DAPHNÉ, LEUCIPPE
DAPHNé.
Leacippe, il faut tâcher d'éteindre votre flamme. Je ne puis être à vous.
LEUCIPPE
O cienx ! injustes cieux !
Est-ce là votre arrêt ?
DAPHKÉ.
Cet oracle odieux Vient de mon père seul.
LBDCIPPE.
Votre père et les dieux Disposent de mon sort, mais non pas de mon ame : Moi-même en suis-je maître ?
DAPHNÉ
Il le faut.
LEUCIPPE
Ah, Daphné!
Que ce mot est facile à dire !
Et que Tamour possède avecque peu d'empire
Un cœur que la contrainte a sitôt entraîné !
DAPHNÉ
Quoi ! faut-il que mon cœur soit par vous soupçonné ? Cruel ! n'avois-je pas encore assez de peine ?
LEUCIPPE
Enfin donc le destin me déclare sa haine ; Vous serez à Tharsis; et moi , par mes soupirs, raugmenterai ses plaisirs.
DAPIINÉ.
Plût au ciel que Tharsis causât seul vos alarmes, Et qu'un père...
LEUCIPPE
Achevez.
DAPHNÉ
Eh! que sert d'achever Un souhait qu'on sait bien qui ne peut arriver?
LEUCIPPE
Il n'importe , mon ame y trouvera des charmes.
DAPHNÉ
Ne m'aûnez plus.
LEUCIPPE
Le puis-je ? et le souhaitez-vous ?
DAPHNÉ
Vos tourments ont pour moi quelque chose de doux , Il est vrai ; mais cessez.
LEUCIPPE
Hélas î cesser de vivre
Est le seul remède à mon mal :
Voilà le parti qu'il faut suivre ; Mais avec moi je veux perdre aussi mon rival. Vous ne me serez pas impunément ravie : Non , Daphné. Vous pleurez ? A h , princesse ! je dois
Mourir pour vos yeux mUle fois.
Avant qu'avoir Daplmé , Tharsis aura ma TÎe. Je ne puis voir tant de biens En d'autres bras que les miens :
Que mon rival me les cède , Et renonce à votre amour, Ou qu'il m'ôte aussi le jour Si l'on veut qu'il vous possède.
DAPHNÉ
Leucippe , si je vous perds , Il faut que dans nos déserts La solitude me doime Un sort plus calme et plus doux ; Et ne pouvant être à vous, Je ne veux être à personne.