MADAME DE LA MÉSANGÈEB
Aimable fille d'une mère qui seule * aujourd'hui mille cœurs font la cour, tns ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire , i quelques uns encor que vous garde l'amour,
Je ne puis qu'en ^ cette préface
Je ne partage entre elle et vous n peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse, t qne j'ai le secret de rendre exquis et doux.
Je vous dirai donc... Mais tout dire ,
Ce seroit trop; il faut choisir,
Ménageant ma voix et ma lyre, lî bientôt vont manquer de force et de loisir. louerai seulement un cœur plein de tendresse. Si nobles sentiments, ces grâces, cet esprit: DOS n'auriez en cela ni maître ni maltresse , ins œDe dont sur vous l'éloge rejaillit'.
Gardez d'en\ironner ces roses
De trop d'épines , si jamais
L'Amour vous dit les mêmes choses :
Il les di^mieux que je ne fois ; ussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
A ses conseils. Vous l'allez voir.
■ ThéocrUe , idyOe xuii.
• Madame de La Mésangère étoit la fille de madame de La Mère. C'eat elle que FonleneOe désigne sooi le nom de la arquUe dans son ouvrage intitulé de la Pluralité de* mon- '4. Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La miatne, 3« édit.. p. 372.
i Dd ooounentaleur demande s Pourquoi le poète dit^il à qui uUT Je réponds : Parceqo'ilon madame de La Sablière , enre dans Tâge de plaire, s'étoit retirée du monde, et étoit liée à la dévotion. Voyez l'Histoire de ta vie et des ouvrages lean de La Fontaine» in^. 5e édit. . p. 55S à 546. I Latinisme : yon possum quin. Madame de SéTigné comsioe ainsi une de ses lettres ( 12iiTrier 1672, L n, p. 324) : le ne pois, ma chère fille . qu'être en peine de vous. > ( Cett-à-dire sans votre mère. Le reconnoissant La Fontaine ce tocUoors madame de La Sablière ao^essos de toutes les femmes.
Jadis une jeune merveille Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir :
On Tappeloit Aleimadure : Fier et farouche objet, toujours courant aux bois. Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure,
Et ne connoissant autres lois Que son caprice; an reste , égalant les plus belles ,
Et surpassant les plus cruelles; N'ayant trait qui ne plût , pas même en ses rigueurs : Qudle l'eùt-on trouvée au fort de ses feveors ' ! Le jeune et beau Daplmis, berger de noUe race, L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce Ni le moindre regard , le moindre mot enfin , Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain. Las de continuer une poursuite vaine.
Il ne songea plus qu'à mourir.
Le désespoir le fit courir
A la porte de l'inhumaine.
Hélas! ce fut aux vents qu'il raconta sa peine;
On ne daigna loi faire ouvrir Cette maison fetale , où , parmi ses compagnes, L'ingrate , pour le jour de sa nativité *,
Joignoit aux fleurs de sa beauté Les trésors des jardins et des vertes campagnes. J'espérois, cria-t-il , expirer à vos yeux;
Mais je vous suis trop odieux, Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste Vous me refusiez même un plaisùr si funeste. Mon père, après ma mort, et je l'en ai chargé j
Doit mettre à vos pieds l'héritage
Que votre cœur a négligé.
Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage.
Tous mes troupeaux, avec mon chien;
Et que du reste de mon bien
Mes compagnons fondent un temple
Où votre image se contemple, Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment. J'aurai près de ce temple un simple monument :
On gravera sur la bordure :
« Daphnis mourut d'amour. Passant , arréte-toi , « Pleure , et dis : Celui-ci succomba sous la loi
« De la cruelle Aleimadure. »
A ces mots, par la Parque il se sentit atteint: Il auroit poursuivi; la douleur le prévint.
> C'est-À-dire , si on la trooToit aimable , même en ses risueurs. combien Teût-elle paru davanta$e à ceux qu'elle auroit comblés de ses faveurs !
* Le mot nativité ne s'emploie plus guère que dans le style de liturgie ; mais il n'en étoit pas ainsi du temps de La Fontaine. Saint-Évremond a dit aussi :
Ponr faire la solemoilé D« M «Mille nativité.
Voyez encore à ce si^et Micot, Tkrésor de la langue franroyse , p. 42S . an mot Naistre.
FABLES
Son ingrate sortit triomphante et parée.
On voulut, mais en vain, Tarrêter un moment
Pour donner quelques pleurs au sort de son amant:
Elle iusalta toujours au ûls de Gythérée,
Menant dès ce soir même, au mépris de ses lois,
Ses compagnes danser autour de sa statue.
Le dieu tomba sur elle, et l'accabla du poids:
Une voix sortit de la nue, Écho redit ces mots dans les airs épandus : <c Que tout aime à présent : l'insensible n'est plus. « Cependant de Daplmis l'ombre au Styx descendue Frémit et s'étonna la voyant accourir.
Tout rÉrèbe entendit cette belle homicide S'excuser nu berger, qui ne daigna l'oufr Non plus qu'Ajax Ulysse', et Didon son perfide*.
FABLE XXVTI.
Le Jufje arbitre , VUospUaHer, et le Solitaire.
Trois sainls , également jaloux de leiv salut , P(Htés d'un même esprit , tendoient à même but. Ils s'y prirent tous trois par des roules diverses : Tous chemins vont à Rome; ainsi nos concuiTcnls Crurent pouvoir choisir des sentiers différents. L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses, Qu'en apanage on voit aux procès attachés, S'offrit de les juger sans récompense aucune. Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune. Depuis qu'il est des lois, l'homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie : La moitié! les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu'il viendroit à bout De guérir cette folle et détestable envie. Le second <le nos saints choisit les hôpitaux. Je le loue ; et le soin de soulager les maux Est une charité que je préfère aux autres. Les malades d'alors , étant tels que les nôtres, J)onnoient de rexercice au pauvre hospitalier ; Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse: « Il a pour tels et tels un soin particulier,
« Ce sont ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes n'éloienl rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit rap{)ointeur de débats : Aucun n'étoit content; la sentence arbitrale
A nul des deux ne conveitoit :
Jamais le juge ne tenoit
A leur gré la balance égale :
De semblables discours rebutoient raptK)inteur: Il court aux hôpitaux, va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que nmnnure. Affligés, et contraints de quitter ces emplois ,
• Hom.. Odytt., lib. XI , v. 565.
« Virgil.. JF.neid., lil». VI . v. 450.
Vont confier leur peine au silence des
Là, sous d*àpres rochers, près d'une soarce pore.
Lieu respecté des vents, ignoré du soleil,
Ils trouvent l'autre saint, lui demandent oonsen.
Il faut, dit leur and, le prendre de soinmAme.
Qui , mieux que vous, sait vos besoins? Apprendre à se connoltre est le premier des soim Qu'impose à tout mortel la majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le inonde habité? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité: Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez l'eau : vous y voyeas-vous?
Agitez celle-ci. — Conmient nous verrions-nous?
La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer,
Vous verrez alors votre image.
Pour vous mieux contempler, demeurez au désert.
Ainsi parla le solitaire.
Il fut cru; l'on suivit ce conseil salutaire.
Ce n'est pas qu'un emploi ne doWe être souffert. Puisqu'on plaide et qu'on meurt, et qu'on devient nu- II faut des médecins, il faut des avocats; [lade, Ces secours , grâce à Dieu , ne nous manqueront pu: Les honneurs et le gam , tout me le persuade. Cependant on s'oublie en ces communs besoins. ! O vous , dont le ppblic emporte tous les soins,
Magistrats, princes, et ministres.
Vous (lue doivent troubler mille accidents sinislRi, Que le malheur abat, que le bonheur corrompt , Vous ne vous voyez point , vous ne voyez penoniK. Si quelque bon moment à ces pensers vous donne,
Quelque flatteur vous interrompt.
Cette leçon sera la fin de ces ouvrages : Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir ! Je la présente aux rois, je la propose afx sages: Par où saurois-je mieux finir ?