DIVERS REMEDES POVR LES GOVTEVX
Le malade gouteux, pour garder que les humeurs sereux et pituiteux ne courent aux iointures, vsera quelquesfois de choses diureliques , pour les faire vuider par les vrines, comme sontracines d’ozeille, persil, fenoüil, bruschus, asperges, gramen (autrement dit dent de chien) et leurs semblables : lesquels seront faits boüillir aux potages, et seront donnés au malade. Sur quoy faut sçauoir que quand le patient a grand flux d’vrines, et qu’elles sent espaisses, ses douleurs cessent,
Aussi aucuns des anciens commandent (ce que ray fait plusieurs fois ) faire des vlceres auec cauteres potentiels , et les tenir ouuertes , à fin de donner issue à euacuer le virus qui fait les goutes : pour ce que par telles ouuertures le virus s’escoule, Ainsi que voyons aux verollés, lorsqu'ils ont vlcercs qui coulent, ils ne sentent
1 Ce chapitre était confondu avec les deux précédents en 1575 ; ilena été séparé en 1579,
LE VINGT-VNIÈME LIVRE
sans Comparaison tant de douleur que lorsqu'ils n’en ont point: ou auront esté consolidés sans auoir osté ledit virus par son alexitere, qui est le vif-argent, par-ce que par icelles ouuertures decoule et s’euacue portion du virus verolique : tout ainsi aduient aux goutes, lorsqu'on leur aura fait des ouuertures : lesquelles seront diuersifiées selon la diuersité des lieux par où se fait la fluxion.
Exemple : si la fluxion se fait du cerueau tombant sur les os clauiculaires, l’ouuerture se fera par derriere le col : et Si elles tombent sur les iointures des espaules et aux coudes , ou sur les mains , ou appliquera les cauteres au dessous des muscles epomis :
et si elle tombe à la hanche ou aux genoüils et aux pieds , ils seront appliqués trois doigts au dessous des genoüils partie interieure, pourueu que le patient n’ait pas à faire grand exercice : pource qu’estant faite l’ouuerture en ce lieu, il se fera plus grande euacuation, à cause de la veine saphene qui est en telle partie.
Au contraire, si c’est vn ieune homme auquel il soit necessaire de beaucoup trauaillér et allier à cheual, l’ouuerturé se fera en la partie extérieure entre les deux fociles, à fin que l’estriuiere et la selle du cheual ne luy soit trop moleste et douloureux.
Or telles ouuertures se feront par cauteres actuels ou potentiels, selon qu’on verra estre necessaire, et la volonté du malade. Si on veut vser de actuel, il sera de figure triangle, tranchant et aigu, à fin que plus promptement il face son operation, el à moins de douleur. D’auantage, il se peut mettre vne piece de fer troüée sur lendroït où l’on veut appliquer le cautere, laquelle seruira qu’il ne touche sinon qu’au lieu où
DES GOVTES.
l’on veut qu’il soit appliqué , comme nous auons dit au chapitre de l'Ægilops! : et sera tenue l’vlcere ouuerte, y mettant dedans vne petite ballotte faite d’or ou d'argent, ou de racine d’iris, où d’hermodactes, ou de liege, où de g#éntiäne, ou de cire, auec laquelle on incorporera poudre de vitribl, mércuré, où alun, de peur que l'vlcere ne se consolide, iusques à la volonté du mälade, et conseil du medecin et chirurgien 2.
D’auantage, il faut purgér le cerueau (qui est le plus souuent la fontaine de ce mal) yne fois le mois, auec pilules cochées, et d’assajeret en hyuer:eten esté depilules sine quibus, ou imperiales, desquelles La dose sera vne drachme deuant la pleine lune :
et le lendemain on prendra vn boüillon de pois chiches auec racines
1 Cest lé chapitre 16 du livre des Opera:
tions. Voyez Lomé II, page 432.
2 On ne soupçonnerait guère qu’il fallüt chercher dans le livre des Goultes la description d’un procédé pour établir un cautêre.
J'ajouterai ici que Paré semble ayoir imaginé quelques uns des pois artificiels qu’il recommande ; du moins on trouve dans les Dix liures de chirurgie de 1564, fol: 229, v., la figure suivante, que l’auteur à complétement oubliée dans ses œuvres complètes,
Il ÿ avait quatre de cès boullettes, comme il les äppélle, mais qui ne difréraient absolument que de volume. On lisait au-dessous:
Boullettes faittes d’or ou d'argent pour tenir vn vlcere ouuert en quelqué partie de nostre corps, auec un pelit lien, pour les tirer dehors
Je n’ai pas trouvé d’endroit plus convenable pouf cette figure que celui-ci.
aperitiues et diuretiques. L'vsage des diuretiques est bon, pour ce qu'ils purgent les superfluités sereuses de la seconde et tierce digestion. On peut semblablement vser d'autres pilules, qui ont vertu de purger l’humeur pituiteux et sereux, comme celles-cy.
2%. Pilularum fœtidarum et de hermodact.
ana 5. GB.
Misce, et Cum succo vel syrupo rosarum s0lutiuo formentur pilulæ.
Autres, 2, Aloës 5. iij.
Agarici trochisc. rhabarb. ana 5. j.
Massæ pilularum arthriticarum, et de hermo. ana D. ij.
Diagredij D j.
Cum melle rosato, fiat massa:
Desquelles en sera donné au malade vne dragme, plus ou moins, selon la force et vertu.
Les remedes purgatifs seront chan gés selon que le docte Medecin verra estre besoin à purger les humeurs superflus qui causent les goutes : comme si la cholere en est cause, on vsera de remedes cholagogues : et entre tous, le catholicum est loüé, et les pilules communes. Et aprés pour roborer les parties interieures, on donnera demie dragme de theriaque, trois heures deuant le past.
Or il faut icy entendre que pour purger le cerueau, les pilules ont esté plus loüées des anciens que les autres medecines liquides , à cause qu'elles demeurent plus longuement en l’estomach à faire leur operation : et par ce moyen elles attirent mieux du cerueau et des parties lointaines l'humeur qui doit estre deriué et euacué par le siege. l’ay conneu aucuns qui ont vsé des pilules , ausquelles y
entroit bonnequantité de scammonée, à sçauoir , sept ou huit grains pour vne prise, lesquels aprés iettoient grande quantité d’eau et serosités :
et pareillement ausdites pilules y entroit du gingembre , de peur qu’elles ne fissent mal à l’estomach. Or en tel cas, aprés la prise et operation, on baillera à manger au malade vn peu d'orge mondé, pource qu'il adoucit et lenit les parois de l’estomach, qui pourroit auoir esté blessé desdites pilules. Et le lendemain on pourra pareillement baiïller du theriaque la grosseur d’vne féue : laquelle ne conforte pas seulement la debilité de l’estomach, procedente des purgations, mais aussi corrige le virus arthritique.
Il ne faut pareillement omettre qu’aprés le past faut vser de dragée de fenoüil, ans et coriandre, ou cotignac, ou conserue de roses, à fin de rabbattre Les fumées qui montent de l’estomach au cerueau. Semblablement on vsera de parfums en temps humide, lesquels seront ainsi faits:
2%. Thuris, vernicis et mast. ana 5. j.
Granorum iunip. bacc. lauri ana 3. £.
Ligni aloës 5. ij.
Assæ odoralæ 5. j. 6.
Conquassentur grosso modo.
Et en soient parfumées estouppes de chanure, ou cotton cardé, etsoient posées chaudement sur la teste, D’auantage, on pourra frotter la teste du patient de ceste poudre par l’espace de quinze iours, plus ou moins, à fin de tousiours desseicher les humidités superflues :
2£. Rosarum rubr. folior. senæ, stœchados utriusque ana m. $.
Milij 3.iij.
Furfuris loti in vino albo 3 .iij.
Flor.camom. melil. ana p. j.
LE VINGT-VNIÉME LIVRE
Sem. anisi 242 Salis comm. Cul
Soit faite poudrequ'on mettra en petits sachets de toile , et les fera-on eschauffer dedans vne poësle, et d’iceux on frottera la teste au matin. On peut aussi vser des pilules qui ensuiuent :