‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 93 sur 670 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Si bien qu'on jour qu'ils étoiem en devis, MinulolOy pour lors de la partie, Gomme en passant, mît dessus le tapis Certains propos de certaines coquettes , Certain mari, certaines amourettes, Qu*il ccmtrouva sans personne nommer; Et fit si bien que madame Catelle De son époux commence à s'alarmer, Entre en soupçon , prend le morceau pour elle. Tant en fut dit, que la pauvre femelle , Ne pouvant plus durer en tel tourment.

Voulut savoir de son défunt amant, Qu'elle tira dedans une ruelle.

De quelles gens il entendoit parier.

Qui , quoi, conmient, et ce qu'il vouloît dire. Voas avez eu , lui dit-il , trop d'empire Sur mon esprit , pour vous clissimuler. Votre mari voit madame Simonne; Vous comoîsaez la galante que c'est:

Je ne le dis pour offenser personne ; Mais il y va tant de votre intérêt , Qne je n'ai pu me taire davantage.

Si je vivois dessous votre servage , Comme autrefois, je me garderois bien De voos tenir un semblable langage, Qui de ma part ne seroit bon à rien.

De ses amants toujours on se méfie.

Vous penseriez que par supercherie Je vous diroia du mal de votre époux ; Mais , grâce à Dieu , je ne veux rien de vous : Ce qui me meut n'est du tout que bon zèle. ]>epuis un jour j'ai certaine nouA'elle Que votre époux , chez Janot le baigneur. Doit se trouver avecque sa donzelle.

Comme Janot n'est pas fort grand seigneur, Pour cent ducats vous lui ferez tout dire ; Pour cent ducats il fera tout aussi.

Vous pouvez donc tellement vous conduire , Qu'au rendcsfr-vous trouvant votre mari.

Il sera pris sans s'en pouvoir dédire.

Voici comment. La dame a stipulé Qu'en une chambre où tout sera fermé l/on les mettra , soit craignant qu'on n'ait vue Sur le baigneur; soit que , sentant son cas , Simonne eiicor n'ait toute honte bue.

Prenez sa place, et ne marchandez pas : Gagnez Janot ; doimez-lui cent ducats : 11 vous mettra dedans la chambre noire , Non pour jeûner, comme vous pouvez croire; Trop bien ferez tout ce qu'il vous plaira. Ne parlez point; vous gâteriez Fliistoire; Et vous verrez conune tout en ira.

L' expédient plut tr^s fort à Cnlellc.

De grand dépit Richard die interrompt.

Je vous entends, c'est assez, lui dit-elle, Laissez-moi faire; et le drôle et sa belle Verront beau jeu , si la corde ne rompt. Pensent-ils donc qoe je sois quelque buse ?

Lors pour sortir elle prend une excuse,

£t tout d'nn pas s'en va trouver Janot,

A qui llichard avoit donné le mot.

L'argent fhit tout : si Ton en prend en France

Pour obliger en de semblables cas ,

On peut juger ^vec grande apparence

Qu'en Italie on n'en refuse pas.

Pour tout carquois, d'une large escarœlle

En ce pays le dieu d'amour se sert.

Janot en prend de Richard , de Catelle;

Il en eût pris du grand diable d'enfer.

Pour abréger, la chose s'exécute

Comme Richard s'étoit hnaginé.

Sa maîtresse eut d'abord quelque dispute

Avec Janot qui fit le réservé;

Mais en voyant bel argent bien compté.

Il promet plus que l'on ne lui demande.

Le temps venu d'aller au rendez-vous,

Minutolo s'y rend seul de sa bande ;

Entre en la chambre, et n'y trouve aucuns trous

Par où le jour puisse nuire à sa flamme.

Guère n'attend : il tardoit à la dame

D'y rencontrer son perfide d'époux,

Bien préparée à lui dianter sa gamme.

Pas n'y manqua; l'on peut s'en assurer.

Dans le lieu dit Janot la fit entrer.

Là ne trouva ce qu'elle alloit chercher.

Point de mari , point de dame Simonne ,

Mais au lieu d'eux Minutol en personne,

Qui sans parler se mit à l'embrasser.

Quant au surplus je le laisse à i)enser :

Cliacun s'en doute assez sans qu'on le die.

De grand plaisir notre amant s'extasie.

Que si le jeu plut beaucoup à Richard,

Catelle aussi, toute rancune à part,

Ije laissa faire , et ne voulut mot dire.

Il en profite, et se garde de rire;

Mais toutefois ce n'est pas sans effort

De figurer le plaisir qu'a le sire,

Il me fau(bx)it un esprit bien plus fiirt :

Premièrement il jouit de sa belle ,

En second lieu il trompe ime cruelle,

Ta croit gagner les partions en cehi.

Mais à la fin Catelle s'emporta.

C'est trop souffrir, traître ! ce lui dit-^'lic -

Je ne suis fias celle (pic lu prétends.

CONTES ET NOUVELLES

Ladsse-oioî là, sîdod à belles denU Je te déchire et te saute à la Yoe.

C'est donc ceb que tu te tiens eo mue' ^ Fais le malade et te plains tous les jours. Te réservant sans doute à tes anM>urs?

Psarie, méchant , dis-moi, suis-je pourvue De moins d'appas , ai-je moins d'agrément , Moins de beauté, que ta dame Simonne ? Le rare oiseau ! ô la belle friponne ! T'aimois-je moins ! Je te hais à présent; Et plat à Dieu que je t'eusse vu pendre !

Pendant cela Ricliard pour l'apaiser

La caressoit , tâcfaoit de la baiser ;

Mais il ne put, elle s'en sut défendre.

Laisse-moi là ! se mit-elle à crier ;

Gomme un enfent penses-tu me traiter?

N'approche point, je ne suis plus ta femme;

Rends-moi mon bien : va-t'en trouver ta dame ;

Va , déloyal , va-t'en , je te le dis !

Je suis bien sotte et bien de mou paj-s

De te garder la foi du mariage !

A quoi tient-il que, pour te rendre sage.

Tout sur-le-champ je n'envoyé quérir

Minutolo, qui m'a si fort chérie?

Je le devrois afin de te punir ;

Et, sur ma foi, j'en ai presque l'envie.

A ce propos le galant éclata.

Tu ris, dit-elle : ô dieux! quelle insolence !

Rougira-t-il? Voyons sa contenance.

Lors de ses bras la belle s'échappa,

D'une fenêtre à tâtons approcha ,

L'ou^Tit de force , et fut bien étonnée

Quand elle vit Minutol son amant.

Elle tomba plus d'à-deini pâmée.

Ah! qui t'eût cru, dit-elle, si méchant!

Que dira-t-on? me voilà diffamée!

Qui le saura? dit Richard à l'instant :

Janot est sûr, j'en réponds sur ma vie.

Excusez donc si je vous ai trahie ;

Ne me sachez mauvais gré d'un tel tour :

Adresse , force, et ruse, et tromperie,

Tout est permis en matière d'amour.

J'étois réduit, avant ce stratagème,

A vous servir, sans plus, pour vos beaux yeux ;

Ai-je foiili de me payer moi-même?

L'miMS«»E-vou5fait? Non, sans doute; et les dieux»

Kfi éi0t r4*ufx>ntre ont tout fait pour le mteux.

Jif buib amicni : vous n'êtes point coupable :

I f ;>a-k-4irc 4|u« tu içardcf le Ut. oo que tu te liens en retraite. îj' iiuit miu, «o ancien îruittA», lignififiit el Ai^ifie encore tuui Kraiide «.aKe ou Vim mtiUM 1» toUuUcv dottinées a are m- KraltM^** , et w elle* fnuoUnt ou dianiçeoieiit de |iluina«e.

Est-ce de quoi paroltre incopsolaMe?

Pourquoi gémir? J'en connois, Diea mera. Qui voudroient bien qu*oa les trompât

Tout ce discours n'apaisa point GateDe; Elle se mit à pleurer tendrement.

En cet état eUe parut si belle, Que Minutol , de nouveau s'enflamroant, Lui prit la main. Laisse-moi, lui dit-elle; Contente-toi : veux-tu donc que j'appdle Tous les voisins , tous les gens de Janot? Ne foites point, dit-il, cette folie; Votre plus court est de ne dune mot : Pour de l'argent, et non par tromperie, ( Gomme le monde est à présent bâti , ) L'on vous croiroit venue en ce lieo-d.

Que si d'ailleurs cette supercherie AUoit jamais jtisqu'à votre mari , Quel déplaisir ! songez-y, je tous prie: En des combats n'engagez point sa vie; Je suis du moins aussi mauvais que lui.

A ces raisons enfin Catelle cède.

La chose étant, poursuit-il, sans mnède,

Le mieux sera que vous vous consoHtt.

N'y pensez plus. Si pourtant tous touIîce...

Mais bannissons bien loin toute espérance:

Jamais mon zèle et ma persévérance

N'ont eu de vous que mauvais traitemenL..

Si TOUS vouliez , vous feriez aisément

Que le plaisir de cette jouissance

Ne seroit pas , comme il est, impar€ût:

Que reste-t-il? le plus fort en est CuL

Tant bien sut dire et prêcher, qoe la Séchant ses yeux, rassérénant son ame.

Plus doux que miel à k fin l'éooala.

D'une foveur en une autre il passa.

Eut un souris , puis après autre chose. Puis im baiser, puis autre chose cntor; Tant que la belle , après un peu if cfloit , Vient à son point , et le drôle en dispoK. Heureux cent fois plus qu*il n avoît été: Car quand l'amour d'un et d'antre oôcê Veut s'entremettre , et prend part à Vi Tout va bien mieux , comme m'ont Ceux que Ton tient savants en ce mysièfe.

Amsi Richard jouit de ses Vécut content, et fit force bons Dont celui-ci peut passer à la

' A U re>ue, à l'occasioo , et soq* les autres.

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