RAGOTIN, ACTE IV, SCÈNE I
BAGOTIN.
Vous êtes donc blessée, objet que j'idolâlre !
LA BAGUENAUDIÈEE.
Et que va devenir ma pièce de théâtre? S'est-il vu sous le ciel auteur plus malheureux ? Où trouver une actrice ? ô sort trop rigoureux !
RAGOTIN
Je serois votre fait, monsieur, si j'étois femme : Le rôle de TEtoile est gravé dans mon ame , Pour l'avoir fait au Mans repasser plusieurs fois.
LA BAGUENAUDièEE.
Vous savez Cléopâtre?
RAGOTIN
Oui : j'iii sa même voix, J'ai tout son même ton , comme elle je déclame; J'ai même geste enfin ; mais je ne suis pas femme.
l'olive.
Bon : la nécessité prend le dessus des lois ; La comédie éloit sans feimnes autrefois ; Même encore un garçon fait la fille au collège : Nous pouvons au besoin user du privilège. Il reste encore un page.
LA BAGUENAUDIÈRE
O sort ingrat pour moi !
l'olive.
Monsieur de Bouvillon peut prendre cet emploi :
Il est bien facié , sa voix est agréable ,
Et pour un page il est d'une taille admirable.
B. bouvillon.
Ferois-je bien cela tout de bon?
l'olive.
Oui, vraiment.
B. bouvillon.
Est-ce un grand rôle ?
l'olive.
Il est de deux vers seulement.
b. bouvillon.
Sont-ils en prose ?
l'olive.
Non; je vais vous les apprendre En un moment.
b. bouvillon.
Irai-je ? ô beau-père !
la BAGUENAUDIÈRE.
Ah! mon gendre, Tout ceci me fatigue.
B. BOUVILLON
Allons donc, menez-m'y.
LA BAGUENAUDIÈRE
Que ne vous dois-je point , ô Biaise , mon ami ! Pour nous déterminer, suivons-les tous, de grâce; Et si l'on peut jouer , nous viendrons prendre place.