‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 421 sur 670 · SCÈNE in · texte numérisé non relu

SCÈNE in

HARPAGÉME, AGATHE, MARINETTE.

Comme il fuit !

HARPAGÉME.

Il fait bien ; car cette mienne épée Dans son infâme sang alloit être trempée; Mais de le voir ici me voilà tout outré. Comment est-il venu ? comment est-il entré?

MARINETTE

J'étois là-bas au frais quand je l'ai vu paroitre:

Je suis soudain rentrée , il m'a suivie en traître. Me disant qu'il vouloit m'enrichir pour loqjoiin; Que je prisse le soin de servir ses amours; Et , faisant succéder les effets aux paroles , Il m'a voulu couler dans la main cent pistoks. Mais j'aurois moins souffert s'il avoit mis dedans. Ou des cailloux glacés, ou des charbons ardents. Je crève quand je pense aux offres insolentes....

HARPAGÉME, à Agathe.

Ah! ma mère, voilà la perle des servantes!...

( tt Marinette, ) ( à Agathe. }

Embrasse-moi , ma fille... Auriez- vous cru eda? Eh bien! avec ces soins, ma mère, et ces deb-U, La garde d'une femme est-elle si terrible. Et croyez-vous encor cette chose impossible?

AGATHE

Mon Gis , bouleverser Tordre des éléments , Sur les flots irrités voguer contre les vents. Fixer selon ses vœux la volage fortune, Arrêter le soleil , aller prendre la liuie ; Tout cela se feroit beaucoup plus aisément Que soustraire une femme aux yeux de son amm. Dussiez-vous la garder avec un soin extrême, Quand elle ne veut pas se garder elle-même.

HARPAGÉME.

Il n'est pas question d'aller contre les vents , Ni de bouleverser Tordre des éléments , Mais de garder Ilortense; et j'ai , pour y soffiR, De bons murs , des verrous , et des yeux: c'est M

AGATHE. [dbt

Abus. Lorsque l'amour s'empare de deox cbeba Pour rompre leur commerce et vaincre leon aiden , , Employez les secrets de l'art, (Je la nature, faites faire une tour d'une épaisse structure. Rendez ses fonden>ents voisina des sombres lieD. Elevez son sommet juscfu'aux voûtes des deux. Enfermez l'un des deux dans le plus haut étigt, Qu'à l'autre le plus bas devienne le partage, Dans l'espace entre deux, par différents détoaiSt Disposez plus d'Argus qu'un siècle n'a de joon, l!inipruntez des ressorts les plus cachés obstada; Plus grands sont les revers, pi us grands sont les ■» J/un pour descendre en bas osera tout tenter, [ds: L'autre aiguillonnera ses esprits pour monter. Sans s'être concertés pour une lin semblable. Tous deux travailleront d'un concert admirable. A leurs chants séducteurs Argus s'endormira; Des verrous , par leurs soins , le ressort se De nion[ient en moment , enjambant l' intervalle t Enfm ils feront tant , qu'au milieu du dédale Imperceptiblement ensemble ils se rendront , Et malgré vos eflbrts , mon fils , ils se joindront: C'est un coup sûr. Mon âge et mon expérience Vous peuvent sur ce point garantir ma sciener.

LE FLORENTIN, SCÈNE V

Je sais ce. qu'en vaut Faune , et j'ai passé par-lA. Votre père voaloit me eonlraincb:e à cda; Mais , s'fl o'eût mis un frein à cette ardeor trop prompte , Il se seroit trompé sûrement dans son compte , Mon fils....

lIARPAGhME.

Oh ! mieux que lui j'ai calculé le mien. Je ne suis pas si sot.... SuffiL... Je ne dis rien.... IVIais ou>Tons le poulet du damoiseau Timante ; Apprenons ses desseins , et voyons ce qu'il chante.

{Il lit)

a Pour punir votre jaloux, je me suis rendu maître u de la maison qui est voisine de la vôtre , où j'ai o trouvé les moyens de me faire un passage sous n terre , qui me conduira jus^iu'à votre chambre. a J'espère que la nuit ne se passera pas sans que a VOUS m'y voyiez. Je vous en avertis , afin que a votre surprise ne vous fasse rien faire qui soit ena tendu de votre bourru. Le même passage vous sera vira pour vous faire sortir d'esclavage, et vous a mettre au pouvoir de la personne qui vous aime tt le plus.

« TIMANTE

Il verra, s'il y vient, un plat de mon métier; Et je sors pour cela de chez le serrurier. I^ta foi , monsieur Timante, on vous la garde bonne! Oui , pour joindre en repos Ilortenseàma personne, J'ai besoin de sa mort. A tout examiner, I^ moyen le plus sûr est de l'assassiner. J'ai donc fait, pour cela , construire une machine : Je la ferai poser dans la chambre voisine. Notre amoureux transi cette nuit s'y rendra ; Mais , au lieu d'y fniver Ilortense , il s'y prendra. Alors tout à mon mÊj ayant en main ma dague , Je vous la plongerai dans son sein , zague, zague. Et le tuerai , ma mère , avec plaisir, Dieu sait ! Ensuite on le mettra dans ma cave : hic jacet.

AGATHE

Quoi ! de tuer un homme auriez-vous conscience ? I^n que votre dessein vous fasse aimer d'IIortense, Ce coup augmentera sa haine , il est certain.

HARPAGÊME.

Bon ! bon ! morte est la béte , et mort est le venin. Depuis que dans ces lieux Hortense est enfermée , Qu'à ne plus voir Timante elle est accoutumée , Elle est déjà soumise à vouloir m'épouser. Pour l'y fortifier, j'ai su la disposer A voir un sien cousin , magistrat , honune sage , Qu'elle connolt de nom , et non pas de visage: Elle sait seulement qu'il est en grand crédit. Etant de ses parents , et de sublime esprit , Elle ne craindra point d'ouvrir à sa prudence l.rs secrets de son cceur, et tout ce qu'elle pense ;

Et conune ce grand homme est de mes bons amis , Afin de m'obliger, ma mère, il m'a promis Que selon mes désirs il tournera son ame.

AGATHE

Ce cousin entreprend de changer une femme ! Il est donc assez fou pour présumer de soi.... Et quel est donc ce sot entrepreneur ?

HARPAGÊME.

Cest moi.

AGATHE

Vous?

HARPAGÊME.

Moi.... De ce cousin j'avôis la fantaisie : Depuis, prenant conseil d'un peu de jalousie , Qui m*apprend qu'on ne doit s'assurer que sur soi , J'ai cm plus à propos de prendre tout sur moi. Ce soir, l'obscurité devenant favorable , Ayant la barbe et l'air d'un homme vénérable, En habit , et de pied en cap tout revêtu Du grave extérieur d'une intègre vertu , Je prétends, selon moi, pétrir le cœur d'Hortense, Et par môme moyen savoir ce qu'elle pense.

AGATHE

Gardez-vous d'accomplir ce dessein dangereux. Afin qu'en son ménage un homme soit heureux, Bannissant de chez lui toute la défiance, Loin de vouloir savoir ce que sa femme pense , Il doit fuir avec soin , comme on fuit un forfidt , L'occasion d'apprendre ou voir ce qu'elle fiût

HARPAGÊME.

Chansons ! Rien ne me peut détourner de la chose. Afin d'exécuter ce que je me propose, Faisons venir Ilortense en cet appartement.

(Il soriy et Von entend plusieurs portes s*ouvrir,)

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