DE LA SEICUERESSE , NOIRCEVU, ET AV- TRES ACCIDENS DE LA LANGVE
D'autant que la langue a sa tunique commune qui l'enueloppe auec toute la bouche, i'œsophage et le ventricule, et qu'elle a de petites veines par lesquelles elle a communication auec les viscères , il arriue de là que de la couleur de la langue nous iugeons de la disposition des entrailles, et des humeurs qui sont contenues dans les veines. Aussivoyous-nousdurant les fléures que la langue prend diuerses qualités et affections, selon la condition, violence, et malignité de la ûéure. Cela arriue volontiers à la langue , pource que les vapeurs qui s'esleuent de bas en haut, lors qu'elles sont paruenues iusques à la langue, pour ne pouuoir passer outre et pour trouuer la langue molle et spongieuse, elles s'y attachent et la rendent telle qu'elles sont, tantost aspre et rude, tantost noire, tantost fendue, tantost seiche, et ainsi des autres. Doncques tous ces accidens icy sont produits parles fumées bruslées qui s'esleuent de tout le corps , et font le mesme effet que les fumées qui s'esleuent du bois qui brusle, lesquelles noircissent la cheminée, et y font croistre vue suye qui la couure comme vne grosse crousle.
Or l'aspreté de la langue venant d'vne grande seicheresse doit eslre corrigée par les remèdes qui humectent, lenissent et adoucissent, comme par le syrop violât, de iuiubes, de sucre candi, sucrede réglisse tenu en la bouche. A mesme elTct on prépare vn gargarisme de décoction d'orge ,
déracine cl semence de guimauues, de semence de lin , de fueilles de laictue et de pourpié, de fleurs de violettes, auec quelque syrop conuenable.
Les mesmes medicamens sont bons à la noirceur de la langue, ensemble les frictions que l'on y fait auec vn linge rude ou auec vne cuilliere d'argent, lauant aussi la bouche auec verjus, vinaigre, vin blanc, syrop aceteux, miel rosat, suc de limons, d'orange et autres.
Quand la langue est fendue et comme découpée en diuers lieux, pour l'adoucir on prépare le mucilage de semence de coings et de psyllium : on la laue auec le laict clair, ou mesme auec le laict : on fait vn gargarisme de feuilles de laictue, de pourpier, de planlin, de langue de chien, semence de coings et de psyllium, auec le miel rosat ou violât, et le syrop violât. Pour les ordures qui s'attachent à la langue, aux dents et au palais de la bouche, on les gratte auec vne cuilliere d'argent, et on laue la bouche auec les mesmes remèdes cy dessus speciflés.