ODE XI
Muse que tant je vois cerchant Inspire-moy encor* un chant.
Un chant qui entre en l'obstinée oreille De la beauté qui n'a point sa pareille.
Le feu en la fournaise estraint ,Ard plus que cil qui non contraint Par le ciel libre, en çà et là espars, Donne sa flamme au vent de toutes parts.
Amour jusqu'au profond de Tame A dard^ la cruelle Bamme, Q^ suis contraint de vomir en mes vers, D'un feu tragic tout estrange et divers, Cruelle, tu vois de biçn loin Ce feu, dont tu n'as point de soin.
Comme celuy qu'on voit voler parmy La ville prise ou le camp ennemy.
Tu m'as ouvert le manque flanc Àvecques cet yvoire blanc, Qpi monstre au bout cinq perles plus exquises. Que d'Orient les pierres tant requises.
Pourquoy arraches-tu le cœur Dont amour par toy fut vainqueur ?
Pourquoy fais-tu ainsi que deux tenailles Sentir tes mains en mes vives entrailles ?
. Les Tygres (ô fiere beauté) N'ont tant que toy de cruauté :
Ny le serpent qui se traîne sous l'herbe, Ny des Lyons la semence superbe.
Pas n*avoit si grande rudesse, La cruelle vierge Déesse, Qpi fit aux chiens dévorer le veneur, Crian^ en vain : Je suis vostre seigneur, Qui est celuy qui ne s'estonne Quand le Père courroucé tonne.
Dardant ça bas de foudroyante main Le traict vangeur de tout acte inhumain ?
Amour pourtant dedans les deux Enflamme le plus grand des Dieux :
Hommes en terre : et en l'air les oiseaux, Et les poissons jusqu'au fond de leurs eaux.
O repaire moins souhaitable, Que le Caucase inhospitable.
Où le rapteur du saint feu va paissant L'aigle sacré d'un poumon renaissant !
Tu me fais par ta grand froideur Sentir plus violente ardeur