LIVRE DES MORSYRES
des chiens enragez : ensemble des piqueures el morsures de certaines bèstes venimeuses trouuees en ce pays de France.
C'était donc, d’après ce titre, unliyre purementchirurgical, et comme le complément de son livre des Playes d'harquebuses (Voyez tome II, pages 189 et 193). On en jugera bien mieux encore par la table des 24 chapitres dontil était alors composé ; j’indiquerai en même temps leur correspondance avec ceux du livre actuel.
Cap. 1, — Des venins en general, La rédaction en a été complétement changée ; il ré-
remedes qu’il doit vser pour promptement suruenir aux affligés, attendant le secours du docte Medecin. La seconde, à fin qu’il puisse auoir vraye et exacte connoïissance de ceux qui pourroient estre empoisonnés, pour fidelement en faire rapport à iustice, lors qu'il en sera requis. La troisiéme aussi, à fin que ceux qui sont
pond en partie aux chapitres 1, 5etii du livre actuel.
Car. 11. — Du venin naturel. —Fait aujourd’hui le chap. 12.
CiraP. 11. — Des bestes venimeuses. — Aujourd’hui le chap. 13.
Cnap. 1V, — De la cure vniuerselle des morsures ob piqueures venimeuses, — Devenu le chap. 14.
Cnap. Y. — La cause pourquoy les chiens deuiennent plustostenragezque Les autres bestes.
Cnap, vi. — Signes pour cognoistré vn chien estre enragé, Cuar, vi. — Les signes pour cognoistre vn
homme auoir esté mordu d’un chien enragé.
Cnap. vu. — Des accidens de la morsure d’un chien enragé.
Cuap. 1x, — Pronostic de la morsure d’un chien enragé, ,
Cuap.x.— Cure de la morsure d'un chien enragé.
Chap, xt, — De la cure de l’hydrophobie, —
residens aux champs,commelesnobles et peres de familles, ayans mes œuures, puissent secourir leurs pauures suiets, où ils seroient piqués ou mordus des bestes venimeuses, ou des chiens enragés, et autres bestes. La quatriéme, à fin que chacun se puisse preseruer d’estre empoisonné, el suruenir aux accidens. La cinquiéme est
Ces six chapitres en font sept dans cette édition, placés dans le même ordre, du Chap. 15 au chap. 22 inclusivement.
CHAP. XI. — Question si on peut manger des bestes qui se nourrissent de bestes venimeuses , sans aucun danger. — Correspond au chap. 4.
ÜHAP. x. — De la morsure et piqueure d'aucunes bestes venimeuses, et principalement de la vipere. — Devenu le chap. 23.
CyaP. XIV. — De la morsure des aspics.
CHar.xv. — Dela morsure des couleuures.
Cap. XVI. — De la morsure du crapaut. * Cuap. XVII. — De la piqueure du scorpion.
Cap. XVUI. — De la morsure et piqueure des mouches.
Cnar. xix.— De la morsure des chenilles.
CHap. xx. — De la morsure des araignes.
Cap. xxI.— Du venin des mouches cantharides.
Cuap. xxI1, — Du venin de la mouche bupreste.
CHap. XXII. — Du venin de la sangsue. — Ces dix chapitres se suivent actuellement dans le même ordre, mais réduits au
nombre de neuf par la réunion de deux :-
en un, du 30° au 38° chapitre.
CuaAP. xx1V. — De la piqueure d'une viue. — Devenu le 40° chapitre du livre actuel,
En 1579, le livre changea dé titre et de plan tout à la fois ; il comptait 48 chapitres, le double de l'édition précédente, ettraitait de tous les poisons, animaux, végétaux et minéraux. Dès lors il devenait essentielle ment médical, ce qui justifie la place que nous Jui ayons donnée.
En 1585, il s’'augmenta bien autrement encore, et alla jusqu’à 65 chapitres en vertu del’adjonction desseize chapitres du Discours de la licorne. Cet énorme appendice le fai-
LE VINGT-TROISIÉÈME LIVRE
le desir que ï’ay tousiours eu etauray toute ma vie, de seruir à Dieu et au public, auec protestation deuant Dieu de ne vouloir enseigner à malfaire, comme aucuns mal-vueillans me pourroient taxer : ains ie desirerois que les inuenteurs des poisons fussent auortés au ventre de leurs meres 1.
sait manquer à son plan et à son titre ; il m’a paru convenable de m’en tenir à la distribution de 1579, et de reproduire à part le Discours de la licorne, ce qui me permettra surtout de donner la curieuse préface de ce Discours, publié, comme il a été dit, en 1582.
Le premier livre devait beaucoup à Grévin, comme Paré en convenait lui-même (Voyez la note suivante). Le livre nouveau ne lui doit pas moins; mais de plus Paré a emprunté un peu partout, et notamment il a pris un chapitre à Thierry de Héry.
Il convient d'ajouter qu’il avait fait graver sur bois, pour l’ornement de celivre, les figures du serpent coule-sang, du pourrisseur, du basilic, de la salamandre, de la torpille, de la tareronde, du liéure marin, et enfin de l’aconit. Ces figures, assez médiocres, étaient tout au moins inutiles; je ne me suis pas fait scrupule de les supprimer.
1 Dans l'édition de 1575, Paré commençait aussi son premier chapitre en exposant, comme il le dit en marge, l'intention de l’autheur ; Voici ce passage, qu’il sera curieux de comparer avec le texte actuel :
«Il m'a semblé estre bon d’escrire sommairement au ieune Chirurgien de la morsure et piqueure des bestes venimeuses, et principalement de celles qui sont communes en cepaïs, comme de chiens enragez, vipe- .
res, aspies, couleuures, crapaux, scorpions, araignes, chenilles, mousches à miel , freslons, guespes et tahons, à fin qu’il soit instruit à cognoistre la difference de la malignité qui esten leur venin, et par consequent il y puisse mieux approprier les remedes quand il en sera besoin. Lesquels remedes Y'ay recueillis de plusieurs autheurs, et mesmes de laques Greuin, docteur regent en
DES VENINS
Pour donc entrer en matiere , nous commencerons par la diuision des venins en general, puis nous poursuiurons vne chacune espece en par ticulier. Et dirons premierement, que venin ou poison est vne chose, laquelleestant entrée ou appliquée au corps humain, a la vertu de le combattre et vaincre, tout ainsi que le corps est victorieux de la nourriture qu’il prend iournellement : qui se fait par qualités manifestes, ou par proprietés occultes et secretes. Le conciliateur t, au liure qu’il a fait des Venins, dit que tout venin pris dedans le corps , de toutes ses proprietés est du tout contraire à ia viande de laquelle nous sommes nourris. Car comme la viande se conuertit en sang, et rend toutes les parties semblables aux membres , lesquels principalement elle nourrit, se mettant au lieu de ce qui continueliement s’escoule de nostre corps , se resout et consomme : aussi le venin tout au contraire transmue le corps et les membres qu'il touche en vne nature particuliere et venimeuse. Donc ne plus ny moins que tous animaux et tous fruits que la terre produit, se pouuansconuertir en aliment, si nous les mangeons, se tournent en nourriture : aussi à l’opposite les choses venimeuses prises dedans le corps, rendent tous les membres de nostre corps venimeux. Car comme tout agent est plus fort que le patient :
aussi le venin par sa plusgrande force
la faculté de medecine, qui en a escrit vn liure, »
Voyez ce que j'ai dit de Grévin dans mon Introduction, page cccxxxur.
1 Le concitiateur, Pierre de Abano, souvent désigné sous ce nom, et qu’on trouvera plusieurs fois cité ‘dans le courant de ce livre.
ee.
surmonte notre substance , et la conuertit en sa nature venimeuse : par mesme raison que le feu par sa tresgrande chaleur conuertit soudainement la paille à soy et la consomme.
Et pource les anciens grands inquisiteurs des choses naturelles ont dit, que le venin tue les hommes d'autant qu'il corrompt la temperature et complexion de leurs corps.
Or tous venins et poisons procedent de l’air corrompu ou des foudres et tonnerres et leurs esclairs : ou du naturel des bestes, plantes et mineraux : ou par arlifice et sublimations des meschans, traistres, empoisonneurs et parfumeurs, desquelles choses se prennent les differences.
Car tous venins ne font pas leurs effets d’vne mesme sorte, et ne procedent lesdits effets d’vne mesme cause:
car aucuns operent par l’excés des qualités elementaires desquelles ils sont composés : autres operent par leur proprieté specifique ou secrete :
dont aucuns tuent plustost,les autres plus tard !. Aussi tous venins ne cher-
1 Le premier chapitre de l’édition de 1575 disait déjà quelque chose de semblable ; mais à la suite du passage reproduit dans la note de la page précédente, on lisait :
« Or toutes les bestes dessus dites sont plus ou moins veneneuses, selon la quantité ou qualité de la malignité deleur venin. Et pourtant il y a difference en la longueur ou brieueté du temps, auquel elles font leurs accidents. Outre plus faut entendre, qu’il y a diuersité és operations des venins artificiels, d'autant que aucuns agissent par vne qualité manifeste, comme chaleur, froidure, secheresse et humidité, autres par vne proprieté specifique, laquelle ne peut estre cogneue que par seule experience. »
Immédiatement après, il passait aux signes des venins chauds, froids, elc., que nous retrouverons au chapitre 5.
chent premierement le cœur pour luy nuire, mais nuisent à certains membres : comme l’on voit les cantharides qui offensent la vessie, la ciguë le cerueau, le liéure marin les poulmons, la torpille qui engourdit et stupefie les mains de ceux qui touchent seulement les rets où elle est prise. Autres blessent autres parties, puis aprés le cœur : comme l’on voit les medecines qui confortent le cœur, comme le safran, autres le cerueau, comme le stecas, autres l’estomach, comme la canelle , autres autres parties. Il y a aussi des venins qui operent par quaiilés manifestes et par qualités specifiques tout ensemble, comme l’euphorbe , lequel iaçoit que par sa force venimeuse qu'il a de l’excés de sa chaleur , il infecte toutesfois aussi par son autre force, qui procede de sa vertu specifique : ce qui se connoist par le theriaque, la propre vertu duquel est de surmonter toutes poisons qui operent de leur vertu occulte, lequel est de tres-grand efficace contre l’euphorbe. Que si ledit euphorbe nuisoit de sa seule excessiue qualité, tant s’en faut que le theriaque qui est de soy fort chaud, luy fust contraire, que plustost il entretiendroit sa force el nuisance, ce qu'il ne fait. |
Les venins qui operent par leur vertu specifique, ne le font pas parce qu’ils sont chauds, froids, secs, ou d'humidité excessiue : mais c’est parce qu'ils ont ce naturel particulier des influences celestes, contraires à la nature humaine. Pource tels venins pris en bien petile quantité sont neantmoins d’vne force si maligne et tant cruelle , que quelquesfois en vne heure ou moins ils tuent.
Les venips ne tuent pas seulement pris par La bouche, mais aussi appli-
LE VINGT-TROISIÉME LIVRE
qués exterieurement, Semblablement les bestes ne tuent pas seulement par leurs morsures ou piqueures ou esgratigneures : mais aussi par leur baue, regard, ou par le seul attouchement , ou par leur haleine , ou par manger et boire de leur sang , ou par leur cry et sifflement, ou par leurs excremens !,