‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 148 sur 602 · DE LA MANIERE DE VIVRE DES GOVTEVX · texte numérisé non relu

DE LA MANIERE DE VIVRE DES GOVTEVX

Il ne faut manger viandes sur viandes, c'est à dire que la digestion ne soit faite en l’estomach, de peur que le foye n’attire les crudités par les veines mezaraïques, dont le nourrissement du corps demeure cru et insalubre. Et faut icy noter que la seconde digestion ne corrige point la premiere, ny la tierce la seconde 1.

Les viandes doiuent estre de bon suc et de facile digestion, et doiuent estre rosties pour les pituiteux : mais pour les sanguins, choleriques, et melancholiques, plustost boüillies que rosties. Il faut euiter la varieté des viandes en vn repas : aussi tous legumes, le laict et le fromage , et toutes choses acides, comme verjus, vinaigre, orenges, citrons et leurs semblables, si ce n’est en petite quantité. Le malade ne doit manger s’il n’a appetit :

aussi il ne mangera iusques à salielé, ‘ mais se leuera de table auec appetit.

Il euitera de manger grands oiseaux, comme cygnes, grues, paons, et leurs semblables : car ils sont de difficile digestion, etengendrent mauuais suc.

Les anciens defendent l’vsage ordipaire de chapons, et autrespoulailles, parce qu'elles sont souuent vexées de podagre : de quoy l'experience fait foy. Les poissons ne leur sont bons, parce qu’ils engendrent beaucoup de superfluités, et aussi se corrompent facilement , et engendrent phlegmes, et amollissent et relaxent L'estomach.

Les moins nuisibles sont ceux que declarerons au chapitre du regime de

1 Axiome en medecine, — A. P.

la peste. Or entre les bestes à quatre pieds, le veau est recommandé, parce qu’il engendre bon suc et vn sang bien tempéré, ioint qu'il est de facile digestion. Le mouton pareillement est bon.

Oril faut icy noter que les gouteux doiuent tenir grand regime, tant au manger qu’au boire : toutesfoisil faut auoir esgard au temperament d’vn chacun, diuersifiant les alimens, tant en quantité qu’en qualité. Car les choleriques et sanguins (pource qu'ils ont la chaleur forte, et qu’ils consomment beaucoup) ont besoin de manger d’auantage, parce que le ieusner rend la cholere plus acre, et par consequent augmente les douleurs. D'autre part, il ne faut pas qu’ils vsent de viandes trop humides :

car leur humidité aggrandit la fluxion, et pourrit les humeurs, et les fait couler aux iointures. On doit espaissir la cholere, tant par medicamens pris par dedans que par dehors, de peur que par sa tenuité elle ne coule plus facitement aux iointures.

Les phlegmatiques, qui ontla chaleur debile, portent presque leur aliment aueceux,etendurent mieux leieusne:

aussi le regime humide leur nuit beaucoup , d'autant qu'il augmente les defluxions. Neantmoins aux uns et aux autres on aura esgard qu’on ne leur baïlle rien qui soit de difficile concoction et de facille corruption.

Car à raison de la douleur, ils ont le plus souuent vne fiéurelente, laquelle diminue leur chaleur naturelle, et est cause de conuertir leurs alimens à pourriture. D’abondant, il se faut bien garder de leur äonner trop d’alimens, où la chaleur naturelle estant occupée à la digestion d'iceux, fait moindre concoction des humeurs qui causent les goutes, et ne les peut sur-

monter. Par quoy les choleriques et sanguins vseront de viandes de bon suc et de facile digestion , lesquelles seront froides d’elles-mesmes, c’est à dire de leur faculté, ou seront alterées par herbes froideset humides, comme laictue, pourpier, ozeille, et leurs semblables : aussi les semences froides concassées seront mises en leurs potages. Ils pourront vser d'orge mondé, dans lequel on mettra pareillement semences froides.

Ceux qui ont perdu vne partie de leur corps, comme vn bras ou vne jambe, ou si elle est atrophiée, ne doiuent tant manger ny boire qu’ils faisoient lors que leur corps estoit entier : car la nourriture qui auoit coustume d’aller à telle partie, coule souuent sur les iointures, et cause la goute. Et pour abbreger, ceux qui sont de bonne habitude, et qui viuent sobrement, tenans bon regime, sont peu vexés de goute: mais ceux qui sont fort replets et bien nourris sans exercice, et excessifs en bonnes et diuerses viandes, ou qui se nourrissent de mauuaises, sont volontiers gouteux.

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