‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 106 sur 602 · DE L'ASSOVPISSEMENT ET SOMMEIL PROFOND · texte numérisé non relu

DE L'ASSOVPISSEMENT ET SOMMEIL PROFOND

L’assoupissement est contraire aux grandes’ veilles, et tous deux sont contre nature : voire mesme que l’assoupissement quelquesfois suruient aux febricitans en suite des grandes veilles, aprés leur auoir ordonné trop inconsiderément les narcotiques et somniferes : mais nous ne parlons point de cest assoupissement là, ne croyant pas qu'il y ait aucun sage et prudent medecin qui face ceste faute :

il n’y a que les empiriques et igno-

DES FIEVRES

rans qui, pour n’auoir aucune Connoissance, ny de la maladie, ny du temperament et des forces du malade, peuuent ielter les febricitans en ce danger. Nous parlerons donc de l’assoupissement quisuruient aux fiéures, qui se reconnoist en ce que les malades se resueillent à peine, et estans resueillés retombent au sommeil tout incontinent.

Tel sommeil contre nature est exci-

té de quelques mauuaises et malignes vapeurs quise congelent aucunement dans le cerueau, et s’y espaississent en partie : cependant que celles qui sont les plus ténues, desliées et legeres se dissipent tout à fait. Il y a des fiéures qu’on appelle soporeuses, à cause qu’elles apportent tousiours auec elles de grands assoupissemens :

et cela vient de ce que y ayant quantité de pituite à l’entour des entrailles, l’ardeur dela fiéure venant à la fondre et liquefier, enuoye grande abondance de vapeurs crasses et espaisses au cerueau , lesquelles par aprés se resoudentetconuertissent en humeurs qui apportent l’assoupissement.

Quand on voit ces grands assoupissemens, il faut resueiller le febricitant, tantost auec les choses qui puissent eschauffer les esprits animaux engourdiset gelés, tantost auec celles qui resueiilent la paresse de la vertu expultrice , tantost auec celles qui attenuent , incisent et euacuent la pituite qui abreuue le cerueau.

C’est pourquoy on agitera le malade çà et là, on luy fera des frictions fortes et dures, que l’on continuera longtemps, on parlera souuent à luy , on luy fera des ligatures douloureuses aux bras et au dessus des genoüils, on le pincera, on luy tirera les cheueux , on le ventousera auec scarifications profondes , on luy met-

tra des vesicatoires en diuers endroits, entreles espaules, derriere les oreilles, et au sommet de la teste. On luy donnera des clysteres acres et piquans.

Onluy mettra du castoreum dissout auec fort vinaigre dans les narines 2 sans oublier les sternutatoires et masticatoires. L'on louë fort en ceste extremité la confection dite anacardina, dissoute auec vinaigre scillitique. Si tout cela ne profite, à peine trouuera-on d’autres remedes.

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