CHAPITRE XXXIX
DV PRVRIT ET DEMANGEAISON QVI VIENT AVTOVR DE L'VLCERE, ET DE LA MA- NIERE DE PRODVIRE LA CICATRICE.
Les parties d’autour de lvlcere le plus souuent s’escorchent superficiellement , par le moyen de petites pustules vicereusessituées sans ordre, auec ponction, ardeur, et prurit aigu et poignant. Or la cause peut venir du dedans, et aussi du dehors : du dedans, par vne sanie aiguë et mordicante resudante de l’vlcere, qui arrouse les parties voisines, prouenant du virus veneneux qui est communément en l'humeur cholerique, ou
paru dans le petit Discours de la Peste de 1582. | phlegme salé : de la cause exterieure,
par opilation des remedes desquels on a longuement vsé, qui ferment et bouchent les pores, et eschauffent la parlie.
Et pour la cure d’iceluy, on doit fomenter la partie de choses discutientes et remollitiues, et par ablution d’eau bleuë (qui est eau forte esteinte et ayant ja serui aux orféures) ou alumineuse , ou eau de chaux, ou saumure , et semblables choses,
Or veritablement les viceres faits par les charbons sont fort difficiles à estre consolidés, parce que la sanie est aiguë et corrosiue, tantost crasse, tantost subtile, joint que la figure de l'vicere est quasi tousiours ronde, La cause d’icelle sanie est le sang aliené et changé du tout de sa nature, par l’excessiue chaleur et corruption : el aussi à cause que la partie a receu vue bien grande intemperalure par le vice de humeur. Quant à ce que la figure ronde de l’vlcere est difficile à consolider , cela se fait à cause que la sanie ne se peut bien euacuer, laquelle par sa trop longue demeure acquiert vne chaleur et nitrosité ou acrimonie, qui par lattouchement des parois de l'vicere augmente Ja cauité, à cause qu’elle ronge la chair d’autour : et puis l’entour se borde et deuient calleux et dur, dont aprés ne peut estre consolidée que premierement on ne l’ait osté : car les porosités de la chair ainsi calleuse et dure, sont serrées et estreintes , et ne permettent que le sang puisse penetrer pour faire generation de chair. Semblablement les bords esleués par excroissance de chair repugnent à la consolidation, comme estans chose superflue : parquoy les faut couper et consumer , soit par fer, ou par medicamens. Et aprés auoir rendu l’vlcere applani et sans tumeur, et rem-
LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE
pli de chair, on vsera de medicamens, cicatrisalifs, lesquels ont puissance de condenser et endurcir la chair, et produire peau semblable au cuir.
Desquels en y a de deux manieres:
Pvne de ceux qui n’ont aucune erosion, mais ont grande verlu astringente et desiccatiue , comme sont escorces degrenades,escorce de chesne, tuthie, lilharge, os bruslés, squamme d’airain, noix de galle, noix de cyprés, minium, pompholyx lauée, antimoine, bole armene, coquilles d’huistres bruslées et lauées, et la chaux lauée par neuf fois, et plusieurs metaux:
les autres sont presque semblables à ceux qui rongent et consument la chair : mais il faut qu'ils soient appliqués en bien petite quantité, comme sont vitriol laué, alum cuit, et autres semblables. Or l’alum cuit sur tous les cicatrisatifs est singulier pour sa vertu desiccatiue et astringente, rendant la chair ferme et dure, laquelle est molle et spongieuse, et arrousée d'humidité superflue : et partant il aide à faire le cuir solide et dur. Toutesfois Les remedes seront diversifiés selon les temperamens :
car aux enfans et femmes, et generalement à ceux qui ont la chair molle et delicate, on en ysera de moins forts qu'aux temperatures robustes et seiches, de peur qu’au lieu de faire le cuir, on ne corrodast la chair.
Et aprés auoir fait la cicatrice, pour-ce qu’elle demeure en telle maladie touiours laide et hideuse à voir, à cause de la grande adustion qui a bruslé la partie, comme si le feu d’yn charbon ardent y auoit passé, ie ne puis encore passer que ie ne descriue quelque moyen pour l’embellir : ear le plus souuent elle demeure rouge, liuide ou noire, esleuée et raboteuse :
DE LA PESTE
ce qu’on fera principalement en la partie où le malade desire ladite cicatrice estre moins apparente.
Exemple pour vrir le cuir qui demeure inegul.
Prenez vne lame de plomb frottée de vif-argent, et la liez dessus la partie estroittement.
Et pour rendre le cuir blanc, il faut prendre de la chaux viue lauée par neuf fois, à fin qu’elle ait perdu son acrimonie: puis sera incorporée auec huile rosat, et soil fait onguent.
Autre. Prenez deux liures de tartare, c’est à dire, lye de bon vin qui adhere contre les tonneaux, et soit bruslée et mise en poudre: puis on la mettra dans vn couure-chef de toile mediocrement deliée, laquelle sera pendue en yne caue humide, et on meltra yn vaisseau dessous pour receuoir la liqueur laqueile distillera goute-à-goute : et d'icelle la cicatrice en soit frottée assez long temps.
Semblablement la sueur des œufs appliquée souuent dessus la cicatrice, oste grandement la rougeur qui demeure en icelle, L’onguent citrin recentement fait a pareille vertu, comme aussi l’emplastre de ceruse, lequel sera pareillement fait de nouueau. Outre-plus, les trois compositions suiuantes sont bien approuuées.