RELATION D*UNE FÊTE DONNÉE A VAUX
22AOOT166I.
Si tu ^ n'as pas reçu réponse à la lettre que :u m*as écrite 4, ce n'est |)as ma fiiute; je t*en
■ Anne d'Autriche . mère do roi. Elle roounit cinq ans aprii. ie 90 janvier 1666 . à l'â;^ de soixante-quatre ans.
« 11 s*a^it pniltahlenient de quelque pi«fce composa pour ma- Ume Fouquet . daiM lai|uelle La Fontaine s'étoit mépris sur le lOiiilire des enfants «iii'elle a>oit.
I V4R. 11 y a roHs (Kir-Unit dans Ica manuscrits de Tallemant les Réaiix ; niaU le jiillct autograplie adressé à de Maiicroii , Jont nous sommes iMMues^enr. prouve que La Fontaine tuioyuit non ami . et que la leçrai vous n'est |mu bonne.
4 De Maucroix éC4iit alun à Rome ; il s'y étoil rendu . sous le Guix nom d'abbé de Crusy, pour n'mplir une mlMlon secrète |iie Fouquct lui avoit doimée. Il e:it écrit . en marge des numu* Krits de Tallemant des Réaux. cette noie sur de Maucroii x I Le snrintendant raToll CBrnyé à Rome comme ami de Pd-
dirai une autre fois la raison , et je ne t'entretiendrai pour ce coup-ci que de ce qui regarde M. le surintendant : non que je m'engage à t'envoyer des relations de tout ce qui lui arrivera de remarquable ; l'entreprise seroit trop grande, et en ce cas-là je le suppUerois très humblement de se donner quelquefois la peine de faire des choses qui ne méritassent point que l'on en parlât , afin que j'eusse le loisir de me reposer. Mais je crois qu'il y seroit aussi empêché que je le suis à présent. On diroit que la Renommée n'est faite que pour luiaeol» tant il lui donne d'afTaircs tout à-la-fois. Bien en prend à cette déesse de ce qu'elle est née avec cent bouches ; encore n'en a-t-ellepas la moitié de ce qu'il faudroit pour célébrer dignement un si grand héros; et je crois que, quand elle en atiroit mille , il trouveroit de quoi les occuper toutes.
Je ne te conterai donc que ce qui s'est passé à Vaux le i7 de ce mois\ Le roi, la reine-mère. Monsieur, Madame, quantité de princes et de seigneurs, s' y trouvèrent : il y eut un souper magnifique , une excellente comédie , un ballet fort divertissant , et un feu qui ne devoit rien à celui qu'on fit pour l'entrée'.
Tons les sens furent enchantés ; Et le n^al eut des beautés Dignes du Heu , dignes du maître , Et dignes de leurs majestés.
Si quelque chose pouroit l'être.
On commença par la promenade. Toute la cour regarda les eaux avec grand [>laisir. Jamais Vaux ne sera plus beau qu'il le fut cette soiréelà , si la présence de la reine ne lui donne encore un lustre qui Hjj^ritablement lui manquoil^ Elle
lisson. > Toyex le Remfil des déftntes de Fouqwt, In-fS, t. ni . p. 366. 368. 382; t. VUI (ou 1 111 de la continuatioa) , p. 117 à 140; et la Fie de François de Maucroix , ûam les Nouvelles OEuvres diverses de J. de La Fontaine, ino, in-8o. p. 183.
* Loret ( Muse historique. Ut. XIl, p. 129. lett iiiiii , en date du 20 auAt) noiu a|iprcnd que ceUc fête eut lieu un mercmli. Pour len i^clairebiieinenti qui y sont rclaUb , on doit cnnsultiT Y Histoire de la rie et des ouvrages de J. de La /Ymlaine , troisième édition, 1824. ln-8o. p. 70. FouquetaTOltd<|a traiti^ la camt à Vaux daai le nKiLs de juin préc<*denL On j avoit juué V École des Maris de Molière. La reine d'Angleterre. MOiisiELB et MiDiVB, t>e trouvoieut i cette fétc; nialsle ml n*yét»it pas. Voyez la ^lueAùfoii^Mede Loret, Ut. XII. p.129.
• C*esl-A-dire l'entrée de la reine , qui a été le si^t de la lettre à Fomiuef .
> Sur ee pasuf^e le» nuniiscrita de Tallemant des R^aui con<
Gil)
ŒUVRES DIVERSES
ëtoit demeurée ù Fontainebleau pour une aflaire fort importante : tu vois bien que j*entends parler de sa {][l*ossesse^ Gela lit qu*on se consola , et enfin on ne pensa plus qu'à se réjouir. II y eut grande contestation entre la cascade, la gei'be d*eau , la fontaine de la couronne , et les animaux, à qui plairoit davantage; les dames n*en firent pas moins de leur part.
Toutes entre elles de lieauf é Gontesliiirent aussi , chacune t sa manière : La reine avec ses fils * contesta de bonté; Et Madame' , d'éclat arecque la lumière.
Je remarquai une chose à quoi peut-être oh ne prit pas garde ; c'est que les nymphes de Vaux eurent toujours les yeux sur le roi : sa bonne mine les ravit toutes, s*il est permis d'user de ce mot en parlant d*un si grand prince.
Ensuite de la promenade on alla souper. La délicatesse et la rareté des mets furent grandes; mais la grâce avec laquelle monsieur et madame la surinlenclante firent les honneurs de leur maison le fut encore davantage.
Le souper fini , la comédie eut son tour : on avoit dressé le théâtre au bas de l'allée des sapins.
Kn cet cudroit , qui n'est pas le moins beau De ceux qu'enferme un lieu si délectable , Au pied de ccf sapins et sous la grille d'eau.
Parmi la rraleheur agréable Des fontaines, de« bois» de l'ombre, et des zéphyrs ,
Furent préparés les plaisirs
Que l'on goûta cette soirée.
De feuillages loulTus la scène étoit parée.
Et de cent llanibcaiii éclain^; :
Le ciel eu fut jaloui. Enfin figni-c-toi
Que , lorsqu'on eut lire les toiles , Tout conil)attii à Vaux pour le plaisir du roi : La niu.si(iuc , les eaux , les lustres , les étoiles.
Les décorations furent magnifiques , et cela ne se passa pas sans musique.
On ?it des rocs s'omrir, des termes se mouTOir, Et sur son piédestal tourner mainte figure.
Deux enchanteurs pleins de savoir
Firent tant , par leur imposture.
Qu'on crut qu'ils avoient le pouvoir
tiennent la nute suivante : • Le roi avoit ileinnudé encore une fête iKHir les rclevaillw de la reine. »
' Coll»; deriii«'ro ithraso n'est pas dans Tallcinant des Kéanx.
•C'e!>t-à-dirr la reine-mère. Ses Hls étoient le roi et Monsiel'I.
3 Henriette d'Angleterre, inariin: à Monsieir seulement depuis (|neliines iimis.
De commander à la nature.
L*un de ces enchautenra est le fiein* Torellî ■ , Magicien expert et fàiaeur de mirades; . Et l'autre c'est Le Brun*, par qui Vaox embelli Présente aux regardants mille rares spectacles: Le Brun dont on admire et l'esprit et la main, I Père d'inventions agréables et belles, ; Bival des Raphaéls, successeur des Apelles, [ Par qui notre climat ne doit rien ao romain. Par ra?is de ces deux la chose fut réglée.
D'abord aux yeux de l'assemblée
Parut uQ rocher si bien fait ,
Qu'on le cnit rocher en effet , Mais, insensiblenieDt se changeant en coquille S 11 en sortit une nymphe gentille
QdI ressembloit à la BéjarM,
Nymphe excellente dans son art.
Et que pas une ne surpasse.
Aussi rédtart-ellc avec beaucoup de grâce Un prologue, estimé l'un des plus accomplis
Qu'eu ce genre on pût écrire ,
£t plus beau que je ne dis ,
Ou bien que je n'ose dire;
Car il est de la façon
De notre ami Pellisson >.
Ainsi , bien que je l'admire ,
* Jacfiues ToreUi naquit en IG08, et étoit un çentiS de Faiio , en Italie • où il nionrut en 1678 , aprrs y »u struit un magnifique théâtre. Louis XIV l'avoit atliréenF et c'est k la cour de ce monanpie qu'il fit iUi fortune.
> Charles Le Bnm . né à Paris le 2 mars I6f9. luiTt • même ville ie 26 juin iGOÙ. Le chancelier Sé^riiier (ul^ mler protecteur; main FûU(|uet, habile à discoru-T î é;eiiresde mérite , attacha I.e Brun à son yervîee, en Ir^i douze mille livres de iK*iislon . outre le (joieiiM^nt âe vragrs. Ce furent les enibcliisscuicnts qu'il fit k Vaui. la maison de Fou«iuet à Saint-Maiulé , (|ui U: firent c>xi; Mazariu , à la rcinc-mère . et au ixû . rt qui devizut-bt b de sa faveur et dv. sa fortune. Voyez le^ ries df* ; peintres du roi, par Lt^picié. t. I. p. 4. -2« H » Hommes illuAlrcs de Perrault, 1G96 . iii-fulio. p. 91.
J Une des choses «pii clianna le plus dans cttte hl'i îii quille dont parle ici I^ Fontaine , ei la Bêjarl qui in ^r iante d'attraits et de gracias. On fit dans le tcuqi^ unri sur ce 8iijet , qui se teruiinuil aiiLsi :
Peut-on voir nymphe plus geiitilift
Qu'ctoit Kéjarl l'aulro jour.
Lorsqu'on vit ouvrir ra coquille?
Toul le nionilr (li«oil à l'rntour, ljon<qu*uii vit ouvrir na coquille :
Voici \» ini'red'Amuur.
Ffcnril ir.nnutcrit ,1e chansons hislori^fm^t e;r in-fo!io, t. IV, p. ,85.
4 Armaiido-drésimle-Clainî- Elisabeth B.jarl, jclric Uunno lie MolU:rc : c • dernier li-poiiisa |o 2ii fi \rier IK'J la UH.rt «le eut honime illustre, file .st> iiiari.i j unxl'. trouiK.', iiouinii^ Gu« rin d'ICsiiiclu^, sans talent . «»«<' sans esprit, sans fiRure. Elle quitta le IhL^àtrc en IG9i.^ mt le .1 octobre.! 700.
» Le prologue de la coniMie des Fdeheujc fut cwur^ Pellisson, et se trouve dans ses €MEuvre*.
LETTRES A DIVERS
Se m'en tiini poifqii'il n'ett pas permis De louer ses amis'.
^ Dans ce prologue , la Béjart , qui représente I b nymphe de la fontaine où se passe cette action , commande aux divinités qui lui sont sou- ' mises de sortir des marbres qui les enformeut» ' et de contribuer de tout leur pouvoir au divertissement de sa majesté : aussitôt les termes et les statues qui font partie de l'ornement du théâtre se meuvent, et il en sort, je ne sais comment, des founes et des bacchantes qui font Tune des entrées du ballet. C'est une fort pbinnte chose que de voir accoucher un terme, et danser Tenfant en venant au monde. Tout cela fiiit place à la comédie , dont le sujet est un iiomme arrêté par toutes sortes de gens, sur le point d*aller à une assignation amoureuse \
C'est an oufrage de Molière'.
Cet écrifaio , par sa manière , Cbarme à présent toute la cour.
De la façon que son nom court , n doit être par-delà Rome 4 :
J'en sub raTi, car c'est mon liomme.
Te souTient-il bien qu'autrefois Noos afons conclu d'une ^oii Qu'il alloit ramener en France Le l)on goût et l'air de Téreoce?
Plaute n'est plus qu'un plat boafliMi , Et jamais il ne fit si bon Se trouver A la comédie; Car ne pense pas qu'on y rie De maint trait jadis admiré, Et lion m iLLO Tnroai' :
Nous a? ons changé de méthode :
Jodelet' n'est plus à la mode ,
■ Ces Iroès dnniert Tcrt ne soBt pas dans les mannscriti de TaDemant de* Réaux.
*Lét Fdfheux, comédie de IloUère, oooçue. frile, et apprise pour œUe fête, dans l'e^Moe de quinte joun; depub Jouée à Paris, le 4 norerabre 1661. EUe rai quarantfrqoatre représenUtioos. et fut imprimée en lévrier 1662. Cette comédie ftat le premier exemple des comédies- ballets et des pièces à tiroir.
> U j a. en niante des manoicrits de Tallemant des Beaux ^ cette notft anjounl'hul curieuse sur Molière : ■ Le chef de là troupe des comédinM de Monâieur, où ert la B<iart.
4 Où de Maucrolx éloit alors.
* Les quatre vert qui suivent ne sont pas dans les ounoscrits de Tallemant dm lléaux.
• Penoonaf^ dimt le type a étéempnmté an Ibéitre espaimol . et qui (ut mU plusieum Cniii wr la setee fraoçoise avec ■occès. ScarruQ douu d'abonlJMfWW . ou /« Maitre vatet, en 1643: d'Ouville. Jodeiei aUrotogue , en 1646; .Scarroo, la même année. JodeiH émeilisU; Thomas ComaiUe, yod^ef prinre, en I6S8; et BréoooH. ia ftinU wuri éê Jodeitt, en I6M: iiiab cette mort ne Atf pas IHnte . car celle pièce en*
Et maintenant il ne CBut pas Quitter la nature d'un pas*.
On avoit accommodé le ballet à la comédie, autant qu'il étoit possible , et tous les danscui*s y repœsentoicnt de fikheux de plusieurs manières : en quoi certes ils ne parurent nullement âcheux à notre égard; au contraire, on les trouva fort divertissants, et ils se retirèrent trop tôt au gré de la compagnie. Dès que ce plaisir fut cessé, on courut à celui du feu.
Je voodrois bien t'écrire en vers Tons les artifices divers De ce feu le plus beau du monde , Et son combat avecque l'onde.
Et le plaisir des assistants.
Figure-toi qn'en même temps On vit partir mille fusées , Qui, par des routes embrasées, Se filment toutes dans les airs Un chemin tout rempli d'éclairs, (assaut la nuit , brisant ses toUcs.
Aa>tn TU tomber des éloQes?
Tel est le sillon enflammé , Ou le trait qni lors est fonné.
Parmi ce spectacle si rare , Figure-toi le tintamarre , Le fracas, et les sifOemenls, Ç^'on entendoit à tous moments.
De ces colonnes embrasées Il renaissoit d'autres fusées, Ou d'autres formes de pétard , On quelque autre effet de cet art ; Kl l'on voyoit régner la guerre Entre ces enfints dn tonnerre.
L'un contre l'autre combattant , Voltigeant , et pirouettant , Faisant on bniit épouvantable.
C'est-è-dire un bruit agréable.
Figure-loi que les écbtis N'ont pas im moment de repos , Et que le chSBnr des néréides S'enfUt sons set grottes humides.
De ce bruit Neptune étonné Eût craint de se voir détrôné , Si le monarque de la France
nuya; et, comme le dit La Fontaine. Holiére fit ckanger la roude . et chasu Jodriet du théitre.
• 11 e»t curieux d'oppotier i ce ju/(ement |irophétique la ma« ni^re fniide et dédaiimeuae avec laiiuelle n'eipriroolt . sur le compte de Holiére . un homme du monde qui écrivoit vers ce tempA. ne» MMiveiiin pour lui-même ou pour tes amis. Je veux parler de Tallemant dm Rt'aux. Tallemant le trompe sur la Bt'jart. (|nl. i l'époque dont il parle, n'étoit pas celle que Molière éfiousa , mab sa sœur; erreur qui n'infirme pas le reste du récit de Tallemant C'est le seul témoignage contemporain sor la jeunesse de notre grand comique; et ceux qui ont écrit snr lui des notices ou des biographies n'en ont pas MnU toute rimportanre.
CEUVRES DIVERSES.
N'eûl nnuré, par m prtMnw,
Ce dieu det moites tribaimi ,
Qui crut que le« àieat inferoaiu
Venoieiil damier de* sérénadet
A qaelqim nnn des ailsdei.
Enfin , It peur l'aïuit qnitU ,
n nluiM tnajalé:
Je n'ea tù rien, mais il D'Importé.
Le raconter de celte Mirle
EtI lonjoanboo; el, quant) toi
Ne t'en liiUi piM on poial de M.
A,u bruit de ce feu suœéda celui des tambours; car, le roi voulant s'en retourner à Fontainebleau celte même nuit, les mousquetairesétoient commandes. On retourna donc au château, où la collation étoit préparée. Pendant le chemin, tandis qu'on g'entretenoit de ces choses, et lorsqu'on ne s'attendoil plus à rien , on vit en un moment le del obscurci d'une épouvantable nuée de fusées et 4e serpenteaux. Faut-il dire obscurci ou éclaire ? Gela partoit de la lanterne du ddme : ce fut en cet endroit que la nuée creva d'abord. On crut que tous les - astres, grands et petits, étoienl descendus en terre, afin de renâre hommage à Madame; mais l'orage étant cessé, on les vit tous en leur place. La catastrophe de ce fracas fut la perte de deux chevaux.
Ce» cheraoi qni jadis un oarroHC ttrireat , Et tirent maÎDlenantia turque de Caron,
Dans lea towë» de Vaux tombèrent ,
El puis de là dam l'AcMran.
Ils étoient attelés à l'un des carrosses de la reine; et s'«iant cabrés à cause du feu et du bruit, il fui impossible de les retenir. Je ne croyois pas que cette relation dût avoir une fin si tragique et si pitoyable'. Adieu. Charge ta mémoire de toutes les belles choses que tu verras au lieu oit tu es *.