CHAPITRE XIV
DE LA CVRE VNIVEnSELLE >.
Quant à l'euacuation vniuerselle,il faut obseruerque l'on ne face saignée, et qye l'on ne donne médecine laxatiue, ny çlystere, ny vomitoire, ny bains, ou autres sudaloires, qu'il n'y ait pour le moins trois iours passés après la morsure faite : aussi que le patient euile le coït, de peur de faire commotion et perturbation aux humeurs et esprits, et que le venin fust par ces moyens plus promptement porté au cœur : mais quand la matière venimeuse sera esparse, et l'acuité diminuée, alors telles euacuations pourront estre faites, et non autrement. Mais pour tous medicamens intérieurs suffira vserde contre-poisons au commencement, comme de toutes sortes de theriaque, methridat, et autres semblables choses:
lesquelles estans contraires aux venins, changent et altèrent tout le corps. Non pas qu'il faille entendre, que leur substance pénètre et passe tout le corps ( car il est impossible qu'en si peu de temps vne si petite quantité de matière , qu'on donne pour contre-poison, puisse passer vne si grosse masse de nostre corps) mais elle s'espand, et enuoye ses vertus et qualités: comme iournellementnous voyons que quand nous auons prig
1 C'est le chapitre 4 du livre do 1575.
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des pilules, ncantinoins que leur substance ou matière demeure en l'estomach, leur vertu est espandue iusques au cerueau,et par tout le corps.
On en peut autant dire d'vn clystere, qui estant dans les intestins, a puissance d'attirer les humeurs du cerueau ^ On voit aussi cesl el'fet és médecines , qui attirent par leur vertu iusquesau dedans des iointures et de toutes les parties du corps. Et pour le dire en vn mot, les contrepoisons opèrent en nos corps, pour combattre le venin, et le chasser, et vaincre sa virulence, ainsi que le venin fait pour exercer sa tyrannie, et saisir le cœur : toutesfois il faut bien notter , que la contre-poison doit estre plus forte que la poison, à fin qu'elle domine : et partant en faut vser eu plus grande quantité que n'est le venin, à ce qu'elle soit plus forte à le vaincre et chasser. Et en faut donner deux, fois le iour, continuant tant que l'on verra le venin estre amorti , et les accidens cessés. Et cecy est non seulement proQtable pour l'euacuation de la poison, mais aussi pour fortiûer les parties nobles.
Or outre les choses susdites, faut auoir esgard à altérer l'humeur : ce que nous auons dit estre la seconde indication qu'on se doit proposer en la cure présente. Ce qui se fera en changeant vne qualité contraire par vne autre contraire 2. Exemple : si le patient sent vne véhémente chaleur au lieu où est la morsure, ou en tout le corps, alors il faudra appliquer
1 Le texte de 1575 ajoulail ici : comme tesmoigiie Galien au Hure des simples medicamens ; et de plus on lisait en note .- Gai. au lia. 5. des simples , clia. 19. Tout cela a élé rayé dès 1579.
2 On retrouve déjà les bases de ce traitement en 1564. Voyez tome II, page 193.
SIÉME LlVfiP.,
remèdes refrigerans : au contraire s'il sent froidure, remèdes calefactifs, et ainsi des autres qualités.
Cecy te suftise pour le regard des venins et de leur cure en gênerai : il en faut traiter maintenant en particulier. Et premièrement nous commencerons aux morsures des chiens enragés.