‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 69 sur 670 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

ioiicba son cunp de morts; on vit presque détruit Vott' desGrecs ; et ce fut l'oayrage d'une nuit. Tel encore autour de sa tente Ajax, à rame impatiente , De montons et de boucs fit un vaste déMs, Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse Et les auteurs de Tiiyustice Par qui l'autre emporta le prix.

Le renard y autre Ajax* aux volailles funeste, Emporte œ qu'il peut, laisse étendu le reste. Le maître ne trouva de recours qu'à crier Contre ses gens , son chien : c'est l'ordinaire usage. Ah ! maudit animal , qui n'es bon qu'à noyer, Que n'avertissols-tu dès l'abord du carnage? — Que ne l'éviUez-vous ? c'eût été plus tôt fait : Si irous , maître et fermier, à qui touche le fait , Donnez sans avoir soin que la porte soit close , Voulez-vous que moi , chien , qui n'ai rien à la chose , Sans aucun intérêt je perde le repos ? Ce chien parloit très à propos :

Son raisonnement pouvoit être Fort bon dans la bouche d'un maître ; Mais, n'étant que d'un simple chien.

On trouva qu'il ne valoit rien :

On vous sangla le pauvre drille.

Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille CEt je ne t'ai jamais envié cet honneur), [erreur. Tattendre aux yeux d'autrui quand tu dors , c'est CoQche-toi le dernier, et vois fermer ta porte.

Que si quelque afhire t'importe,

Ne la fais point par procureur.

FABLE IV

Le Songe d'un Habitant du BiogoL

Jidis certain Mogol vit en songe un vlsv Aqx champs élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu'infiui , tant en prix qu'en durée : Le méîne songeur rit en une autre contrée

Un ermite entouré de feux , Qui toochoit de pitié même les malheureux. Le cas parut étrange , et contre l'ordinaire : Mioos en ces deux morts sembloit s'être mépris. Le donneur s'éveilla, tant il en fut surpris.

dbo. pour ▼«gerroutnge fait à aoominiilre.einroya dans le eanp des Grecs la peste et la mort. ( Uiad,, I. )

> L'armée. Vieux mot Ott pour armée est encore en usage ai proTcnçal et en langoedocien. Voltaire s'est serrl de ce mot dasoeTerst

Vtt éf AafUb Am aait ils tiavcnèraai.

• AJax,après«Toir disputé les armes d*AdiiUe sans pouvoir leioblenîr.seieta, dansunaccèsde rage, sur un troupeau qu'il mmtêen, croyant y Yolr les Grecs qui aroient prononcé contre lui.

Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,

Il se fit expliquer l'affoire.

L'interprète lui dit : Ne vous étonnez point; Votre songe a du sens ; et , si j'ai sur ce point

Acquis tant soit peu d'habitude , C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour. Ce visir quelquefois cherchoit la solitude; Cet ermite aux visirs alloit faire sa cour.

Si j'osois ajouter an mot de l'mterprète, J'inspirerois ici l'amour de la retraite : Elle offre à ses amants des biens sans embarras , Biens purs , présents du ciel , qui naissent sous les pas. Solitude , où je trouve une douceur secrète , Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais. Loin du monde et du bruit , goûter l'ombre et le frais ! Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ! Quand pomront les neuf sœurs , loin des coors et des villes, M'occuper tout entier, et m'apprendre des deux Les divers mouvements inconnus à nos yeux. Les noms et les vertus de ces clartés errantes Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ! Que si je ne suis né pour de si grands projets , Du moins^iue les ruisseaux m'offt^nt de doox objets ! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie ! La Parque à filets d'or n'ourdûra point ma vie. Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? En est-il moins profond, et moins plein de délices? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts. J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

FABLE V

Le Lion , le Singe, et les deux Anes,

Le lion, pour bien gouverner,

Voulant apprendre la morale ,

Se fit, un beau jour, amener Le singe , ma!tre-ès-arts diez la gent ammaie. La première leçon que donna le régent Fut celle-ci : Grand roi, pour régner sagement,

n faut que tout prince préfère Le zèle de l'état à certain mouvement

Qu'on appelle communément

Amour-propre; car c'est le père,

C'est l'auteur de tous les dé&uts

Que l'on remarque aux animaux.

Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitte ,

Ce n'est pas chose si petite

Qu'on en vienne à bout en un jour :

C'est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.

Par-là , votre personne auguste

FABLES

N'admettra jamais rien en soi

De ridicule ni d'injuste.

Donne-moi, repartit le roi ,

Des exemples de l'un et l'autre.

Toute espèce y dit le docteur,

Et je commence par la nôtre, Toute profession s'estime dans son cœur,

Traite les autres d'ignorantes ^

Les qualifie impertinentes ; Et semblables discours qui ne nous coûtent rien. L'amour-propre, au rebours, fait qu'an degré suprême On porte ses pareils ; car c'est un bon moyen

De s'élever aussi soi-même.

De tout ce que dessus j'argumente très bien Qu'ici-bas maint talent n'est que pure grimace , Cabale , et certain art de se faire valoir, Mieux su des ignorants que des gens de savoir.

L'autre jour, suivant à la trace Deux ânes qui, prenant tonr-à-tour l'encensoir, Se louoient tour-à-tour, comme c'est la manière , J'ouis que l'un des deux disoit à son confrère : Seigneur, trouvez-vous pas bien injuste et bien sot L'homme, cet animal si parfait? Il profane

Notre auguste nom, traitant d'âne ^ Quiconque est ignorant, d'esprit lourd, idiot:

Il abuse encore d'un mot. Et traite notre rire et nos discours de braire. Les humains sont plaisants de prétendre exceller Par-dessus nous ! Non, non; c'est à vous de parler,

A leurs orateurs de se taire :

Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :

Vous m'entendez, je vous entends ;

Il sufiit. Et quant aux merveilles Dont votre divin chant vient frapper les oreilles , Philomèle est, au prix, novice dans cet art : Vous surpassez Lambert '. L'autre baudet repart : Seigneur, j'admire en vous des qualités pareilles. Ces ânes, non contents de s'être ainsi grattés*,

S'en allèrent dans les cités L'un l'autre se prôner : chacun d'eux croyoit faire, En prisant ses pareils, une fort bonne affaire , Prétendant que l'honneur eu reviendroit sur lui.

J'en connois beaucoup aujourd'hui,

«Michel Lambert» musicten célèbre, beau -frère de Lulli, maitre de mtuiqae de la chapelle du roi , né en 1610 . et mort en 1G96 à quatre-Ylngt-six ans, plus connu aujourd'hui par deux vers de Boileau et par cet hémistiche de La Fontaine, que par ses œuvres in-folio gravées en I6S6 et en 1688.

a Ce Haei et Sagon te joaent ;

Par écrit Tun Tantre te loaent ,

Et lemblent (Unt il» t'eatoc-ttattcnt)

Deux vieux ine» qui t^tnUt'graUênt.

Hauot, EpUrts, lti, t. II , p. i^, éditi 1731, ifl'ia.

Non parmi les baudets , mais parmi les poissancci, Que le ciel voulut mettre en de plus hauts degrés, Qui changeroient entre eux les simples exœDcooes,

S'ils osoient, en des majestés. J'en dis peut-être plus qu'il ne faut, et suppose Que votre majesté gardera le secret.

Elle avoit souhaité d'apprendre quelque trait

Qui lui fit voir, entre autre chose , L'amour-propre donnant du ridicule anx gens. L'injuste aura son tour : il y £aut plus de temps. Ainsi parla ce singe. On ne m'a pas sa dire S'il traita l'autre point, car il est délicat; Et notre maltre-^-arts*, qui n'éloit pas un fiit ', R^ardoit ce lion comme un terrible sire.

FABLE VI

Le Loiip et le Renard.

Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde on point , C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie? J'en cherche la raison, et ne la trouve point. Quand le loup a besom de défendre sa vie,

Ou d'attaquer celle d'autrui,

N'en sait-il pas autant que lui?

Je crois qu'il en sait plus; et j'oserois peut-être Avec quelque raison contredire mon maitre. Voici pourtant un cas où tout l'honneur échut A l'hôte des terriers. Un soir il aperçut La lune au fond d'un puits : l'orbiculaire image

Lui parut un ample fromage.

Deux seaux alternativement

Puisoient le liquide élément :

Notre renard, pressé par une faim canine. S'accommode en celui qu'au haut de la machine

L'autre «eau tenoit suspendu.

Voilà l'animal descendu,

Tiré d'erreur, mais fort en peme ,

Et voyant sa perte prochaine :

Car conmient remonter, si quelque autre affomé.

De la même image charmé,

Et succédant à sa misère, Par le même chemin ne le tiroit d'afifoû^? Deux jourss'étoientpassés sans qu'aucun vlntaupoit Le temps, qui toujours marche, avoit pendant den

Echancré, selon l'ordinaire, [nui

De l'astre au front d'argent la face circulaire. Sire renard étoit désespéré.

Compère loup, le gosier altéré , Passe par-là. L'autre dit : Camarade , Je vous veux régaler : voyez-vous cet objet? C'est un fromage exquis. Le dieu Faune Ta fait:

>Un insensé, un homme sans jugement. C'est le fatum é Latins. Ce mot ne se prend plus guùrc dans ce sens.

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