CHAPITRE XVIIL
DES MEDICAMENS CAVSTIOVES ET CORROSIFS.
Medicament pyrotique, c’est à dire, caustique et corrosif, est celuy qui par sa substance acre, mordante et terrestre, vient à corroder superficiellement , ou fondre, liquefier et pourrir profondement , ou brusler et manger la peau et chair, et penétrer au dedans des corps durs et calleux.
Et pourtant on fait trois differences de pyrotiques. Les vns sont appelés Catheretiques, c’est à dire, corrosifs, à cause qu’ils mangent et corrodent la chair surcroissante superficiellement en vn vicere, ou autre eminence du cuir, qui sont les foibles et debiles pyrotiques. Les autres sont Septiques, c’est à dire putrefactifs , autrement aussi dits vesicatifs, qui pourrissent la chair au dedans, et esleuent le cuir
DES MEDICAMENS.
en vessie : lesquels sont plus forts que les premiers, Les tiers sont Escharotiques , c'est à dire, faisans crouste et eschare par leur qualité ardente, ignée et terrestre : nous les nommons ruptoires ou cauteres potentiels, qui sont les tres-forts. Toutes lesquelles differences ne sont que du plus ou moins en chaleur. Car bien souuent il aduient que l’yn fait l’operation de l'autre : aucunesfois à raison de la complexion de la partie, quelquesfois pour la quantité et longue demeure du temps.
Les catheretiques ou corrosifs sont :
Spongia vsta, alumen vstum et non vstum, yitreolum vstum, calx mediocriter lota, ærugo, chalcantbum, squama æris, oleum de vitreolo, trochisci andronis, phasionis, asphodelorum, vnguentum ægyptiacum, vnguentum apostolorum, puluis mercurij, arsenicum sublimatum, etc.
Les septiques ou vesicalifs sont :
Radix scillæ, bryoniæ, sigilli beatæ Mariæ, bulbosa radix ranunculi, panis porcini, apium risus!, lac tithymallorum, lac fici, euphorbium, anacardus, sinapi, cantharides , arsenicum sublimatum :
Lesquels corrompent la temperature de la partie, et y attirent humidités estranges.
Les escharotiques ou caustiques sont :
Calx viua, fæx vini cremata, et præcipuè aceti, ignis, ad quem referuntur omnia cauteria actualia dicta et potentialia, desquels parlerons Cy apres.
Nous vsons des medicamens Corrosifs és corps delicats, et maladies qui ne sont trop rebelles. Et pourtant
{L'édition de 1575 ajoutait ici : patta leonis. | . J
d'autant qu’ils sont moins acres et mordans, d'autant sont-ils de plus grande operation, à cause qu'ils causent moindre douleur. |
Des putrefactifs et escharotiques
nous vsons és corps plus durs, et
maladies plus grandes : comme és ylceres calleux, fistuleux, putrilagineux, humides, et difficiles à guarir.
Mais des escharotiques particuliere-
ment és chancres, charbons, he-
morrhagies, et à plusieurs autres maladies. Toutesfois en l’vsage d’iceux faut tenir bon regime et maniere de viure, auec abstinence de vin, et auoir grande prudence à les appliquer : pour raison des grands symptomes et accidens qui s’en ensuiuent, comme extremes douleurs, syncopes, defaillance de cœur, fiéure, inflammations excessiues, gangrene, mortification, et souuent la mort,
Il ya grandes commodités du cautere,tant actuel que potentiel :comme de corroborer la partie, la desseicher, corriger son intemperature, obtondre et hebeter la venenosité et corruption : et autres plusieurs vlililés, lesquelles sont descrites par Auicenne.