‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 49 sur 670 · LIVRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE VllI

Je t'ai fait voir tes camarades , Ou morts, ou mourants , ou malades :

Qu*est-HX que tout cela , qu'un avertissement ? Allons, vieillard, et sans réptique.

Il n'importe à la république Que tu fasses ton testament.

La Mort avoit raison : je voudrois qu'à cet âge On sortit de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte ; et qu'on fît son paquet : Car de combien peut-on relarder le voyage ? Ta murmures , vieillard ! vous ces jeunes ' mourir;

Vois-les marcher, vois-les courir A des morts , il est vTai , glorieuses et belles , Mais sûres cependant , et quelquefois cruelles. J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret : Le plos semblable aux morts meurt le plus à r^^et.

FABLE II

Le Savetier et le Financier.

Un savetier chantoit du matin jusqu'au soir :

Cétolt merveilles * de le voir, MermUes de l'ouïr; il foisoit des passages ,

Uns content qu'aucun des sept sages.

SoQ voisin, au contraire, étant tout cousu d'or,

Chantoit peu , dormoit moins encor :

Cétolt un lionmie de finance.

Si SOT le point du jour parfois il sonmieilloit , Le savetier alors en chantant l'éveilloit;

Et le financier se plaignoit

Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le donnir,

Gomme le manger et le boire K

En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire, Qk gagnez-vous par an? Par an î ma foi , monsieur.

Dit avec un ton de rieur LegaiUard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte; et je n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suflit qu'à la fin

J'attrape le bout de l'amiée;

Chaque jour amène son pain. — Ebbien ! que gagnez-vous, dites-moi, par journée ? — Tantôt plus , tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seroicnt assez honnêtes ] ,

*Jewmes, affectif, est id pris subslantivemeDt. Uardiene

'Uni In éJHIfflif modernen de Didot et de Barbou on Ut wrwtfle m iiagiiller. La Fontaine a mis mervriUet au pluriel, et le vote qui précède au singulier. Bossuct et les auteurs de cette éfOfjiie oflireot de nombreux exemples semblables.

•faiiilii changés en substantifs par licence |K>éli(pie tié^

Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chômer; on nous mme en fêtes : L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le coré De quelque nouveau saint charge tonjonrs son prune. Le financier, riant de sa naïveté , Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le troue. Prenez ces cent écus ; gardez-les avec soin ,

Pour vous en servir au besoin.

Le savetier crut voir tout l'argent qoe la terre

Avoit , depuis plus de cent ans ,

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre

L'argent , et sa joie à-la-fois.

Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis :

Il eut pour hôtes les soucis ,

Les soupçons , les alarmes vaines.

Tout le jour il avoit l'œil au guet; et la nuit ,

Si quelque chat falsoit du bruit, Le chat prenoit l'aient. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveilloit plus : Hendez-moi , lui dit-il , mes cliaiisonset mon somme ,

Et reprenez vos cent écus.

FABLE UI

Le Lion , le Loup , et le Renard.

Un lion , décrépit, goutteux, n'en pouvant plus, Vooloit que l'on trouvât remède à la vieillesse. Alléguer l'impossible aux rois , c'est un ahus.

Celui-ci parmi chaciue espèce xManda des médecins: il en est de tous arts*. Médecins au lion viennent de lotîtes [)arts ; De totis côtés lui vient des donneurs de receltes.

Dans les visites qui sont faites , Le renard se dispense , et se tient clos et coi. Le loup en fait sa cour, daube , au coucher du roi , Son camarade absent. Le prince tout-à-l'heure Veut qu'on aille enfumer renard dans sa demeure , Qu'on le fasse venir. Il vient , est présenté ; Et sachant que le loup lui faisoit cette afTahtî : Je crains , sure , dit-il , qu'im rapport peu sincère '

Ne m'ait à mépris imputé

D'avoir difTéré cet hommage ;

Mais j'étoîs en pèlerinage , Et m'acquittois d'un vœu fait pour votre santé.

Même j'ai vu dans mon voyage Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur

* C'est-à-dire de toutes les professions et de toutes les classes. Du tem[ts de La Fontaine , les bateleurs , vendeurs de baumes et de spécifupies , et les charlatans de tous les genres , tutoient (Micorr plus nomlireux qu'aujourd'hui ; et. vu l'ignorance et le |KMlantii«nir des nuidecins. ils obtenoicnt plus de crédit.

FABLES

Dout votre majeslé craiut à bon droit la suite.

Vous ne manquez que de clialenr;

Le long âge en vous Ta détruite :

D'un loup écorché vif appliquez-vous la peau

Tonte chaude et toute fumante :

Le secret sans doute en est beau

Pour la nature défaillante.

Messire loup vous servira ,

S'il vous plaît y de robe de chambre.

Le roi goûte cet avis-là.

On écorcbe , on taille , on démembre Messire loup. Le monarque en soupa ,

Et de sa peau s'enveloppa.

Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ; Faites, si vous pouvez , votre cour sans vous nuire : Le mal se rend chez vous au quadruple du bien. Les daubeurs ' ont leur tour d'une ou d'autre manière :

Vous êtes dans une carrière

Où l'on ne se pardonne rien.

FABLE IV

Le Pouvoir des Fables,

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