‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 16 sur 602 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

» Quelle noble émulation s'allume entre les villes de France! Je vois partout, au milieu d'elles, s'élever des monuments aux gloires contemporaines et aux gloires destemps passés. Voltaire et Buffon ont eu des statues; et ces statues sont, avec celles des conquérants et des rois, l’ornement de la capitale. Aujourd’hui Montbéliard, Rouen, Strasbourg, en consacrent à la mémoire de Gutenberg, au prodigieux savoir de Cuvier , au mâle génie de Corneille, à l’aimable muse de Boyeldieu; et Boyeldieu et Corneille attendent Fontenelle, comme Voltaire et Buffon attendent l'inimitable Molière. Grenoble à son héroïque Bayard ; La Ferté- Milon, son sublime et harmonieux Racine ; Château-Thierry, son naïf et profond La Fontaine. Bientôt sans doute l’auguste image de Bossuet couvrira Dijon de sa lumière. Bordeaux ne sera plus veuve de son Montaigne et de son Montesquieu; ni

PREFACE. XXVIL

Marseille de son Pythéas et de son Belzunce ; ni Angers de son Bodin, et de tant d’autres que je ne puis nommer ; ni Agen de son Bernard de Palissy; ni Dunkerque de son Jean Bart; n1 même lhumble hameau de Poy de son Vincent de Paul. Massillon reviendra émouvoir et charmer sa ville natale, comme il a charmé toute la France ; et reçu dans le château modeste de la Motte, comme dans un sanctuaire, le divin Fénelon y appellerales adorateurs de Son talent et de ses vertus. Quels noms, quelles vertus, en effet! quels talents et quelles gloires ! En est-il une seule que ne voie fleurir l’heureuse terre que nous habitons ? Que si toutes nos villes suivaient un si bel exemple; si chacune d’elles s’empressait de tirer de l'oubli les hommes qui l'ont honorée; si, par des récitset des tableaux, elle rendait encore une fois vivantes, pour ainsi dire, leurs actions et leurs personnes ; quelle merveilleuse géographie, Messieurs ! ou plutôt quelunanime concert de voix éloquentes pour réchauffer dans nos âmes l'amour du beau, la passion dubien, deux sentiments qui se produisent, se nourrissent, se fortifient l’un par l’autre, et font lé ciment etle bonheur de la société parmi les hommes! N'est-ce point par là que l’ancienne Grèce jetait comme un enchantement dans les étrangers qui la visitaient ? Et n'est-ce point par là que notre nation deviendrait elle-même le modèle de toutes les autres ?

» Cet exemple, Messieurs, c’est le donner que de limiter comme vous le faites. Un homme est venu parmi vous, qui par la puissance de son esprit, par l’habileté de ses mains, par la générosité de son cœur, par l'élévation de ses principes, ét j'ajouterai par sa constante pitié pour les malheureux, peut soutenir le parallèle avec les plus grands et les meilleurs hommes qu'’ait portés la terre : Ambroise Paré, qu’un souvenir aussi vif que le souvenir attaché au nom de Henri IV rend encore, après trois siècles, aussi présent au milieu de nous que l’est lui-même cet excellent roi. Et ce souvenir empreint dans vos esprits, vous avez voulu qu'il prit un corps; vous avez voulu qu'Ambroise Paré fût en

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