LIVRE II
pas un petit ornement pour votre cour. Ne craignez point que les autres lui portent enyie : il y a trop d'inégalité entre ses charmes et les leurs. La plus intéressée c'est ma mère , qui y consent. '";
Jupiter se rendit à ces raisons, et accorda è TAmour ce qu'il demandoit. U témoigna qu'il apportoit son consentement à l'apothéose, par une petite inclination de tôte qui ébranla légèrement l'univers , et le fit trembler seulement une demi-heure.
Aussitôt l'Amour fit mettre les cygnes à son char, descendit en terre, et trouva sa mère qui elle-même iaisoit office de Grâce autour de Psyché , non sans lui donner mille louanges et presque autant de baisers. Toute celte cour prit le chemin de l'Olympe , les Grâces se promettant bien de danser aux noces.
Je n'en décrirai point la cérémonie, non plus que celle de l'apothéose : je décrirai encore moins les plaisirs de nos époux ; il n'y a qu'eux seuh qui pussent être capables de les exprimer. Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu'on la vit. On lui a bâti des temples sous le nom de la Volupté.
O douée Volupté , tain qui» dès notre eoGmoe, Le fifre et le mourir nous de? ieodroient égaux ; Aimant nnirenel de tous les animaux , Que tu sais attirer afeoque fioleDee!
Par toi tout se ment ici-bas.
C'est pour loi , c'est pour tes appas ,
Que nous courons après la peine :
U n'est soldat , ni eapiUiine , Ni ministre d'état , ni prince , ni sujet ,
Qui ne t'ait pour unique objet.
Nom autres nourrisMus , d , pour fruit de nos veiBes, Un bruit délideux ne cbarmoit nos oreilles. Si nous ne nous sentions cliatouillés de ce son.
Ferions-nous un mot de chanson ?
Ce qu'on appelle gloire en termes magnifiques, Ce qui ser?oit de prix dans les jeux olympiques , N'est que toi proprement , diîine Volupté. Et le plaisir des sens n'est-il de rien compté ?
Pourquoi sont faits les dons de Flore »
Le Soleil couchant et l'Aurore,
Pomone et ses mets délicats ,
BaechuB , l'ame des bons repas ,
Les forêts , les eaux , les prairies ,
Bières des douces ré? eries ?
Pourquoi tant de beaux-arts , qui tous sont les enflints ? Mab pourquoi les Chloris aux appas triomphants.
Que pour maintenir ton conunerce?
J'entends innocemment : sur son propre désir
Quelque rigueur que l'on exerce ,
Encore y prend-on du plaisir.
Volupté , Volupté , qpi fus jadis maltresse
Du plus bel esprit de la Grèce , Ne me dédaigne pas , viens4'en loger ches moi ;
Tu n'y seras pas sans emploi ; J'aime le jeu , l'amour, les livres , la musique , La tille et la campagne , enfin tout ; il n'est rien
Qui ne me soit sou?erain bien , Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Viens donc ; et de ce bien , 6 douce Volupté , Veux-tu savoir au vrai la oiesure certaine? n m'en Giut tout au moins un siècle bien compté ; Car trente ans ce n'est pas la peine.
Polyphile cessa de lire. 11 n'avoit pascru pouvoir mieux finir que par l'hymne de la Volupté , dont le dessein ne déplut pas tout^-fait à ses trois amis.
Après quelques courtes réflexions sur les principaux endi'oits de l'ouvrage : Ne voyezvous pas, dit Ariste, que ce qui vous a donné le plus de plaisir, ce sont les endroits où Polyphile a tâché d'exciter en vous la compassion?
Ce que vous dites est fort vrai , repartit Acanthe , mais je vous prie de considérer ce gris de lin , ce couleur d'aurore » cet orangé, et sur-tout ce pourpre , qui environnent le roi des astres. En effet, il y avoit très long-temps que le soir ne s'étoit trouvé si beau. Le Soleil avoit pris son char le plus éclatant et ses habits les plus magnifiques.
n sembloit qu'il se fût paré Pour plaire aux fiUes de Nérée; Dans un nuage bigarré n se coucha cette soirée.
L'air étoit peint de cent couleurs :
Jamais parterre plein de fleurs N'eut tant de sortes de nuances.
Aucune Tapeur ne gâloit , Par ses malignes influences , Le plaisir qu'Acantbe guûtoit.
On lui donna le loisir de considérer les dernières beautés du jour : puis, la lune étant en son plein , nos voyageurs et le cocher qui les conduisoit la voulurent bien pour leur guide.
riH DES AMOOaS DE PSVCBÉ.
ADONIS
POËME. — 4669