‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 184 sur 515 · PROGNOSTIC DV VENIN DES DESTES · texte numérisé non relu

PROGNOSTIC DV VENIN DES DESTES

Cornélius Ceisus, et tous les anciens médecins tiennent que toutes morsures et esgratigneures, piqueures et bauejdes aniniaux, participent de quelque mauuaise qualité, toutesfois les vnes plus et les autres moins. Les plus sont celles qui sont faites de bestes venimeuses, comme d'aspics, vipères, couleuures et autres serpens, basilic, dragon, crapaux, chien enragé;, scorpion, araignes, mousches à miel, guespes, et vne infinité d'autres. Les moins venimeuses sont celles qui sont faites d'autres animaux non venimeux, comme le cheual, le singe, le chat, le chien non enragé, et plusieurs autres : lesquels, encores qu'ils ne soyent venimeux , leurs morsures sont toutesfois plus douloureuses et difficiles à guarir que

* Le chapitre se terminait ici en 1579; le reste a été ajouté en 1585.

2 £iure deslHeux affectés, c. .5.' — A. P.

9 Ce chapitre est presque littéralement le même que le chapitre 2 du livre tic 1575, qui portait pour titre : Du venin naturel.

SIÉME LIVRE ,

les playes ordinaires faites d'autres causes : ce qui aduient parce qu'ils ont en leur saliue ou baue quelque chose contraire à noslre nature, laquelle induit vne mauuaise qualité en l'vlcere, la rendant plus douloureuse et rebelle aux remèdes : ce que non seulement nous apperceuons en telles morsures, mais aussi aux esgratigneures des bestes qui ont des ongles, comme les lions, les chats, et autres.

Aucuns ne veulent excepter de ceste condition de motsure celle des hommes , affermans icelle participer de quelque venenosité, et principalement des rousseaux piquetés de marques tannées, noires et autre couleur, qu'ils ont partout leur corps, et encores plus s'ils sont en colère. Quant à ceux qui ne sont de tel tempérament, on peut tenir leur morsure n'estre participante d'aucune venenosité à raison de leur saliue , laquelle on voit par expérience estant appliquée és petites vlceres, les guarir.

Parquoy la difficulté qui vient de guarir la morsure qu'aura fait vn homme non roux, vient à raison de la meui-trisseure qui se fait au moyen des dents, qui sont mouces et non trenchantes, lesquelles ne peuueut entrer dedans la chair sinon en escachant et contusant, comme se font les coups orbes et les playes faites auec des pierres ou basions, ou autres semblables, lesquelles on voit estre plus difficiles à guarir que celles qui sont faites auec glaiues trenchans.

Et pour retourner à nostre propos, nous dirons qu'entre les bestes que nous auons dit estre les plus venimeuses, il s'en trouue peu qui soyent de lardiue opération : mais elles font communément mourir soudainement ceux qui eu sont mords ou piqués.

Sur quoy faut obserucr que les venins iellés par les animaux vifs sont plus forts cl violents que de ceux qui sont morls, d'autant plus qu'ils ont vue ciuileur naturelle qui leur sertde véhicule pour les conduire au corps.

Aussi outre ce, la ténuité de la substance fait que le venin en est plus liastif.

D'auantage, il y a des besles qui ont le venin si dangereux, qu'il fait mourir vue personne en moins d'vne heure, comme sont les aspics, basilic, et crapaux. Les autres n*ont leur venin si furieux, donnans induces deux ou trois iours, et quelquesfois plus, deuant que faire mourir la personne, comme la couleuure, et autres. Outre lesquelles il y en a qui donnent encores plus long espace de vie, comme le scorpion et araignes.

Eref,il y a certains venins, lesquels eslans entrés au corps de l'homme, Yoire en petite quantité , y opèrent d'vne si grande violence et promptitude que fait le feu en la paille seiche, tellement que l'on n'y peut remédier par aucune manière, à cause que la vertu du venin est plus grande que le remède n'est fort : et partant alors il renuerse, conuertit et transmue promptement les esprits et humeurs en son naturel. Car tout ainsi que les viandes que nous mangeons se conuertissent en nostre nature :

aussi au contraire , tels venins estans dedans nostre corps rendent toils les membres infectés , non moins que l'air pestilent estant receu par vue seule inspiration d'vn homme pestiféré. L)e cesle malignité aduient qu'aucuns ont vne grande inquiétude, et meurent furieux et enragés : au contraire, on en voit d'autres qui sont fort assopis et endormis, et deuiennen t enflés comme hydropiques.

DES vKïriNS. ^99 Outre ces choses faut entendre, que

le lieu et le temps auquel les bestes venimeuses sont nourries, donnent plus ou moins do vigueur à leur poison. Car celles qui sont nourries aux montagnes et lieux secs, sont plus dangereuses qiie celles qui sont nourries és lieux froids et marescageux.

Aussi toutes morsures de bestes vénéneuses apportebt plus de danger en esté qu'en hyuer.

D'auantage , celles (Jui sont alTamées, ou ont esté irritées, sont plus dangereuses que les autres, et leur venin est plus pernicieux à ieun , qu'après qu'ils ont mdngé. Pareillement les ieunes , et qui sont amoureuses , c'est à dire en rut , sont plus malignes que les vieilles, et que celles qui ne sont en rut. Aussi on tient que le venin des femelles est plus dangereux que celuy des masles. Plus les piqueures et morsures, des bestes venimeuses qui mangent les autres bestes vénéneuses (comme les couleuurcs qui mangent les crapaux, et les vipères qui mangent les scorpions et araignes, et les canlharides et buprestes) sont beaucoup plus pernicieuses que les autres qui n'en mangent point.

Or l'impression subite , ou la résistance au venin, aduient le plus souuent selon que le venin est de subtile ou de grosse substance , ou que la complexioù et température de ceux qui sont molds ou piqués, est. chaude ou froide , forte ou débile. Car ceux qui sont de température chaude, ont leurs veines et artères plus grosses et dilatées, comme nous, auons, dit par cy deuant, et par conséquent tous les conduits du corps plus |ouuerls, qui fait que le venin passeet entre promptement iusques ^au cœur : .ce qui ne se fait si subitement à ceux jjui sont do

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LF. VINGT -TROISIÈME LIVRE

tonipcraliire froide, cl qui ont les veines et artères plus serrées, et par conséquent le venin ne pénètre si tost, qui fait qu'ils ineurent plus lard :

non plus ne moins que nous voyons aduenir souuenlesfois par les médecines laxaliues qu'on donne aux malades, que deux dragmes de iheubarbe feront plus à vn, que quatre à vn autre, pour la diuersité des complexions de ceux qui la prennent.

D'auantage, les venins ne peuuent tant nuire à ceux qui ont mangé et beu qu'à ceux qui sont à ieun, à cause que par les aliniens, les veines et artères et les conduits du corps estans remplis, et les esprits fortifiés, cela garde que le venin n'agist si fort et promptement qu'il feroit si le malade n'auoit mangé ny beu. Et voila les raisons pourquoy ceux qui sont mords ou piqués meurent plus tost ou plus tard les vns que les autres, ayans esté empoisonnés de bestes venimeuses.

Or si le venin opère par qualité occulte, le prognostic et la cure en sont fort difficiles : et alors faut auoir recours aux alexiteres , qui ont aussi vue propriété inconneuë, et principalement au Iheriaque, pource qu'en sa composition il y entre des venins chauds , froids , secs , et humides : et pourtant il résiste à tous venins, et principalement aux naturels, comme des bestes, plantes et minéraux : et non aux artificiels, desquels à la mienne volonté que iamais homme n'eusl mis la main à la plume pour en escrire,et n'eussent iamais esté inuentés, à fin que nous n'eussions à combattre que les naturels des bestes, pource qu'on s'en peut mieux garder que de ceux qui sont faits par la malice des traistres meciians bourreaux empoisonneurs et parfumeurs.

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