DV VOMISSEMENT
La nausée et le vomissement ne different que du plus ou du moins, selon leur cause, et non pas selon leur effet, veu qu’yn petit vomissement n’est pas vne grande nausée. Il est certain qu’il y a telle cause qui peut faire la nausée, qui ne peut faire le vomissement, parce qu’elle n’est pas assez forte : c’est pourquoy la nausée est moindre que le vomissement. Ie ne veux point m’estendre à expliquer les causes du vomissement, veu qu’elles se peuuent assez entendre par ce qui a esté dit au Chapitre de la nausée: ie diray seulement que les humeurs qui causent le vomissement, quelquesfois sont chaudes et fluides, quelquesfois froides, lentes et pituiteuses.
Pour les chaudes, elles peuuent estre aisément euacuées par le vomissement, qu’il n’est pas besoin d’arrester dés son commencement, de peur de faire ietter l'humeur sur quelque partie noble : mais s’il perseuere trop long temps, de peur qu’il n’affoiblisse trop le malade, et n’empesche qu’il ne puisse prendre nourriture, et par ainsi qu'il ne le precipite à la mort, il faut apporter tous les artifices qu’on pourra à fin de l’arrester. Les syrops propres à cest effet sont de ber-
beris, de grenade, de coings, de acelositate citri, de coral, de agresta :
on fera des poudres auec les perles preparées, le spodion, les coraux, les cinq fragmens precieux, le bol armene , la terre sigillée, l'escorce de citron, le mastich, le sang de dragon, et autres. Le suc de ribes et de berberis , le suc de grenade , la chair de coings et de nefles, la conserue de roses rouges sont de grand effet. Exterieurement les linimens d'huile rosat, de cerat santalin, d'huile de mastich, de coings, sont vtiles. Quelques vns font des sachets de pouâres astringentes qu’ils appliquent sur l’estomach, d’autres se contentent d’vne rostie de pain , ou d’vne esponge arrosée de vin ou de vinaigre,
Si le vomissement est excité par des humeurs pituiteuses , il faut premierement les inciser et attenuer, que de tascher à les euacuer par vomitifs ou purgatifs. Cependant interieurement on donnera oxymel et le syrop aceteux, auec decoction de menthe, d’absinthe, de roses, d’anethb, d’escorce de citron et de semence de coriandre. Exterieurement on fera vne fomentation auec sachets garnis de fleurs de rosmarin, de stœchas, de fueilles de menthe, d’absinthe, de clous de girofle, denoix muscade, d’escorce de citron sec. On frottera l’estomach d'huile rosat , d’absinthe , et de myrtilles : on mettra dessus en forme d'emplastre de la conserue de roses meslée auec du vieil cotignat ,et dela poudre de mastich et d'absinthe : ou bien on se seruira de l’emplastre de leuain, qui se prepare auec vne liure de leuain, deux manipules de fueilles de menthe desseichées, vne once demastich, incorporés ensemble auec huile de mastich. Quelques vns font estat d'vn cataplasme fait de
LE VINGTIÉME LIVRE,
fueilles de menthe et d’absinthe , de fleurs de chamomille, melilot et roses, d’aneth, de racines de souchet, de cloux de girofle, de zedoaria, et des bayes de geniéure. Il ne faut pas negliger, ny de faire flairer au febricicitant du vin, du vinaigre, de l’eau rose, du pain rosti, ny de luy tremper les mains en eau froide, et Juy appliquer par interualle quelque ventouse seiche sur l’estomach.