‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 109 sur 602 · DE LA PARALYSIE · texte numérisé non relu

DE LA PARALYSIE

Cest accident icy est rare, mais qui arriue toutesfois comme ay ouy dire en quelques prouinces de la France et de l’Allemagne, où il est assez familier. Il ne suruient pas aux fiéures violentes et aiguës, mais aux longues et chroniques : et siilne vient pas directement de la fiéure, mais de la colique qui suruient ausdites fiéures longues. Car vne quantité de bile eschauffée et ardente s’amassant dans les veines du mesentere, et à l'entour de la vessie du fiel, si elle n’est euacuée par le beneficé de la nature ou des medicamens , et qu’elle ne puisse estre consommée par la longueur de là fiéure, elle croupit dans les petites veines, où peu à peu s’eschauffant et se brustant, elle tasche à trouuer quelque issue, ce que ne pouuant faire par les veines du mesentere, à cause des grandes obstructions qui y sont, élle se iette de furie sur les membranes de l’abdomen, qui sont parties grandement sensibles, là où elle excite des douleurs intolerables qui respondent au bas ventre , et Qui apportent par interualles tantost des vomissemens bilieux , tantost des descharges de ventre porracées et

erugineuses. En fin par trait de temps,

| aprés plusieurs remedes alteratifs et

purgatifs ces douleurs s’appaisent :

| mais il arriue qu’vne portion de l’hu- | meur est portée par la continuité des

membranes iusques à l’espine du dos, laquelle doucement et peu à peu se coule et s’insinue iusques à la moëlle par les petits trous des vertebres, où elle bouche les nerfs et les estoupe, empeschant que les esprits animaux n’y puissent auoir accés, d’où il s’ensuit vne paralysie, imparfaite toutesfois, d'autant qu’il n’y a que le seul mouuement qui est empesché, le sentiment demeurant en son entier.

A cest accident icy, il ne faut desremedes qui soient grandement eschauffans : il faut doucement et benignement purger le corps, et auec clysteres et auecpurgatifs. On peut faire des linimens le long de l’espine du dos, auec huiles qui rarefient et dissipent sans beaucoup'de chaleur, de peur de faire fondre quelque humeur crasse et pituiteuse, ou l’attirer en ces pares là des lieux plus eslongnés, qui feroit une vraye et parfaite paralysie.

En se contentant de ces petits remedes là, on trouue que quelque temps aprés la nature trouue moyen de se deffaire de ses mauuaises humeurs , et redonne le mouuement au malade.

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