CHAPITRE XI
DES MEDICAMENS RESOLVTIFS,
Medicamentresolutif est celuy qui, par sa chaleur et tenuité de substance, caure les pores, attenue, dissipe, et fait euaporer et exhaler par insensible transpiration le” numeurs et autres matieres inutiles et superflues és parties où elles sont arrestées.
D’iceluy y a deux especes : car l’vn est rarefactif, l’autre resolutif, que les Grecs appellent diaphorctique.
Le rarefactif par chaleur mediocre, peu de siccité et subtile substance, ouure et amollit la peau, et donne sortie à ce qui estoit retenu : pourtant peut estre dit anodyn, car il excede bien peu le temperé. Le diaphoretique , par chaleur plus grande que le rarefactif, dissipe insensiblement ce qui est arresté et impacte en vne partie : et aucunesfois a plus grande chaleur que l’attractif, selon les corps où il doit estre appliqué : car aucunesfois l’attractif, appliqué à vn corps dur, pourra estre resolutif, où s'il estoit appliqué à vn autre, il attireroit du dedans au dehors. Les rarefactifs que nous pouuons appeller resolutifs, debiles, sont simples ou composés.
Les simples sont :
Herbes.
Bismalua cum toto, parietaria, adianthum, mercurialis, ebulus, valeriana, rosmarinus, saluia, thymus,
Fleurs.
Camomilla, melilotum, anethum.
Semences et farines d’icelles.
Farina hordei, tritici, seminis lini, fœnugræci, nigellæ, furfur.
Graisses.
Adeps gallinæ, anseris, anatis, cuniculi, vitulinus.
Metaux.
Metallica fere omnia, nisi acria sint.
Les composés sont :
Huiles.
Oleum camomillæ , anethinum, liliorum, catellorum, lumbricorum, Keiri, de vitellis ouorum, tritici, amygdalarum dulcium.
Onguens et emplastres.
Vnguentum de althæa , emplastrum diachy- Jum, ireatum.
Les diaphoretiques ou digestifs, semblablement sont simples ou composés.
Les simples sont :
Racines.
Aristolochia, enula campana, iris, cepa, scilla, sigillum Salomonis, sigillum beatæ Mariæ, bryonia , panis porcinus, dracunculus, acorus, asphodelus.
Herbes.
Origanum, mentha, pulegium, sabina, serpyllum, calamenthum, hyssopus, vrtica , artemisia, lauendula , chamæpyltist.
Semences,
Anisum, fœniculum , cuminum, piper, nux
1 L'édition de 1575 ajoutait à cette liste:
brassica, effacé dès 1579.
LE VINGT-CINQVIÈME LIVRE
moschata, coriandrum, baccæ lauri et iuniperi.
Farines.
Farina fabarum , lupinorum, orobi, milij, frumenti, furfur, mica panis.
Tus.
Acetum tepidum, oxycratum, vinum vetus, aromaticum, mel, aqua vitæ, muria.
Graisses, Adeps tauri, equi, leonis, canis, hirci, butyrum, et alij adipes.
Moëlles.
Medulla cerui, cruris bouis, arielis, etc.
Gommes.
Ammoniacum, galbanum, opopanax, sagapenum, myrrha, bdellium, thus, terebenthina, pix nigra , ladanum, styrax, calamita , benioinum, etc.
Fientes,
Stereus caprinum, columbinum, caninum, bubulum, et aliæ stercorum species,
Les resolutifs composés sont :
Huiles.
Oleum amygdalarum amararum, iuniperinum, laurinum, de scorpionibus, irinum, costinum, nardinum, de terebenthina, de croco, cannabinum, raphaninum, ë cucumere agresti, vulpinum, ruticeum, philosophorum, de lateribus, de euphorbio, de tartaro, de petroleo, de Kerua siue racininum.
Onguens.
Vnguentum Agrippæ, martiatum , aragon, enulatum.
1 L'édition de 1575 ajoutait ici : oxymel simplex.
DES MEDICAMENS.
ÆEmplastres,
Emplastrum deVigo sineadditioneetcum additione, oxycroceum, diachalciteos, dissolutum in oleo digerente ad formam cerati.
Les rarefactifs conuiennent à l’accroissement et vigueur d’vne tumeur superficielle , en lieu mol, et matiere chaude et humide : aussi en vne matiere venteuse.
Les diaphoretiques doïuent estre appliqués à l'accroissement des tumeurs, en y adioustant quelque astringent, de peur que par trop digerer ils n’attirent et augmentent la fluxion. À la declination desdites tumeurs, les faut appliquer sans mixtion aucune en yn corps qui a la peau dure, et quand l'humeur est froid et crasse, caché au profond du corps, où à peine les medicamens peuuent imprimer leurs vertus et effets. Toutesfois il faut auoir esgard aux parties où l’on applique resolutifs. Car au foye, à la ratte, ventricule, et autres telles parties, ne faut appliquer resolutifs et relaxatifs, sans y adiouster quelque astringent, comme choses aromatiques : en partie stupide et peu sensible, faut mettre diaphoretiques plus forts : és autres plus sensibles, comme à l’œil et parties nerueuses , plus doux. Aussi en matiere froide et crasse, faut vser premierement de remedes incisifs, attenuans, aprés des emolliens, pour petit à petit venir aux diaphoretiques : car autrement le plus subtil se resoudroit, et ce qui est cras et espais s’endurciroit. D’auantage, quand la partie est tellement oppressée de fluxion qu’il y a danger de gangrene et mortification , il faut delaisser les resolutifs, et venir à scarification :
comme doctement l’escrit monsieur maistre Jacques Hollier, Docteur en
Medecine , en son liure de la matiere de Chirurgie, lequel il nous a laissé au grand auancement et illustration dudit art.