II AVANT-PROPOS
venu plus tard Tobjet de ses profondes études. Ce n'est que tout récemment que ces lettres d'Amérique ont été retrouvées; et au moment même où l'impression du tome Vn commençait, nous avons pu les y introduire, grâce à l'autorisation que les deux frères d'Alexis, le comte et le vicomte de Tocqueville nous en ont accordée et dont nous leur sommes bien reconnaissants. Rien, du reste, ne montre mieux que cette correspondance l'affection passionnée qui attachait Alexis de Tocqueville à tous les siens, et la place immense que sa famille occupait dans sa vie comme dans son cœur. On voit aussi par ses lettres à Hubert de Tocqueville, combien lui était cher ce neveu, dans lequel il voyait presque un fils, et auquel il donne des conseils, modèles de tendresse et de sollicitude paternelles.
Il est curieux, quand on rapproche les lettres adressées aux hommes politiques de celles qu'il écrivait à ses parents ou aux personnes du monde, par exemple à madame de Grancey, à madame de Pizieux, etc., etc., d'observer la facilité avec laquelle l'esprit de Tocqueville prenait tous les tons, et passait aisément de la méditation la plus ffrave à l'abandon, de la grâce à la profondeur.
Nous nous abstenons du reste, ici, de tout autre commentaire sur ce volume, que nous aimons mieux livrer aux impressions spontanées du public ; nous nous bornons donc à constater le sentiment de confiance avec lequel nous le lui offrons.
Il arrive quelquefois que les éditeurs de lettres, encouragés par le succès d'un premier volume, en donnent au public un second d^une moindre valeur. Sévères
AYANT-PROPOS. m
d'abord sur le choix des matières, ils se relâchent peu à peu de leur rigueur et finissent quelquefois par livrer à l'impression ce que d'abord, mieux inspirés, ils n'en avaient pas jugé digne. Nous avons suivi la marche o))posée. Il nous a semblé que le succès obtenu par les deux premiers volumes de correspondance nous imposait une sévérité d'autant plus grande dans le choix des lettres destinées à former un volume nouveau, et que tout ce qui, en pareil cas, n'accroissait pas le succès pouvait le diminuer. Nous n'aurions pas publié ces nouvelles lettres si, dans leur ensemble, nous ne les eussions jugées, sinon supérieures, au moins égales aux premières.
Le lecteur pourra remarquer que, parmi les correspondants nouveaux, il en est un qui est demeuré anonyme, et dont il n'existe, du reste, dans ce volume, qu'une seule lettre, celle datée de Warwick, 26 aotV 1833*. Dans une note placée au-dessous de cette leltn», sans prononcer le nom de là personne à laquelle elle est adressée, nous permettions de le deviner. Aujourd'hui nous n'avons plus la même réserve à garder. Depuis que cette note a été écrite, madame de Tocqueville, qui en était l'objet, a été, par un coup bien cruel, hélas! pour tant d'amis auxquels elle était chère, prématurément retirée de ce monde'; et non-seulement elle ne s'est point opposée, en mourant, à ce que ce voile de l'anonyme fût levé, mais encore elle a formellement autorisé la publication de la plupart des autres lettres qu'Alexis de Tocqueville lui a adressées pendant une période de