‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 153 sur 515 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

CVRE DE LA SCUTIQVE.

En la goule sciatique , combien que communément elle soit faile de pituite Cl asse , toutesfois si le corps du malade abonde en sang , et qu'il soit fort et de température sanguine, il faut faire la saignée : car par icelle il se fait égale vacuation des humeurs : et partant la fluxion ne sera si prompte à courir sur la partie.

le vous puis asseurer que n'ay iamais trouué plus présent remède à seder la douleur causée d'inOammation phlegraoneuse que la saignée , premièrement faite de la veine basilique au bras qui est du costé malade, comme i'ay dit cy douant (à fin de faire reuulsion ) : et après ( pour descharger et vacuer la matière conioinle ) de saigner la veine sciatique , qui est sur la malléole extérieure du pied , sçauoir est , si la douleur occupe plus cesle partie : et si elle est plus grande au dedans , faut ouurir la veine saphene , qui est sur la malléole interne : et faut tirer du sang selon qu'on verra estre nécessaire. Et à ce faire ie conseille au ieuue Chirurgien qu'il appelle le Médecin , à fin qu il soit présent lors qu'on tirera le sang : et où le cas aduicndroit qu'il ne s'y peusl Irouuer, et qu'il ordounast tirer trois palleltes , plus ou moins, de sang des veines sciatique et saphene , il pourroit faillir à la quantité du sang : à cause que pour saigner telles veines aux pieds, il les faut mettre en eau chaude , et le sang se meslant en l'eau , on ne peut bien obseruer la quantité : si ce n'est qu'en laisant mettre le pied du patient de-

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dans le vaisseau auquel soia l'eau , il fera vne marque à la hauteur tic l'eau, puis il acliouslcra deux ou trois palletles d'autre eau , plus ou moins , selon qu'aura ordonné le médecin, el fera de rechef vne autre marque autlit vaisseau puis retirera la qu ntilé de l'eau proportionnée du sang qu'il faudra tirer, et ainsi il ne pourra faillir à tirer plus ou moins la quantité du sang qu'aura ordonné le Médecin

Pareilleraenf les clysteres forts et aigus sont vtiles , pourueu qu'il n'y ait rien qui les empeschast, comme seroient vlceres aux intestins el hemorrhoïdes.

Exemple d'vn cbjsiere.

If Rad. acori § . ij.

Centaurij. rutae, saluiœ, rorismarini, ca-

laraenlbi, origani, pulcgij, ana m. fi.

Slœchados Arabicae, florum cliamœmeli,

meliloli, anelhi ana p. j.

Seminis anisi, fœniculi ana §. C

Fialdecoctio ad lî>. j. in colatura dissolue :

Hierœ, diaphœnicl ana 5 . G.

Mell is anlhosati, et sacchari rubrl an. 5 . j . Olei liliorum § . iij.

Fiatclyster.

Lequel il faudra accommoder au tempérament, aage, et au temps, selon la prudence du Médecin.

Aussi les purgalions vigoureuses , comme les pilules d'hermodacles, fétides , arthritiques , assajeret pour les pituiteux , et autres cy dessus mentionnées. L'electuaire de diacartami purge l'humeur cholérique et pitui-

1 Subtile obserualion de l'Aulheiir. — A. ^.

Nous avons trouvé plus liaut , dans ce même livre, la manière d'établir les cautères ; voici maintenant un procédé fort ingéniei'u pour la saignée du pied, qui est resté dans l'oubli , sans doute parce que personne n'était Icnlé de l'aller chercher là.

ÉME LIVRE,

teux. Les vomissemens frequens (si le malade le peut faire commodément) font euacuation non seulement des humeurs, mais aussi reuulsion d'iceux , comme nous auons dit par cy deuant. Les bains et sueurs sont semblablement bons. Aussi la décoction degaiac ou de salseparille, et en vser tant et si peu qu'on verra estre nécessaire. Et si on connoist qu'il y ait chaleur, on frottera la partie (Toxyrhodinum, qui est mixtion d'huile rosatet de vinaigre, principalement quand la douleur est profonde.

Car le vinaigre, à cause de sa ténuité pénétrant iusques au profond, fait voye à l'huile . laquelle de son naturel appaise les douleurs. Aussi on pourra vser d'autres repercus.sifs , si on connoist estre besoin : el après on appliquera remèdes qui attirent el resoluent, lesquels ne seront nullement appliqués que premièrement on n'ait fait vacuation vniuerselle, de peur qu'on n'altirast trop d'humeur à la partie , el qu'il ne fust rendu visqueux etespais.

Donc après les choses vniuerselles , pour attirer l'humeur du profond à la superficie , on vsera de l'emplastre fait de poix et d'euphorbe et de soulphre , fait ainsi ' :

Of. Picis nanalis tt. j.

Sulphuris viui subtilitcr puluerisali 5 . ij

Euphorbij puluerisati 3. ij.

Lardi 3 . (i .

Fiatemplastrumsecundum arlem, etexlen-

datur super alutani.

1 Dans l'édition de 1575, on lisait : de

l'emplaslre de poix cl de sotiplii e cy dessus mcnlioimé, ou vit emi)l<istre d'ummoiiiac , etc. — En 1579, il s'aperçut sans doute qu'il n'avait point donné la formule de cet emplâtre, et il corrigea r de l'emplastre fuit de poix et de souplire [desquelles choses il faut vicr auec

Dont il faut vser auec prudence, de peur qu'il n'y suruienne inflaminalion. Oa vu emplaslre d'ammoniac, eupliovbe , lorcbenlhine, propolis, galbanum, bdellium, opopaiiax, et semblablemeut d'builc de sauge, rosmarin, de pyrethre et autres semblables, extraite par quinte-essence : lesquelles sont bien plus à louer que les autres, d'autant que d'icelles les vertus sont plus pures, et leur action plus prompte sans comparaison que celles qui ne sont tirées par quinte-essence, par-ce que elles sont de ténue et subtile substance, et pénètrent fort profondement, et resoluent et roborent les parties nerueuses.

Semblablementonfera desfomentations d'herbes discutientes et résolu tiues, comme racines et fueilles d'hie- Mes, ireos , graine de laurier,- genéure , semence de fœnugrec , anis, fenoïiil, sauge, rosmarin, camomille, melilot, fueilles de sureau, et leurs semblables : et les faut faire cuire en vin et en huile , et de ce soit faite fomentation.

Aussi cesle emplastre est fort loiiée des anciens pour résoudre et seder la douleur, auec ce qu'elle attire les espines et os pourris*.

If. Seminis vrticœ mundaUe, spiima; boracis, salis ammoniaci , radicis arislolochiœ rotunda;, colocynthidos, terebent.

"Venela; ana. 3 x.

Fœnugr. piperis long!, xylobalsami, thuris, myrrbae, adipis caprilli , gumml pini ana 3. v.

Cerœ ft . fi .

Laclis ûcus silucstris 3. lij. ù.

prudence de peur qu'il n'y suruienne injlammalion) . el enfin il en donna la formule en

1 Auicenne loué cesl emplastre. — A. P.

DES GOVTES.

Il faut liquéfier les choses seiches auec quantité suffisante d'huile de lis et bon vin , et le tout incorporé ensemble, soit fait emplaslre, et en soit appliqué dessus l'os ischi(m.

Autre.

if. Sinapi acelo acerrimo dissoluli 5 . Fermenti acris o- ^^ Pulucris hermodactylorum 3. ij.

Mellis communis 3 . iij.

Terebenlhinœ 5 . iiij.

Oleilaur. et de spica ana g . ij.

Farinœ fenugrac. g.j. fi.

Terrœ formicarum cum ouïs tt. j.

Foliorum laup , saluiae, rutœ, rorismarini ana m. fi.

Vermium terreslrium praeparatorum 11). fi.

La terre de fourmis , et leurs œufs, et les vers , cuiront à part , auec les herbes hachées auec vin blanc , puis coulées, et en icelle coulalure on adioustera les autres choses selon l'art : et de ce soit appliqué sur l'os ischion, comme dessus.

Autre,

if. Radicis enulœ campanae, sigilli Salomonis, bryoniœ, bismaluae ana

Coquanlur complété el pislenlur, et p;issentur per setaceum, addendo :

Farina? fœnugrœci et hordei ana § . j. Olei liliorum et camomillae ana §• i'i- Terebenth. 5 . iiij. Ceraî quantum sufficit.

Fiat cataplasma.

Il résout et appaise la douleur, et attire la matière du profond à la superficie.

Autre.

Radicis sigilli beata; Maritc g ■ vj.

Emplaslri diachylonis aibi S • iiij- Croci dissolut! in aqua \ila!.3. ij.

LK VINGT-VNIÉME LIVRE

TertbenlhiniB g . j.

Olei (Je spica nardi quaiitiiin sufficit.

Fiai cmplastrurn , appliceLur super alulam calide.

l'ay appliqué plusieurs fois de la seule racine de sigillum bealœ Mariœ en rouelles sur toute la hanche, qui a sedé iost la douleur causée de matière froide.

yJuire.

2C. Ceia; citrinœ et lerebenthin.'e abielis ana

Fundanlur simul in vaso duplici : et vbi rcfrixerinl, adde :

Pulueris hermodactylorum §• fi.

Florum camomillie, iridis Florenlia; ana 3. iij.

SpicEC nardi, florum Ihynii ana 5. ij.

Iiilcrioris cinnamomi elecli et seminis nasturlij ana 3. ij.

Crooi ». iiij.

Malaxcntur simul manibus axungia porci vetere non salila Ynclis, et liai massa emplaslri.

Et si par ces remèdes on ne peut seder la douleur, alors faut venir aux plus forts , comme appliquer dessus grandes ventouses auec grande flamme pour attirer l'humeur du profond à la superficie : puis appliquer vesicaloires , à fin que Ton fasse vacualion manifeste de l'humeur contenue à la partie.

Exemple d'un vesicaloire,

:2f. Cantharidum, quibus detraclee sunt ala; 3. ij.

Slapbidis agriœ 3. iij.

Sinap i 3. j, &.

Fermenli acerrimi o- ^•

Ces choses soient incorporées ensemble, et soit fait vesicaloire.

^uïre.

Prenez l'intérieur de l'cscorce de viorne,

le poids de deux cscus, et appliquez au dessous de la douleur.

Les vlceres faites par les vessies seront tenues longuement ouuertes, à fin de vacuer et tirer l'humeur conioint en la partie. Si la cuisse tonihe en atrophie , on y procédera en la manière qu'auons déclaré , traitant des accidens des fractures et luxalions.

Et si pour tous ces remèdes le panure goûteux ne Irouue allégement de son mal, il faut venir à l'extrême remèdes par le commandement d'Hippocrates^, qui dit, que ceux qui sont affligés de douleur diuturne en l'ischion, la cuisse se luxe, et deuiennent tabides, et clochent à perpétuité , si on ne les cautérise. Aussi Celse^ commande qu'on vlcere la peau aux vieilles douleurs scialiques en trois ou quatre lieux, auec cautères î car toutes telles douleurs, quand elles sont enuieillies , à grande peine peuuenl estre guaries sans brusleures : et on a veu plusieurs qui ont recouuert santé après l'application de cautères.

Parquoy pour seder l'extrême douleur, et prohiber les accidens prédits, on appliquera trois ou quatre cautères actuels ou potentiels autour de la loin tu re de l'ischion , les faisans profonder en la chair l'espaisseur d'vn doigt, (plus ou moins, selon que le malade sera gras ou maigre ) se donnant garde de toucher les nerfs. Et pour bien faire, le chirurgien doit tenir les vlceres longuement ouuertes, à fin de donner issue à la matière conioinle qui a esté de long tems retenue en la partie affectée, qui se fera par le moyen de petites boulettes

d'or ou d'argent, gentiane, ou de cire

> Hippocrales, ^ph. CO, //«.6. — A. P. 2 Celse /('«. 4. — A. P.

DES GOVTES.

fonduo aiiec poudre de vitriol ou de iiicrrinv, ou d'autre uialiere catliercliqnc

Or les cautères profitent pareillement à cause qu'eschauffans la parlie , aussi ils eschaulTeiit et dissolueut les humeurs froids, et sublilient les gros et visqueux , et les attirent dehors pour estre euacués parles excre mens que iettent les vlceres : et aussi que les ligamens se resserrent par les cicatrices, et la partie affectée demeure puis après forliliée 2.

Annotation au ieune chirurgien :

c'est qu'il faut faire fléchir et estendre la cuisse malade de celuy qui aura vne sciatique, de quelque cause que ce soit, de peur que le ligament cartilagineux qui lie les os ensemble ne s'enfle au dedans de la iointure, et que les os ne se conioignent ensemble, et se face vn anchilosis.

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