et se mit contre Acanthe en colère aussitôt, Sans le voir, croyant même avoir fermé la porte. Mais qui pouvoit , que lui, soupirer de la sorte? Vraiment vous l'entendez , avecque vos hélas , Dit la bdle; apprenez à soupirer plus bas. Il eut beau s'excuser sur l'ardeur de son zèle. Une forge feroit moins de bruit, reprit-elle, Que votre cœur n'en fait : ce sont tous ses plaisirs. Si je tourne le pied , matière de soupirs. Je ne vous vols jamais qu'en un chagrin extrême : C'est bien pour m'obliger à vous aimer de même.
ACANTHE
Je ne le prétends pas.
CLTMÈNE.
Seyez-vous sur ce lit.
ACANTHE
Moi?
CLYMÈNE
Vous, sans répliquer.
ACANTHE
Souffk^....
CLTMÈNE.
C'est assez dit.
Là ; je vous veux voir là.
ACANTHE
Madame....
CLYMÈNE
Là , vous dis-je.
Voyez qu'il a de mal ! Sa maîtresse l'oblige A s'asseoir sutr un lit : quelle peine pour lui ! Savez-vous ce que c'est? je veux rire aujourd'hui. Point de discours plaintifs : bannissez , je vous prie, Ces soupirs à la voix du sommeil ennemie; Témoignez , s'il se peut, votre amour autrement. Mais que veut cette main , qui s'en vient brusque-
ACANTHE. [ment ?
C'est pour vous obéir, et témoigner mon zèle.
CLYMÈNE
L'obéissance en est un peu trop ponctuelle ; Nous vous en dispensons : Acantlie , soyez coi. Si bien donc que votre ame est tout en feu pour moi?
ACANTHE
Tout en feu.
CLYMÈNE
Vous n'avez ni cesse ni relâche ?
ACANTHE
Aucune.
CLYMÈNE
Toujours pleurs , soupirs comme à la tâche ?
ACANTHE
Toujoors soupirs et pleurs.
CLTMÈNE.
J'en veux avoir pitié.
Allez , je vous promets....
ACANTHE
Et quoi ?
CLTMÈNE.
De l'amitié.
ACANTHE
Ah ! madame, fout-il railler d'un misérable?
CLTMÈNE.
Vous reprenez toujours votre ton lamentable. Oui , je vous veux aimer d'amitié malgré vous; Mais si sensiblement, que je n'aie, entre nous, De là jusqu'à l'amour rien qu'un seul pas à foire.
ACANTHE
Et quand le ferez-vous ce pas si nécessaire ?
CLTMÈNE.
Jamais.
ACANTHE
Reprenez donc l'offk^ de votre cœur.
CLYMÈNE
Vous en aurez regret; il a de la douceur. Vous feriez beaucoup mieux d'éprouver ses largesses. Je baise mes amis, je leur fois cent caresses : A l'égard des amants , tout leur est refusé.
ACANTHE
Je ne veux point du tout, madame , être baisé. Vous riez?
CLYMÈNE
Le moyen de s'empêcher de rire!
On veut baiser Acanthe; Acanthe se retire.
ACANTHE
Et le pourriez-vous voir traiter de son amour Pour un simple baiser, souvent froid , toujours court ?
CLTMÈNE.
On redouble en ce cas.
ACANTHE
Oui, d'autres que Clymène.
CLYMÈNE
Eprouvez-le.
ACANTHE
De quoi vous mettez-vous en peine?
CLYMÈNE
Moi? de rien.
ACANTHE
Cependant je vois qu'en votre esprit Le refus de vos dons jette un secret dépit.
CLYMÈNE
n est vrai , ce refus n'est pas fort à ma gloire. Dédaigner mes baisers! cda se peut-il croire? Acanthe, je le vois, n'est pas fin à demi : II devoit aujourd'hui promettre d'être ami ; Demain il eiH repris son premier personnage.
âD6
CLYMÈNE
AGANTUK.
Et Clymène aurait pu souffrir ee b^fiM^e? Un baiser n'aurait pas îrrilé ses esprits?
CLYMÈNB.
Qu'importe ? L'on s'apaise, eC c'est «otant de pris. Vous en pourriez déjà compter une douzaine.
ACANTHE
Madame, c'en est trap : à quoi bon tant de peine? Pour douze ^amitié donnez-m'en un d'amour.
CLYMÈNB.
C'est perdra doublement; je le rendrais trap court.
ACANTHE
Mais, madame, voyons.
CLTHÈNE.
Maïs, Acanthe, vous dis-je.
L'amitié seulement à ces faveurs m'oblige.
ACANTHE
Eh bien! je consens d'être ami pour un moment.
CLTMÊNB.
Sous la peau de l'ami , je craindrais que l'amant Ne demeurât caché pendant tout le mystère. L'heiure sonne, il est tard; n'avez-vous point affaire?
ACANTHE
Non; et quand j'en aurais, ces moments sont trop Je me veux habiller; adieu, retirez-vous.
APOLLON
Vous finissesr bîentât !
MBLPOHBNE.
Point trop pour des pucelles.
Ces discours leur siéent mal, et vous vous moquez
APOLLON. [d'elles.
Moi, me moquer ! pourquoi? J'en ouis l'autre jour Deux d^qmnze ans parler plus savamment d'amour. Ce que sur vos amants je trooverob à dire Cest qu'ils pleuraient tantôt, et vous les faites rire. De l'abr dont ils se sont tout-à-l'heure expliqués , Ce ne saurait être eux, s'ils ne se sont masqués.
MELPOMÈNE
Vous vouliez du plaisant, comment eût-on pu faire?
APOLLON
J'en voulois , il est vrai , mais dans leur caractère.
THALIE
Sire , Acanthe est un homme inégal à tel point ,
Que d'un moment à l'antre on ne le counolt point :
Inégal en amour, en plaisir, en aflkire ;
Tantôt gai , tantôt triste; un jour il désespère;
Un autre jour il crait que la diose ira bien.
Pour vous en parler franc , nous n'y connoissons rien.
Clymène aime à railler : toutefois, quand Acanthe
S'abandonne aux soupirs , seplamtet se tourmente,
La pitié qu'elle en a lui donne un sérieux
Qui fait que l'amitié n*en va souvent que mieux.
APOLLON
Clio, divertiflseï un peu ia compagnie,