CHAPITRE XXVII
DE LA SCIATIQOVE,.
Maintenant il nous reste à traiter de la goute sciatique, laquelle sur toutes (comme ÿay dit au prognostic) emporte le prix pour estre la plus douloureuse: et cause grands et extremes accidens, à raison de la iointure qui est plus profonde que les autres , et que le plus souuent l'humeur estant en grande abondance et pituiteux, froid , gros et visqueux , difficilement le peut-on faire debusquer de la partie. Et vient le plus souuent aprés vne longue maladie , d'vn humeur malin, lequel deliurant les parties d’où il est venu , cause yne extreme douleur, non seulement à la iointure de la hanche, maïs encore plus profondément dedans les muscles de la fesse, aux aisnes , genoux, et iusques à l’extremité des orteils ; et quelquesfois aux vertebres des lombes, qui donne grand tourment au malade : lequel pense (et aussi les Medecins et Chirurgiens) estre vne colique venteuse ou pierreuse, ce que n’est pas. . Mais la cause pourquoy on sent si extremes douleurs, est à raison des nerfs qui viennent des vertebres des lombes, et de ceux de l'os sacrum , qui descendent et se disseminent aux muscles de la cuisse et de la iambe , iusques à l’extremité des orteils : ce que j'ay amplement monstré en l'anatomie.
Le plus souuent on n’y apperçoit aucune-tumeur ny rougeur, ny autre intemperature à la veuë: par-cequ’au cuir de ceste partie y a peu de veines superficielles, et que l'humeur y est fiché fort profondément, et ne $e
DES GOVTES,
monstre à la superficie, Aussi au contraire, nous voyons quelquesfois qu’à raison de l’extreme douleur, il se fait si grand amas d’humeurs et ventosités, qu’ils emplissent la cauité de la boëlte , et relaxent si fort le ligament interieur et les exterieurs, qu’ils chassent l'os du {out hors de sa cauité. Et s’il y demeure long temps, il ne faut esperer qu’il puisse estre iamais reduit ; et qu’il se tienne en sa place, à cause que l'humeur a occupé le lieu et cauité de la teste de los femoris, et aussi que les bords de la boëtte (qui sont cartilagineux) se sont estressis, et les ligamens relaxés et allongés : dont s’ensuiuent plusieurs accidens pernicieux, comme claudication perpeluelle, amaigrissement de toute la cuisse ei dela iambe :
par-ceque los n’est en son lieu naturel, presse les muscles, veines, arteres ét nerfs, et y manque le mouuement : au moyen de quoy les esprits éstans ainsi comprimés el arrestés, ne péuuent reluire aux parties inferieures, et par consequent se tabefientet deuierinent enemacialion, c’est à diré, amaigrissement, non seulement de toute la cuisse et de la iambe ; mais quelquesfois aussi de tout le corps, auec vre fiéure hectique, qui meine Le malade à la mort.
Parquoy faut que les Medecins et Chirürgiens qui seront appeéllés en telle disposition, aÿent grand esgard à ne laisser aduenir tels actidens, et qu'ils vsént dé réinedes forts et vigoureux , lors qu’il en sera bésoin, comme nous dirons Cy aprés.