E II
phyi'S : la pauvre épouse se trouva seule sur Ifl rocher, demi-morte , pâle , tremblante, et td^ i lemenipossédéedesonexecssivedouleur,qu'eUe J demeura long-temps les yeux attachés à lerr sans se connoitre , et sans prendre garde qu'^ étoît nue. Ses habits de fille étoient fi sCs pîediA dleavoilIesye^xdessus,etnetesape^ce^'oilp'
Cependant l'Amour et oit demeuré dans l'airîn alin de voir à quelles extrémités son épouse S6V * roit réduite , ne voulant pas qu'elle se portât^ aucune violence contre sa vie ; soit que le cour* j roux du dieu n'eAt pas éteint tout*£i~lait en lid | la compassion, soit qu'il rèserrât Psyché à d longues peines, et à quelque chose de plus crirti i que de sl- tuer soi-même. Il la vit tomber éva^ I nouiesurla roche dore: cela le touclia, maii'J non jusqu'au |iDinI de l'obliger à ne se plus soaX 1 venir de la Itiule de son époitse.
Psyché ne revînt à soi de long-lemps après. I [^ premii-re ponséi* qu'elle eut ,cg hiideeoii^ J rir à un prt'dpicc. ÏM , eonsidémnt les abj-nie^ leur profondeur, les pointes des rocs tout prêtes à la mettre en pièces , et levant quelque fois les yeux vers \a Lune , qui réclaîroït : du Soleil, lui dit-elle, que l'horreur du crinfé 1 ne t'empêche pas de me regarder : sois tëmoiit i du désespoir d'une malheureuse: et fois-moi tt i grâce de 4^conter â celui que j'ai offensé les dr^ 1 constances de mon trépas, mais ne les raconte ] point aux pereonnes dont je liens le jour. Td J vois dans la course des misérables, dis-moi, y4 en a-t-il un de qui l'infortune ne soit légère a ' prix de la mienne? Rochers élevés, qui scr\iel£ 1 naguère de Fondements â un palais dont j'éu^ maltresse, qui auroit dît que la nature tous eAt 1 formés pour me servir maintenant à un usagi' si différent?
.K ces mois, elle regarda encore le prédpics; i et en itiéme temps la mort se montra à elle sotMtJ la forme la fJus affreuse. Plusieurs fuis t voulut s'élancer, plusieurs fois aussi un se nieni nature) l'en empêcha. Quelles sont, elle, mes destinées ! J'ai quelque beauté, je si jeune ; il n'y a qu'un moment que je possédof le plus agréable de tous les dieux, et je l ' mourir! Je me vas moi-même donner la mort! | Faut-il quel' aurore ne se lève plus pour Psyché!. Quoi < voilà les derniers instants qui me soM ^ donnés par (es Parques ! Encore si ma nourrice
LES AMOURS DE PSYCHÉ
me fennoit les yeux! si je n'étois point privée de la sépulture!
Ces irrésolutions et ces retours vers la vie, qui font la peine de ceux qui meurent , et dont les plus désespérés ne sont pas exempts, entretinrent un cruel combat dans le cœur de notre héroïne. Douce lumière, s*écria-t-elle, qu'il est difficile de te quitter ! Hélas ! en quels lieux iraije quand je me serai bannie moi-même de ta prince? Charitables filles d*enfer, aidez-moi à rompre les nœuds qui m'attachent; venez, venez me représenter ce que j'ai perdu.
Alors elle se recueillit en elle-même ; et l'image de son maHieur, étouffont enfin ce reste d'amour pour la vie, l'obligea de s'élancer avec tant de promptitude et de violence , que le Zéphyre, qui l'observoit, et qui avoit ordre de l'enlever quand le comble du désespoir l'auroit ameqée à ce point, n'eut presque pas le loisir d'y apporter le remède. Psyché n ctoit plus , s'il eût attendu encore un moment. 11 la retira du gouffre, et lui faisant prendre un autre diemin dans les airs que celui qu'elle avoit choisi , il l'éloîgna de ces Ueux funestes, et l'alla poser avec ses habits sur le bord d'un fleuve dont la rive, extraordinairement haute et fort escarpée, pouvoit passer pour un précipice encore plus horrible que le premier.
C'est Tordinairedes malheureux d'interpréter toutes choses sinistrement. Psyché se mit en l'esprit que son époux, outré de ressentiment, ne l'avoit (ait transporter sur le bord d'un fleuye qu'afin qu'elle se noyât; ce genre de mort étant plus capable de le satisfaire que l'autre, parcequ'il étoit plus lent, et par conséquent plus cruel: peut-être même ne feUoit-il pas qu'elle ' souillât de sang ces rochers. Savoit-clle si son mari ne les avoit point destinés à un usage tout opposé? Ce pou voit être une retraite amoureuse , oii l'infant de Cypre , craignant sa mère , logeoit secrètement ses maîtresses, comme il y avoit logé son épouse ; car le lieu étoit écarté et inaccessible : ainsi elle auroit commis un sacrilège , si elle avoit (ait servir a son désespoir ce qui ne servoit qu'aux plaisirs.
Voilà comme raisonnoit la pauvre Psyché , ingénieuse à se procurer du mal , mais bien éloignée de l'intention qu'avoit eue l'Amour, à qui cet endroit où la belle se trouvoit alors étoit
venu fortuitement dans l'esprit , ou qui pentr être l'avoit laissé à la discrétion du Zéphyre. 1 vouloit la faire souffrir ; tant s'en faut qu'H exigeât d'elle une mort si prompte. Dana cède pensée, il défendit au Zéphyre de la quitter, pour quelque occasion que ce fût , quand mémt Flore lui auroit donné un rendez-vous , tm que cette première violence eût jeté son fen.
Je me suis étonné cent fois comme le Zépbyit n'en devint pas amoureux. 11 est vrai que Floit a bien du mérite : puis de courir sur les pai d'un maître, et d'un maître comme rAmoor, c'eût été à lui une perfidie trop grande, et même inutile.
Le Zéphyre ayant donc l'œil incessammeni sur Psyché , et lui voyant regarder le fleme d'une manière toute pitoyable ', îl ^ douta de quelque nouvelle pensée de désespoir; et, pow n'être pas surpris encore une fois , il en averA aussitôt le dieu de ce fleuve , qui , de bonne fortune , tenoit sa cour à deux pas de là , et qui avoit alors auprès de lui la meilleure partie de ses nymphes.
Ce dieu étoit d'un tempérament firoid , et ae se soucioit pas beaucoup d'obliger la belle ni son mari. Néanmoins, la crainte qu'il eut que les poètes le ne diffamassent si la premièfe beauté du monde, fille de roi, et f^name d'oi dieu , se noyoit chez lui , et ne l'appelassent frère du Styx ; cette crainte , dis-je , l'obligea de commander à ses nymphes qu'elles recueillissent Psyché, et qu'elles la portassent vers l'aune rive , qui étoit moins haute et plus agréable que celle-là, près de quelque habitation. Les nymphes lui obéirent avec beaucoup de plaisir. EDa se rendirent toutes à l'endroit où étoit la belle, et se cachèrent sous le rivage.
Psyché faisoit alors des réflexions sur son aventure, ne sachant que conjecturer du dessein de son mari , ni à quelle mort se résoudre. Ah fin, tirant de son cœur un profond soupir : Eh bien! dit -elle, je finirai ma vie dans les eaux: veuillent seulement les destins que ce supplice te soit agréable ! Aussitôt elle se précipita dans le fleuve, bien étonnée de se voir inoontinent entre les bras de Cymodocé et de la gentiHe Nais. Ce fut la plus heureuse rencontre du
> D'une manière qui exdloit la oompasiton od U pitié.
Cea deux uytnplics ne laisoieDt piiisque de la quitter : car l'Amour en avoit ciioisi de lotîtes les sortes et dans tous les chœurs r sernr de filles d'hooDcur à notie héroïne it le temps bienheureux où elle avoH part IX affections et à la fortune d'un dieu, Cette rcncuutre, quîdevuitdu moins lui apporter quelque consolation, ne lui apporta au OMitrairo que du déplaisir. Commeut se résoudre sans mourir à paroîtré ainsi mallieureuse et abandonnée devant celles qui la servoient il n'y avoit pas plus d'une heure? Telle est la folie de l'esprit liumain : les personnes nouvellement déchues de quelque état tloiissant fuient les gens qui les connoisscnt, avec plus de soin qu'elles n'évitent les étrangers, et prêtèrent souvent la mort au service qu'on leur peut rendre. Nous supportons le malheur, et ne saurions supponer lu honte.
Je ne vous assurerai pas si ce fleuve avait des Tritons , et ne sais pas bien si c'est la eouuime des fleuves que d'en avoir. Ce que je vous puis assurer, c'est qu'aucun Triton n'approcha (le noire hcroine : les seules naïades eurent cet Ijhonneur. Elles se pi-essoient si fort autour de Ja belle, que malaisément un Triton y eût frouvé place. Nais et Cyniodocé la lenoient entre leurs bras, tandis que d'abattement et de IVÛKide elle se laissoit aller la tel» languissaminent, tanlt^t sur l'une, tantâtsur l'autre, arrosant leur sein tour-û-tour avec ses lar'mes.
Aussitôt qu'elle fut à bord, ces deux nyni- .pbes, qui avuient é(ê du nombre de ses favorites, forame prudentes et discrètes entre toutes les »9]rinphes du monde, tiient signe à leurs compares de se retirer; et, ne diminuant rien du refifiuct avec lequel elles la servoient pendant sa fortune, elles prijent ses habits des mains du Zèphyre, qui se relira aussi, cl ilemandè-
^ttal^ à Psyché si elle ne vouiuit pas bien qu'elles ' «lussent l'iiunaenr de i'baliiller encore une fois. 'foycbé se jeta à leurs pieds pour toute réponse , et les leur baisa.
Cet abaissementexcessifleurcausA beaucoup de confusion et de pitic*. L'Anioui- nx^nte en fut
^loucllv plus (]uc de pas une chose qui fAt arrivée à notre héroïne depuis sa disgraœ. 11 ne l'avoit point quittée de vue, recevant quelque saiisfiiction à l'aspect du mal qu'elle se faisoil;
i;ar cela ne [wuvoil {Kirtir que d'un bon principe. Cupidon goùtoit dans les airs ce cruel plaisir. Le battement de ses ailes obligea Nais et Cymodoce de tourner la léte : elles aperçurent le dieu; et, par considéi'ation tout an moins au- | tant que par respect, mais principalement pour faire plaisir à la belle , elles se retirèrent à leur tour.
Eh bien ! Psyché , dit l'Amour, que le semble, de ta fortune? Est-ce impuuémemqua l'on veut tuer le maître des dieux I H te taidoit que lu te fussesdélruiie: te voilfi contente. Tusais comme " je suis fait ; tu m'as vu : mais de quoi cela te peut-il sei'vir? Je t'avertis (jue tu n'es plus mon épouse.
Jusque-là la pauvre Psyché l'avoit (écouté j sans lever les yeux : à ce mut d'éjxiusc elle dit : Uélas! je suis bien éloignée de prendre cette qualité ; je n'ose seulement espêrei* que vous me recevrez pour esclave. Ni mon esclave non plus, reprit l'Amour; c'est de ma mère que tu l'es; je te donne à elle.' Et garde-toi biea d'attenter contre ta vie; je veux que tu souffres, mais je neveux |ia$que tu meures: tu« serois trop tAt quitte. Que si tu as dessein de- 1 m' obliger, venge-moî de tes deux dénions de sœurs ; n'écoule ni considérations du sang ni pitié; saciitie-ies-nioi. Adieu, Psyché : labrlïjure que cette lampe m'a faite ne me permet pas de l'entretenir plus long-temps.
Ce fut bien là que l'afflrclion de notre héroïne reprit des forces. Exéciabie lampe ! maudite Umpel avoir brûlé un dieu si sensible et si délicat! qui ue sauroil rien endurer! l'.i^ mont' ! Pleure , pleure , Psyché ; ne te repose | ni jour ni nuit : cherche sur les monts et dan» les vallées quelque herbe pour le guéi'ir, et porte-la-lui. S'il ne s'étoit point tant pressé de me dire adieu, il vcrroit l'extrême douleur que .son mal me fait, etceluiserott unsouiagement; mais il est parti ! il est parti sans me laissa- aucune espérance de le revoir !
Cependant l'aurore vint éclairer i'înfvriuiie de notre belle, et amena ce jour-lil force nouveauu-s. Vénus , entre autres , fut avertie de ce qui étoit arrivé à Psyché, f.l voyei comme les choses se lenconti-enl ! Les médecins avoient ordonné à celle déesse de se baigner pour des chaleurs qui l'iiKommodoienl. Elle prenoîl son
baÎQ (lès le point du jour, puis se recouchoit. | C*étoit dans ce fleuve qu'elle se baignoit d*ordinaii-e, a cause de la qualilé de ses eaux refroidissantes. Je pense même vous avoir dit que le dieu du fleuve on tenoit un peu. Une oiebabillarde qui savoit ces choses , et qui , se trouvant cachée entre des {{laieuls, avoît vu Psyché arriver à bord, et avoit entendu ensuite les reproches de son mari , ne manqua pas d'aller ' redire à Vénus l'aventure de point en point. Vénus ne perd point de temps; elle envoie des {jens de tous les œtés, avec ordre de lui amener morte ou vive Psvché son esclave.
Il s'en fallut peu que ces gens ne la rencontrassent. Dès que son époux l'eut quittée, elle sluibilia, ou, pour mieux parler, elle jeta sur soi ses habits : c etoient ceux qu'elle avoit quittés en se mariant, habits lugubres et commandés par l'oracle, comme vous pouvez vous en souvenir. En cet état elle résolut d'aller par le monde, cherchant quelque herbe pour la brûlure de son mari , puis de le chercher lui-même. Elle n'eut pas. marché une demi-heure, qu'elle crut apercevoir un peu de fumée qui sortoit d'entre des arbres et des rochers. G'étoit l'habitation d'un pécheur, située au penchant d'un mont oii les chèvres mêmes avoient de la peine à monter. Ce mont, revêtu de chênes aussi vieux que lui, et tout plein de rocs, présentoit aux yeux quelque chose d'effroyable, mais de charmant. Le caprice de la natm e ayant creusé deux ou trois de ces rochers qui éloient voisins l'un de l'autre, et leur ayant fait des passages de communication et d'issue, l'industrie humaine avoit achevé cet ouvrage, et en avoit fait la demeure d*un bon vieillard et de doux jeunes bergères. Encore que Psyché , dans ces commencements, fût timide et appréhendât la moindre rencontre, si est-ce qu'elle avoit besoin de s'enquérir en quelle contiée elle éloit , et si on ne savoit point une composition , ime racine , ou une herbe, pour la brûlure de son mari. Elle dresvsa donc ses pas vers le lieu où elle avoit vu cette fumée, ne découvrant aucune habitation que celle-là , de quelque coté que sa vue se pût étendre. Il n'y avoit point d'autre chemin pour y aller qu'un petit sentier tout bordé de ronces. De moyen de les détourner, elle n en avoit aucun ; de façon qu'à chaque pas
DE PSYCHÉ
les épines lui déchiroient son habit, qadqiKfois la peau , sans que d'abord elle le sentît : fit fliction suspendoit en elle les autres doufena A la fin, son linge, qui étoit mouillé, le froU du matin, les épines, et la rosée, commenot* rent à l'incommoder. Elle se retira d'entre ces halliers le mieux qu'elle put; puis un petit pré, dont l'herbe étoit encore aussi viei^ que le jour qu'elle naquit , la mena jusque sur le bord d'un torrent. C 'étoit un torrent et un abyme. Un nombre infini de sources s'y prédpiloieBl par cascades du haut du mont, puis, roulant leurs eaux entre des rochers, formoient on(pzouillement à-peu-près semblable à celui des catadupes du Nil.
Psyché , arrêtée tout court par cette barrière, et d*ailleui*s extrêmement abattue tant de b douleur que du travail, et pour avoir passé sans dormir une nuit entière , se coucha soos des arbrisseaux (jue rimmiditë du lieu rendoit fort touffus. Ce fut ce qui la sauva.
Deux satellites de son ennemie amvërentni moment après en ce môme endroit. La rmm les empêcha de passer outre : ils s'arrétèrat quelque temps à la regai-der avec un si grand péril pour Psyché, que l'un d*cux marcha sur sa robe; et,, croyant la belle aussi loin délai qu'elle en étoit près , il dit à son camarade : Nous cherchons ici inutilement ; ce ne sauroient être que dos oiseaux qui se réfugient dans ces lieux : nos compagnons seront plus heureui que nous, et je plains cette personne s'ils b renconti'ont ; car notre maîtresse n*est pas tefle qu*on simagine: il semble à la voir que ce soit b douceur même ; mais je vous la donne pour une femme vindicative, et aussi cruelle qu'il y eo ait. On dit que Psyché lui dispute la prééminencp des charmes : c'est justement- le moyen de la rendre furieuse, et d*en faire une lionne à qui on a enlevé ses petits : sa concurrente fera foit bien de ne pas tomber entre ses mains.
Psyché entendit ses mots fort distinctement, et rendit grâces au hasard, qui, en lui doDn:nt des frayeurs mortelles, lui donnoit aussi una^is (]ui n etoit nullement à négliger. De bonheur pour elle ces gens partirent presque aussitôt. A peine elle en étoit revenue , que, sur TanUY bord d(î la ravine, un nouveau spectade lui causa de rétonncmenl. La vieiliesse en propre
personne lui apparut chargée de filets, et en ibil de pécheur : les cheveux lui pendoieni r les épaules, et kt barbe sur la ceiaiui'e. U» «beau vieillard, ethianccomme un lis, mais I pas si trais, se disposuità passer. Soa t ^loît plein de rides, dont la plus jeune i 4u»l prestiue aussi ancienne que le déluge. 'Aussi Psyché le prit |>onr Deucalion; et, se ' nteiiant à genoux : Père des humains, lui cria- L t-fHle , protégez-moi contre des ennemis qui me Krcbent '.
■ Le vieillard ne répondit rien : la force de f enchantement le rendit muet. Il laissa tomber s Blets, s'otibliant soi-même aussi bien que F l^il eùl été dans son plus bel âge , oubtiaol aussi k danger ati il se mettroit d'être rencontié par les ennemis de la belle, s'il alkut b prendre sur l'autre (Kird. Il me semble que je vois les vieillards de Troie qui se préparent û ia guerre en voyant Hélène. Celui-ci ne se soucioit pas de périr, pourvu qu'il contribuât à la sûreté d'une mallieureuse comme la uâlre. Le besoin pressant qu'on avoh de sou assistance lui fit remetirc au premier loisir les exclamations ordînai- ~^ s dans ces renconirea. U passa du eôlé uù I Âoit Psyché , et ralxtrdsnt de foit bonne grace €l avM respect, comme un homne qui tavuit Ilire autre chose que de tromper les poissons : ' Selle princesse , dîl-il , car ii vos halùts c'est le moins que vous puissiez étie , reservez vos adorations pour les dieux. Je suis un uioriel qui ne possède que ces lilets, ei quelques peis coiniiioditt'S dont j'ai meublé deux ou trois cliers sur le {lenchant du munU C*!tte retraite tot à voua aussi bien qu'à moi : je ne l'ai point achetée; c'isst la naiui-e qui l'a LAiie. Et ne ' vaigiiezpasqiievua ennemis vous y cherchent : ■''il y a sur terre un lieu d'assurance coulie les poursuites des lioniincs, c'est celui-I:'i : je l'é- ^ouve depuis long-temps.
i Psyché acccjiU l'asile. Le vieilbrd la lit descendre dans la ravine, mai-chant devant elle, et 'lui «nscigtiant h poser le pied, tanlAt sur cet iendruit-b, lantôtsur cet autre; non sans péril : laîs la crainte donne du coiira{;e. Si Psyclun'eût [krint fui Vénus, elle n'auruit joinais osé feire ce qu'elle lit,
rLadifficiilié fut de Iravei-ser le torrent qui rouluit au fond. Il éloil large, creux et rapide.
Oii es-tu, Zéphyre. s'icra Psyché. Mais plus J de Zéphyre : l'Amour lui avoit donné congé , sur l'assurance que notre héroïne n'oseroit a^ ^Ê (enter contre elle, puiM)u'îl le lui avoit dêfen- j* du, ni faire chose qui lui déplût. En elTet. elle n'avoit garde. Un pont portatif que le vieiliare tiroit après soi silAt qu'il éloil [lassé , suppléa-^ ce défaut. C'étoit un tronc it demi pourri , aveiî^ deux bâtons de saule pour garde-fotts. Ce Irooç J se posoit sur deux gros cailloux qui servoiei do bordages à l'eau en cet endroit-là. Psycfiî passadonc, et n'eut pas plus de peineàremoib'^ ter qu'elle en avoit eu à descendre.
De nouveaux obstacles se présentirent.
falloit encore grimper, et grimper par-dedan uD buis si toulTu , que l'ombi-e élemelle n'efit J pas plus noire. Psyché suivoit le ridllanl . et Ib , lenoit par l'habtt. Api-ès bien des peines, ils arrivèrent à une ix'tîle esplanade assez découverte et employée à d'neis offices; c'étoienl les jardins, la cour principale, les avant-cours, «t k» avenues de celle demeure. Elle fournissoit d«$ fleurs ù son mailre, un peu de fruits, et d'auti-es richesse* du jai-dinage.
De \!> ils monti^rent ù l'habîtalion du > lard jiar dos degrés et par des pei-i-ons qui n'd voient point eu d'autre archilecle qno la nainrs aussi lenoieai-ils un peu du toscan , |>our en diri la vérité. Ce palais n'avoit poui' toit que ciM ou six arbres d'une |»rodigieHse hauteui', dont** les racines chervhoicnt passage entre les vudied i de ces rochers, \
Ut deux jeunes bergères aft^scs voyoioBtJ paître à dix pas d'elles cinq ou six chèvres , ei* tiloient de si bonne grâce , que Psyché ne se put I tenir de lesadmirci'. Elles avoicntassezdebean^ le pour ne se {âs voir méprisées par la concurrente de Vénus. 1^ plus jeune appiochoit de quaioi-ze ans, l'autre en avitii Naze. Elles saluèrent notre bérofne d'un air nuif, et fRiurianI fiNl spirituel , quoiqu'un pcit de honte l'aœom- |iagnât. Mais ce qui fit principalement que Psyché crut trouver de l'esprit en elles, ce fut l'admiration qu'elles témoigné reni en la regardant. Psy(iié les baisa , et leur Ih u» petit iximpliiDeut cliam|)étre, dans lequel elle les louoil debtQuté et de gentillesse : à quoi elles réiHUidii-ent [lar l'incarnat qui leur monta aussitôt aux joues.
Vous voyez mes pelites-tîllca , ftit le vieillard
fi
LES AMOURS DE PSYCHÉ
à Psyché : leur mère est morte depuis six mois. Je les élève avec uii aussi grand soin que si ce n'étoient pas des bergères. Le regret que j*ai , c'est que, n'ayaut jamais bougé de cette montagne, elles sont incapables de vous servir. Souffrez toutefois qu elles vous conduisent dans leur demeure : vous devez avoir besoin de repos.
Psyché ne se fit pas presser davantage : elle s'alla mettre au lit. Les deux pucelles la déshabillèrent avec cent signes d*admiration à leur mode quand elle avoit la tête tournée , se faisant Tune à lautre remarquer de Toeil fort innocemment les beautés qu'elles découvroient ; beautés capables de leur donner de l'amour, etd'en donner, s'il faut ainsi dire, à toutes les choses du monde. Psyché avoit pris leur lit : couchée proprementsousdu linge jonché de roses, Todeurde cesfleurs, ou la lassitude, ou d'autres secretsdont Morphée se sert, l'assoupirent mcontinent. J'ai toujours cru , et le crois encore , que le sommeil est une chose invincible. 11 n'y a ni procès , ni affliction, ni amour qui tienne.
Pendant que Psyché dormoit , les bergères coururent aux fruits. On lui en fit prendre à son réveil, et un peu de lait; il n'entroit guère d'autre nourriture en ce lieu. On y vivoit à-peuprès comme chez les premiers humains; plus proprement, à la vérité, mais de viandes que la seule n(iture assaisonnoit. Le vieillard couchoit en une enfonçure du rocher, sans autre tapis de pied qu'un peu de mousse étendue , et sur cette mousse l'équipage du dieu Morphée. Un autre rocher plus spacieux et plus richement meublé étoit l'appartement des deux jeunes filles. Mille petits ouvrages de jonc et d'écorce tendre y tenoient lieu de tapisserie , des plumes d'oiseaux, des festons, des corbeilles remplies de fleurs. La porte du roc servoit aussi de fenêtre, comme celles de nos balcons; et par le moyen de l'esplanade , elle découvroit un pays fort grand, diversifié, agréable : le vieillard avoit abattu les arbres qui pouvoient nuire à la vue.
Une chose m'embarrasse , c'est de vous dépeindre cette porte servant aussi de fenêtre, et semblable à celles de nos balcons , en sorte que le champêtre soit conserve. Je n'ai jamais pu savoir comment cela s etoit fait. Il suffit de dire qu'il n'y avoit rien de sauvage en cette habitation, et que tout 1 etoit à l'entour.
Psyché , ayant regardé ces choses, témoiga à notre vieillard qu'elle souhaitoit de FentRlenir, et le pria de s'asseoir près d'elle. 0 s'en acusa sur sa qualité de simple mortel» pniil obéit. Les deux filles se retirèrent.
C'est en vain, dit notre héroïne, que vos me cachez votre véritable condition. Vous l'avez pas employé toute votre vie à pécher, et parler trop bien poui' n'avoir jamais oomené qu'avec des poissons. 11 est impossible que vmi n'ayez vu le beau monde , et hanté les grandi, si vous n'êtes vous-même d'une naissance Hdessus de ce qui paroît à mes yeux : votre procédé, vos discours, l'éducation de vos fiUes, même la propreté de cette demeure, me iefoM juger. Je vous prie, donnez-moi conseil. U n'j a qu'un jour que j'étois la plus heureuse kmm du monde. Mon mari étoit amoureux de moi; 1 me trouvoit belle : et ce mari , c'est l'Amov. H ne veut plus que je sois sa femme : je n'ai pi seulement obtenir de lui d'être son escbfe. Vous me voyez vagabonde ; tout me fait peor; je tremble à la moindre haleine du vent : hier je commandois au 2^phyre. J'eus à mon coscher une centaine de nymphes des plus jolies et des plus qualifiées, qui se tinrent heureuei d'une parole que je leur dis , et qui baisèremei me quittant le bas de ma robe. Les adoratioM, les délices , la comédie , rien ne memanquoit. S j'eusse voulu qu'un plaisir fût venu des extrémités de la terre pour me trouver, j'eusse été incontinent satisfaite. Ma félicité étoit telle, que le changement des habits et celui des ameublements ne me touchoit plus. J'ai perdu tousœs avantages; et je les ai perdus par ma faute, et sans espérance de les recouvrer jamais : l'Amour me hait trop. Je ne vous demande pas û je cesserai de l'aimer, il m'est impossible; je vous demande aussi peu si je cesserai de vivfe, ce remède m'est interdit : Garde-toi , ma dit mon maiî , d'attenter contre ta vie. Voilà les termes oii je suis réduite : il m'est défendu de me soustraire à la peine. C'est bien le comble du désespoir que de n'oser se désespérer. Quand je le ferai néanmoins , quelle punition y a-t-Q par-delà la mort? Me conseillez-vous de traîner ma vie dans des alarmes continuelles , craignant Vénus, m'imaginant voir à tous les moments les ministres de sa fureur? Si je tombe entre ses
lins, et je dg puis mVmpécher d'y tomber, i Qie fera mille maux. Ne vaul-il pas mieux e j'aille en ud oionde oii elle n'a point de avoir? Mon dessein n'est pas de m'enruncer fer dans le sein; les dieux me gardent de djlbobéir à l'Amour jusqu'à œ point-Iâ ! mais si I» refuse la nourriture, si je permets à un aspic de dcckarfjer sur moi sa colère, si par ha- |ird je rencontre de l'aconit , et que j'en nette peu sur ma langue, est-ce un si grand crime? Il au moins me doil-il élie permis de me niourir de tristesse.
nom de l'Amour le vieillard s'ëloil levé.
la belle eut achevé de parler, il sepi^)-
; cl, la tiaiiant de déesse, il s'alloil jeter
des excuses qui n'eussent fini de long-temps,
ifcbé ne les eût d'abord (iréveuues, et ne
eût commandé par tous les titres qu'il vou-
Il lui donner , soit de belle, soit de princesse,
de déesse , de se i-emeltre en sa place , et de
son sentiment avec liberté ; mais que pour
mieux il laissait ces qualités qui nu faisoienl
pour la consoler, et dont ilotoit libéral jus-
l'à l'excès.
Le vieillard savoil trop Lien vivre poui' conir de cérémonies avec l'épouse de Cupîdun. "éianL donc assis : Madame, dil-il, ou votre mari vous a (»mmuniqué l'immortalité ; et cela éianl , que vous servira de vouloir mourir? ou vou» êtes encore sujette à la loi commune. Or BjEUe loi veut deux clioses : l'une, véritablement glM nous mourions; l'autre, que nous tâchions pe conserver notre vie le plus long-Icmps qu'il ■sua esi possible. Nous naissons également tapnr l'un et pour l'autre; et l'on peut dire que Fbomiiie a en même temps deux mouvements 0|iposé« : il court incessamment vers la mort ; 9 h fuit aussi incessamment. De violer cet inq||act, c'est cequi n'est pas permis. Les am'maus ■0 le font pas. Y a-l-il rien de plus inalheureui m'un oiseau qui , ayant eu pour demeure une fluél agréable et toute la campagne des airs, se fpjt renfermé dans une cage d'un piixl d'espace '/ Mpendant il ne se donne pas la mort ; il chante, ffi contraire, et tâche à se divertir. Les hommes fff sont pas si sages : ils se désespèix-nt. Itegar- ■BB combien de crimes un seul crime leui* fuit flpinmettre. Premièrement vous détruisez l'ou- Tngedu Ciel, «plus cet ouvrageest beau,plus
le crime doit être grand : jugez donc quelle s( roit voire faule. En second lieu, vous vous défiez de la Providence , ce qui est un autre crime. Pouvea-vous répondre de ce qui vous arrivera? Peut-être le Ciel vous réserve-t-jl un bonheur plus grand que celui que vous regrettez ; peutêtre vous réjouirez-vous bientOl du retour de votre mari , ou pour mieux dire de voii'e amant : car à son dépit je le juge tel. J'ai tant vu de ces amanls échappés revenir incontinent, et faire satisfaction aux personnes qui leur avaient donné sujet de se plaindre ; j'ai tant vu de malheureux , d'un autie cdlé , changer de condition etdc sentiment, que ceseroit imprudence à vous de ne pas donner à la Fortune le loisir de tourner sa roue. Outre ces raisons générales , votre j mari vous a défendu d'atlenler contre votre v! Ne me proposez point pour expédient de vous laisser mourir de tristesse : c'est un détour que | votie propre conscience doit condamner. J'ap> prouvcrois bien plut6t que vous vous perçassîes le sein d'un poignard. Celui-ci est un crime d'un { moment , qui a le premier transport pour excuse ; l'autre est une coutiaualion de crimes que rien ne peut excuser. Qu'il n'y ait point de pu* nitjon par-detù la mort, je ne pense pas qu'on vous ait enseigné cette doctrine. Croyez, madame, qu'il y en a, et de particulièrement ordonnées contre ceux qui jettent leur ame au vent , et qui ne la laissent pas envoler.
Mon père, i-eprit Psyché, cette dcrnièi-e considération fait que je me rends ; car d'espérer le retour de mon mari , il n'y a pas d'apparence : je serai réduite à ne faire de ma vie autre chose que le chercher.
Je ne le croîs pas , dit le neillard. J'ose voua répondre , au contraire , qu'il vous cherclicra. Quelle joie alors aurcz-vous! Attendez du moins quelques jours eu celtedemeure. Vouspourres vous y appliquci' à la counoissance île vou^ même et ù l'étude de la sagesse ; vous y mène la vie que j'y mène depuis long-temps, et que ' j'y mène avec tant de tranquillité , que si Jupiter vuuloit changer de condition contre moi, je le renverrois sans di^Ubércr.
Mais coiniiient vous étes-vous avisé de cette retraite ? repartit Psyché : ne voussci'ai-je jxiint importune, si je vous prie de m'apprendre votre aventure?
LES AMOURS DE PSYCHÉ
Je vous la dirai en peu de mots, reprit le vieillard. J'étois à la cour d'un roi qui seplaisoit à m*entendre, et qui m*avoit donné la charge de premier philosophe de sa maison. Outre la laveur , je ne manquois pas de biens. Ma famille ne consistoit qu'en une personne qui m*étoit fort chère ; j'avois perdu mon épouse depuis longtemps : il me restoit une fille de beauté exquise, quoique infiniment au-dessous des charmes que vous possédez. Je l'élevai dans des sentiments de vertu convenables à l'état de notre fortune et à la profession que je faisois. Point de coquetterie ni d'ambition; point d'humeur austère non plus. Je voulois en faire une compagne commode pour un mari , plutôt qu'une maîtresse agréable pour des amants.
Ses qualités la firent bientôt rechercher par tout ce qu'il y avoit d'illustre à la cour. Celui qui commandoit les armées du roi l'emporta. Le lendemain qu'il l'eut épousée, il en fut jaloux; il lui donna des espions et des gardes : pauvre esprit cpii ne voyoit pas que si la vertu ne garde une femme , en vain l'on pose des sentinelles à l'entour ! Ma fille auroit été long-temps malheureuse sans les hasards de la guerre. Son mari fut tué dans un combat. Il la laissa mère d'une des filles que vous voyez, etgrosse de l'autre. L'affliction fut plus forte que le souvenir des mauvais traitements du défunt, et le temps fut plus fort que l'affliction. Ma fille reprit à la fin sa gaieté, sa douce conversation, et ses charmes; résolue pourtant de demeurer veuve, voire' de mourir plutôt que de tenter un second hasard. Les amants reprirent aussi leur train ordinaire : mon logis ne désemplissoit |)oint d*importuns; le plus incommode de tous fut le fils du roi.
Ma fille , à qui ces choses ne plaisoient pas , me pria de demander pour récompense de mes services qu'il me fût permis de me retirer. Cela me fut accordé. Nous nous en allâmes à une maison des champs que j'àvois. A peine étions-nous partis, que les amants nous suivirent : ils y arrivèrent aussitôt que nous. Le I^eu d'espérance de s'en sauver nous obligea d'abandonner des provinces où il n'y avoit point d'asile contre l'amour, et d'en chercher un chez des peuples du voisinage. Cela fit des guerres , et
' Même.
ne nous délivra point des amants : ceux de h 0» trée étaient plus persécutants que les autres. Eifin nous nous retirâmes au désert, avecpeade suite, sans équipage, n'emportant que qiieli|Hi livres, afin que notre fuite fût plus secrète. Lir»traiteque nous choisîmes étoitfort cachée; hm ce n'étoit rien en comparaison de celle-cL Rài y passâmes deux jours avec beaucoup de rqua. Le troisième jour on sut où nous nous éîm réfugiés : un amant vint nous demander k chemin ; un autre amant se mit à couvert de h pluie dans notre cabane. Nous voilà désespM» et n'attendant de tranquillité qu'aux Cbânpi» Ëlysées.
Je proposai à ma fille de se marier. Efle m pria d'attendre qu'on l'y eût condamnée «w peine du dernier supplice : encore préfiéroitdb la mort à l'hymen. Elle avouoit bien que F» portunité des amants étoit quelque chose de très fâcheux ; mais la tyrannie des mëdhMi maris alloit au-delà de tous les maux qu*ODéttil capable de se figurer : que je ne me misse a peine que de moi seul ; elle sauroit résister an cajoleries que l'on lui feroit : et si l'on veaoiki la violence, ou à la nécessité du mariage, de sauroit encore mieux mourir. Je ne la pas davantage.
Une nuit que je m'étois endormi sur œOe pensée, la Philosophie m'apparut en songe. Je veux, dit-elle, te tirer de peine : suis-moi. Je lui obéis. Nous traversâmes les lieux paroèje vous ai conduite. Elle m'amena jusque sur k seuil de cette habitation. Voilà, dit-elle, le sed endroit où tu trouveras du i*epos. L'image do lieu , celle du chemin , demeurèrent dans on mémoire. Je me réveillai fort content.
Le lendemain je contai ce songe à ma fille; et comme nous nous promenions, je remarquai que le chemin où la Philosophie m*avoit bà entrer aboutissoit à notre cabane. Qu'est-il besoin d'un plus long récit? nous fîmes résolutioi d'éprouver le reste du songe. Nous congédiâmes nos domestiques, et nous nous sauvâùmes avec ces deux filles, dont la plus âgée n'avoit pas six ans ; il nous fallut porter l'autre. Après les mêmes [Kîines que vous avez eues , nous arrivâmes sous ces rochers. Ma famille s'y étant établie, je retournai prendre le peu de meubles que vous voyez , les apportant à diverses fois, et mes
ivre& aussi. Pour tx qui nous étoii resté de bas et d'argent , il éloïl d^ja en lieu d'assu- : nous n'en avuns pas encore eu besoin. t vuisinageduOeuve nous fait subsister, sioon c luxe et déliiiatesse, avec beaucoup de santé A au iijoîns. J'y prends du poisson que je vas n une ville que ce mont vous cache, et noâ je ne suis connu de personne. Mon poisson
• n'est passilâl sur la place qu'il eist vendu. Tous I le» liàbitants sont gens ricbes, de bonne chère,
• fbri paresseux. Ils ont peine à sortir de leurs > murailles ; canimeni viendroient-ils ici m'inler-
rompre, si ce n'est que votre niari s'en inèleà h lin . et qu'il nous envoie des amants, soit de ' celieu-b, stnl d'un autre? les auianis se font I passage par-tout : ce n'est pas pour rien que rffaar proiecieur a des ailes. Ces lilles, comme s voyez , sont eu âge de l'appréheuder. Je uiis pourlAnl pas certain qu'elles prennent chose du même biais que l'a toujours prise ir mère. Voilà, madame, comme je suis ar- <é ici. Le vieillard'Unii par l'exagération de ■ bonheur, et par les louanges dé la solitude. . Hais, mon père, reprit Psyché, est-ce un si i bien que cette soUtude dont vous parlez? ■t-^l |x>ssible que vous ne vous y soyez point ■tayés, vousui votre Klle? A quoi vous éiesws oouupés pendant dix années ?
A nous prcjtarer pour une autre vie, lui ré- Ipndll le vieillard : nuusavonsiaitdesr'étlexîoDs r les fautes et sur les eireui's â quoi sont suis les hommes ; nous avons employé le temps (l'éUide.
, Vous DO me persuaderez point , tepartit P&y- , qu'une grandeur légitime et des plaisirs Imocenls ne soient préférables au train de vie
e vous menez.
' Ua véritable grandeur, ù l'égard des pliilo- ■Dphes, lui répliqua le vieillard, en do régner ir Boi-méme ; et le véritable plaisir, de jouir B soi. Cela se ti-ouve en la solitude, et ne se toouve guère autre part. Je ne vous dis pas que [es personnes s'en accommodent ; c'est un 1 pour moi, ce seroit un mal pour vous. Une personne que le Cit^ a composée avec tant de soin et avec tant d'art, doit faire honneur à «m ouvrier, et régner ailleurs que dansiodé^ri. Hélas! mon père, dit notre héroïne en sou* rant,vous me parlez de régner, et je suis cs-
E 11. un ^
clave de mon ennemie ! Sur qui voulez-vous que | je l'ègne? Ce ne peut être ni sur mon cœur, ni . sur celui de l'Amour : de régner sur d'autres , c'est une gloii e que je refuse. Là-dessus elle lui conta son histoire succinclement. Après avoir achevé: Vousvoyez, dit-eile, combien j'ai sujet de craindre Vénus. J'ai toutefois résolu de me mettre en quête de mon mari devanique le jour se passe. Sa bràlure m'inquiète trop : ne save> ] vous point un seci-et pour le guérir sans dou- ] leur et en un moment t
1« vieillard sourit. J'ai, dil-îl, cherché toute | ma vie dans lessimples, dans les compositions» dans les minéraux , et n'ai pu encore trouver de remèdes pour aucun mal: mais croyez-vous que les dieux en manquent? Il but bien qu'ils ei aient de bons, et de bonsmédecinsaussi, pui»- | que la mort ne peut rien sur eux. Ne vous met- | lez donc en pi-inc que de regagner votre époux ! pour cela il vous fjut attendre; laissez -le dor- | mir sur sa colère : si vous vous présentez à lui J devant que le temps l'ait adoucie, vous vous 1 mettez au hasard d'être rebutée; ce qui vous- I seroit d'une très périlleuse conséquence pour 1 l'avenir. Quand les maris se sont fâchés une fois, et qu'ils ont fait une fois lesdifKcJles, lamutî- ' nerie ne leur codte plus rien après.
Psyché se rendit à cet avis , et passa huit jours en ve lieu -là , sans y trouver le I'gjios que son liille lui promettoil. Ce n'est pas que l'entrettea du vieillard et celui même des jeunes filles ne charmasscjil quelrguefois son mat; mais incont»- ] neni elle retournoit aux soupirs : et le vieillard lui disoit que l'afRictiun diminuH'oii sa beauté , qui éloit le seul bien qui lui rtistoit , et qui feroii infailliblement revenir les autres. On n'avoil point encore allégué de l'oison ù notre liéi-olne qui lui plùl tant. Ce n était i>as scidement au vieillard qu'elle [larluit de sa passion : eUa demanduit queli|UGruis conseil aux choses i nimées; elle importunoit les arbres et les nH 1 chers. Le vieillard avoit fail une longue ro dans le fond du t>ois. Un [jeu île jour y veixHl ] d'en haut. Des deux cAtés de la route étoienC 1 des réduits oti une belle (touvoit s'cndormii* \ sans bi'au(t)up de lémériut : les Sylvains ne fr^ ' quentoient pas celle forêt ; ils la trouvoient trop | sauvage, la commodité du lieu obligea Psyché d'yfeirc des vers, et d'en rendre les hêtres par- |
LES AMOURS DE PSYCHÉ
tidpants. Elle rappela les idées de la poésie que les nymphes lui avoient données. Voici à-peu-* près le sens de ses vers :
Que 008 plaisirs passés augmeoteot nos supplices ! Qoll est dur d'éproQTer, après tant de délices »
Les cruaatés do sort !
Falloit-il être heorense afant qu'être coupable? Et si de me balr, Amour» tu fus capable.
Pourquoi m'aimer d'abord?
Que ne pnnissois-tu mon crime par avance? Il est bien temps d'ôter à mes yeux ta présence »
Quand tu luis dans mon cœur !
Enoor si j'ignorois la moitié de tes charmes ! Mais je les ai tous tus; j'ai tu tontes les armes
Qui te rendent vainqueur.
J'ai vu la beauté même et les grâces dormantes. Un doux ressouvenir de cent choses charmantes
Me suit dans le« déserts.
L'image de ces biens rend mes maux cent fois pires. Ma mémoire me dit : Quoi ! Psyché, tu respires,
Après ce que tu perds?
Cependant il faut vivre : Amour m'a ftit défense D'attenter sur des jours qu'il tient en sa puissance ,
Tout malheureux quils sont.
Le cruel veut , bêlas î que mes mains soient captives. Je n'ose me soustraire aux peines excessives
Que mes remords me font.
C'est ainsi qu'en un bob Psydié contoit aux arbres Sa douleur, dont l'excès fiiisoit fendre les marbres
Habitants de ces lieux.
Rochers , qui l'écoutiez avec quelque tendresse , Souvenei-vous des pleurs qu'au fort de sa tristesse
Ont versés ses beaux yeux.
Elle n'avoit guère d'autre plaisir. Une fois pourtant la curiosité de son sexe, et la sienne propre, lui fit écouter une conversation secrète des deux bergères. Le vieillard avoit permis à l'atnée de lire certaines febles amoureuses que l'on composoit alors , à-peu -près comme nos romans, et Tavoit défendu à la cadette, lui trouvant l'esprit trop ouvert et trop éveillé. C'est une conduite que nos mères de maintenant suivent aussi : elles défendent à leurs filles cette lecture pour les empêcher de savoir ce que c'est qu'amour : en quoi je tiens qu'elles ont tort; et cela est même inutile, la Nature servant d'Astrée ^ Ce qu'elles gagnent par-là n'est qu'un peu de temps : encore n'en gagnent-elles point; une fille qui n'a rien lu croit qu'on n'a garde
' Allusion au roman intitulé V Astrée , qui roule entièrement sur l'amour.
de la tromper, et est plus tôt prise. Il cttdr l'amour comme du jeu : c'est prudemment fA que d'en apprendre toutes les ruses; imni|m pour les pratiquer, mais afin de s'en gamnir. Si jamais vous avez des filles , laisseK-les Ere.
Celles-ci s'entretenoient à Técart. PsycMélail assise à quatre pas d'elles sans qu'on h vh. la jeune bergèi*e disoit à l'aînée : Je voas prie, m sœur, consolez-moi : je ne me trouve |ân fadk comme je faisois. Vous semble-t-il pas qoe k présence de Psyché nous ait change Tmett l'autre? J'avois du plaisir ,à me regarder deiat qu'elle vint ; je n'y en ai plus. Eh ! ne vous repr dez pas, dit l'aînée. Il se faut bien jc^arder, reprit la cadette : comment feroit-on antrenett pour s'ajuster comme il iaut ? Penses-iw qu'une fille soit comme une fleur, qui saita^ ranger ses feuilles sans se servir de miroir? S j'étois rencontrée de quelqu'un qui-ne vât pas à son gré?
Rencontrée dans ce désert ! dit l'alnée me foites rire. Je sais bien , reprit la qu'il est difficile d'y aborder ; mais cela i'al pas absolument impossible. Psyché n'a ponl d'ailes, ni nous non plus ; nous nous y rené» trons cependant. Mais , à propos de Piydé, que signifient les paroles qu'elle a gravées ar nos hêtres? pourquoi mon père ra-t4l priéede ne me les point expliquer? d'où vient qo'db soupire incessamment? qui est cet Amour qn'ck dit qu'elle aime?
Il faut que ce soit son frère, repartit l'aiBK Je gagerois bien que non, dit la jeune lik. Vous qui parlez , feriez-vous tant de feçons pov un frère? C'est donc son mari , répliqua lascnr. Je vous entends bien , reprit la cadette; Mil les maris viennent-ils au monde tout laits? wt sont-ils point quelque autre chose auparamc? Qu'étoit l'Amour à sa femme devant que de l'épouser? c'est ce que je vous demande. Et ce que je ne vous dirai pas , répondit la sœur, m on me l'a défendu.
Vous seriez bien étonnée, dit la jeune fih, si je le savois déjà. C'est un mot qui m'est toi dans Fesprit sans que personne me Fait appris: devant que 1* Amour fût le mari de Psyché. c'étoit son amant. Qu'est-ce à dire amant? s'écria Faînée; y a-t-il des amants au monde? S'fl y en a ! reprit la cadette : votre cœur ne tous
l'a-t-il point encore dilT it y a Untûl six mois que le niieu ne me paile d'autre ebose. Petite fiUe . reprit sa susur, si l'un vous entend , vous seret crit^ '. Quel mal y a-l-il à ce que je dis? lui repartit la jeune bergère, lié! ma chère scRur, continua telle en lui jetant les deux bras Ad cou, apprenez-moi, je vous prie, ce qu'il y a dans vus livres. On ne le veut pas , dît l'almV. C'est à cause de cela, reprit la cadette, que j'ai une extrême envie de le savoir. Je me lasse d'être Mil enftinl et une ignorante. J'ai résolu de prier mon père qu'il ino mène un de ces jours II la ville ; et la première fois que Psydié se parlera à ellG-mème, ce qui lui arrive souvent étant seule , je mo cacherai pour l'entendre.
Cela n'i-st |>as nécessaire, dit tout haut Psyché de l'enditiit oii elle éloit. Elle se leva aus- «ilAl, et courut à nos deux bergères, qui se jetèrent à ses genoux si confuses , qu'à peine jorent-elles ouvrir la bouche pour lui demanpardon. Psyché les baisa, les prit par la D , et les fit asseoir à cAté d'elle , puis leur b de celte manière : Vous n'avei rien dit m'offense , les belles filles. Et vous , conli- -l-el!e en s' adressant à la jeune sœur cl eh baissnt encore une fois, je vous satisferai .rheure sur vos soupçons. Voira père priée de ne le pas l^ire ; mais puisque précautions sont inuiiles, et que la nature is en a tléja tant appris, je vous dirai qu'en !t il y a au monde un certain peuple ajjréa- , iBsinuant, dont les manières sont loul-àdouces, qui ne songe qu'fi nous plaire, et 18 plaît aussi : il n'a rien d'extraoïxlinaire en visage ni en sa mine; cependant nous le Kvons beau par-dessus tous les autres pcu- I de l'univers. Quand on en vient là, les 1rs et les frères ne sont plus rien. Ce peuple répandu |)ar toute la (erre sous le nom d'ails. Ue vous dire précisément comme il est , c'est une chose îriipossible : en certain pays M blanc ; en d'autres pays il est noir. I,'Aur ne dédaignoit pas d'en faire partie. Ce 1 étoil mon amant devant que de m'épouser : le qui vous étonneroit si vous saviez comme (gouverne le monde , c'est qu'il l'éloit même '; mais il ne l'est plus.
fr>. Ce mol •'Fmploir pru duti cr ten.