‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 187 sur 602 · DE LA CVRE DE LA PETITE VEROLLE ET ROVGEOLLE · texte numérisé non relu

DE LA CVRE DE LA PETITE VEROLLE ET ROVGEOLLE

La cure d’icelles sera a duersifée selon que l'humeur participera de la peste, ou n’aura aucune communication auec icelle. Car si elles sont pestilentes, et aux enfans qui encore tetent , on fera vser à la nour-

1 Les éditions de 1568 et 1575 ajoutaient

EL mesmes aucuhes fois La lepre, Cela a |

X effacé en 1579.

rice de choses qui contrarient au ve nin, Comme nous dirons en la eure de l'enfant pestiferé, à fin d’ empescher que le venin n aille saisir le cœur. Et faut tenir l'enfant en chambre chaude; où le vent n’entre point, et l’enuelopper de drap d’escarlatei, ou d'autre drap rouge, c’est à dire,

en faire les custodes et couuerture de son lict, auquel on le fera tenir, le couurant mediocrement, iusques à ce que la verolle ou rougeolle soit sortie du tout. Aussi faut que la nourrice mange en ses potages , pourpié, laictue , vinette, cichorée, bourrache, et qu’on y mette vn noüet dorge-mondé. Elle euitera du tout les viandes chaudes, comme saleures, pastisseries, espiceries , et le vin, s’il n’estoit bien trempé d’eau, de peur de rendre son sang trop chaud, qui eschaufferoit d'auantage celux de l'enfant : Parquoy en lieu d’iceluy, elle boira ptisane cuitte auec raisins et racine de vinette. Et faut qu’elle prenne les medicamens en lieu de l'enfant, comme si elle mesme auoit ceste maladie : et partant on luy ordonnera son regime et maniere de viure, et medecines qui soient en quantité conuenables et proportionnées à elle, et en qualité propres à l'enfant, à fin de rendre le laict medicamenteux : car il prend necessaire ment la vertu et nature de ce que la nourrice a pris, ainsi que nous auons prouué par cy deuant : et partant le laict d’icelle supplée au defaut des remedes qu’il deuroit prendre luy mesme par dedans : et pourledire en ya mot, elle tiendra le regime qu’on

1 Gaddesden, au xtye siècle, avait donné un conseil tout semblable pour le fils du roi d'Angleterre. Voyez mon Introduction, page LIT.

a accoustumé de tenir aux fiéures pestilentes.

Il ne faut donner boüillie à l’enfant, ou on luy en donnera en bien petite quantité. Et s’il est sevré et ja grandelet, il n’vsera pareillement de chair, iusques à ce que la fiéure soit passée el grandement diminuée, et que la verolie soit du tout sortie: mais il mangera orge mondé fort liquide, ou laict d'amandes, ou potage de poulets cuits auec les herbes susdites, panade, gelée, coulis, pruneaux et raisins de Damas.

Pour son boire, vsera de plisane faite auec orge mondé, racines de dent de chien et de vinette, vn noüet des quatre semences froides, pruneaux et raisins de Damas, auec poudre d’yuoire et de corne de cerf : etauec icelle entre les repas on pourra mesler du syrop violat, et non rosat, ny autre astringent, de peur d’arrester l'humeur, et l’empescher de sortir hors.

Le dormir de l'enfant doit estre moderé et non trop profond. de peur de retirer les matieres au centre du corps et augmenter la chaleur de la fiéure.

Il ne faut purger ny saigner ( s’il n’y auoit grande plenitude, ou quelque complication de maladie, comme vne pleuresie, ophthalmie, squinancie, et autres semblables) si ce n’est en la declinaison, ou bien le premier ou second iour au plus tard de la maladie, de peur d'interrompre le cours de nature : mais on se contentera de donner quelque clystere, ou boüillon de maulues, violettes de Mars, bourrache, ou ius depruneaux, et raisins au matin. Et aux enfans plus grandelets, quelque bolus de casse, pour amollir le ventre, et aider Nature à ietter hors les humeurs

LE VINGI-DEVXIÉME LIVRE,

pourris et corrompus qui causent la verolle ou rougeolle : ce qui se fait volontiers au troisiéme ou quatriéme iour, plus ou moins, selon la disposition du corps et l'humeur preparé à sortir hors, ou selon l'air ambiens.

Et alors faut prouoquer la sueur par remedes qui ouurent les pores, et subtilient les humeurs, et les facent sorlir par sueur, de peur que la matiere virulente ne demeure au dedans du corps, et soit cause de la mort des malades.

Ce que ray veu depuis peu de temps en ça! auec maistre Richard Hubert, Chirurgien iuré à Paris, en deux filles, l’vne aagée de quatre ans, l'autre de dix-sept : ausquelles aprés leur mort auons trouué les parties interieures toutes couuertes de boutons crousteux, et tous semblables à ceux qui sont au dehors.

Or s’il aduenoit que le sang sortist par le nez, ne faut penser que la matiere de la petite verolle se puisse tousiours parfaitement euacuer par iceluy : car ay veu souuentesfois qu’au quatriéme ou cinquiéme iour suruenoit grand flux de sang par le nez aux malades, et toutesfois pour ceste vacüation la verolle ne laissoit à sortir en grande abondance, tellement que leur corps en estoit tout couuert. Et pour ce ne faut arrester ledit flux, s’il n’estoit trop impetueux, et qu’on conneust les forces abbatues, à quoy alors on procedera comme nous dirons ?.

Et pour retourner à la sueur, pour la prouoquer sera vtile la potion faite de decoction de figues seiches, lentil-

1 Je rappelle que ceci est le texte de 1568.

2 L'édition de 1568 portait : comme nous auons dit au chap. 28. Voyez ei-deyant la note 1 de la page 256.

DE LA PETITE

les escorcées, semence de citron, de fenoil, d’ache, persil, et les racines de reglisse, et leurs semblables, auec raisins de Damas et dactes.

Or que telles choses soient bien propres à faire sortir la verolle et rougeolle, il appert par ce que la decoction seule de figues prouoque grandement la sueur, aussi elleadoucit et absterge doucement. Les semences de fenoil et autres mentionnées, ouurent les pores pour donner issue aux humeurs: les lentilles empeschent que la gorge et autres parties internes ne soient esprises de boutons de la verolle, pour ce qu’elles ont vne astriction benigne, et seruent aussipour engarder le flux de ventre :

on les y met escorcées, par ce que lescorce esttrop astringente : les dactes y sont mises pour roborer l’estomach :

la semencede citron, pour defendre le cœur : et la reglisse pour adoucir la gorge, et: empescher l'enroüeure , ioint aussi qu’elle aide à prouoquer la sueur. Et de ces simples on fait des doses grandes ou petites, selon la qualité et force des malades, et la vehemence de la maladie et ses accidens.

La sueur sera prouoquée loing du repas, tant par choses interieures qu’exterieures. Et faut enuelopper l'enfant en vn linceul moüillé en la susdite decoction chaudement , et exprimé bien fort: ce quise peut bien faire non seulement aux enfans, mais aussi aux grands. D’auantage la decoction de millet, figues et raisins auec sucre, prouoque la sueur :

outre plus on peut appliquer aux parties exterieures vessies, ou esponges, oucailloux chauds. Aussi est bon esuentiller le visage pendant que le malade sue, auec vn esuentoir, à fin de corroborer la chaleur naturelle,

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