CHAPITRE XXXVI
DES IV10VSCIIE8 C.WTIIARIDI S
Les mousches cantharides sont resplendissantes comme or, el soni fort belles à voir, à raison de leur couleur azurée parmy le iautu^. loiilesfois de tres-mauuaise odeur Elles sont chaudes et seiches iiisqu(!s au quatrième degré, et partant corrosiues, bnislantes et venimeuses, non seulement à cause de leur chaleur et seicheresse excessiue, mais aussi à cause d'iine particulière inimitié que Nature leur a donnée, principalement contre les parties dédiées à l'vrine^, tioti seulement prises par la bouche, mais aussi appliquées par dehors, quand il est besoin de ressier ou vlcerer quelque partie.
Les signes ou arcidens d'auoir pris des cantharides par dedans.
Le premier est que le malade sent au goust comme poix noire fondue, qui procède des humeurs vaporeuses bruslées en Testomach et au foye par la véhémente chaleur putredineuse de leur poison ^ : el tost api és qu'elles sont entrées dans l'estomach, le rongent el corrodent, et y causent grande douleur, et excitent vue inflammation au foye et aux boyaux, donl il s'eusuit flux de venlre , par lequel le malade ietle par ses selles des excremens semblables à l'eau dans laquelle
' Ce chapitre est presque enlièremenl copié du cliapitrc 21 du livre de 1675.
2 La phrase s'arrêtait là en 1675 ; le reste est de 1579.
3 Cette phrase explicative: qui procède des humeurs vaporeuses, etc., est une addition de
on a laué cLair sanglante, ou comme le flux des dysenteries et caquesangiies. Et à cause de l'aduslion qu'el les l'ont aux humeurs, suruient fiéuie ardente, de façon que les malades deuicnnont vertigineux et insensés, no se pouuans tenir en place , pour les fumées et exhalaisons venimeuses qui montent des parties basses au cerneau, lequel ressentant telle vapeur, peruertit le iugement et la raison :
tous lesquels signes apparoissans, on peut iuger la maladie estre incurable.
Et quant aux parties dédiées à l'vrine, causent inflammation , excorialion et vicere , auec vne extrême douleur, érection de la verge et tumeur aux hommes, et aux femmes de toutes leurs parties génitales, qui fait que l'vrine sort en moindre quantité, et encores le peu qui en sort est sanguinolent: voire souuentesfoisles patiens pissent le sang tout pur, et quelquesfois aussi les conduits de l'vrine sont du tout estoiipés, dont s'ensuit gangrené et mortiflcalion, et par conséquent la mort.
La cure du venin des cantharides prises par dedans ou par dehors , ne diffère que selon plus ou moins. Lors que quelqu'vn aura pris des cantharides, faut promptement le faire vo mir, et luy donner du laict de vache à boire, lequel a vertu d'esteindre l'ardeur de ia poison, et restreindre le flux de ventre, seder la douleur, parce qu'il lenit et adoucit la chaleur et seicheresse. Pour ceste cause , on en vsera tant au boire qu'en clysteres et inieclions : et qui n'aura du laict, on vsera d'huile d'oliue ou d'amendes douces, pour adoucir l'acrimonie de leur venin, qui pourroit estre attaché contre les parois de l'eslomach et intestins. Et leur fera on autres choses qui seront recitées par ceste his-
DES VENINS. '
toire, laquelle il m'a semblé bon de réciter, non pour enseigner le moyen d'en Yser, mais au contraire h fin de s'en preseruer, ot endoctriner le chirurgien où telle chose aduiendroit d'y remédier
Vn Abbé (le moyen aage , estant on ceste ville pour solliciter vn procès, sollicita pareillement vne femme honnestede sonmeslier, pour deuiser vne nuict auec elle, si bien que marché fait, ilarriua en sa maison. Elle recueillit monsieur l'Abbé amiable ment , el le voulant gratifier , luy donna pour sa collation quelque confiture en laquelle y enlroit des cantharides, pour mieux l'inciter au déduit venerique. Or quelque temps après, à sçauoir le lendemain, les accidens que i'ay par cy deuant déclarés aduindrent à monsieur l'Abbé, et encores plus grands, parce qu'il pissoit et iettoit le sang tout pur par le siège et par la verge. Les Médecins estans appelés, voyans l'Abbé auoir tels accidens , auec érection de verge , conneurent qu'il auoit pris des cantharides. Ils luy ordonnèrent des vomitoires et clysteres , fails d'orge mondé, de ris, de décoction de m aulnes, semence de lin, de fenugrec, d'huile de lis, suif de bouc ou de cerf, et puis après vn peu de Iheriaque mixtionné auec conserue de roses, pour faire sortir la poison dehors.
Pareillement on luy donna à boire du laict, el on luy en fit aussi des inieclions en la verge, el aux inlestins , auec autres choses réfrigérantes, glaireuses et gluantes, pour cuider obtondre et amortir la virulence et malignité du venin. Or telles choses à bon droit
1 L'édition de 1575 disait simplement:
et leur fera- on autres choses, qui seront redises par ceste histoire.
ont esté ordonniîes des anciens Médecins, parce qu'elles demeurent longtemps attachées aux parties intérieures offensées et vlcerées : ioint aussi qu'elles gardent que le virus n'y peut pénétrer : et parlant le laict y est fort hon. Aussile beurre frais beuetiettéen la vessie, et l'huile d'amendes donces recentement tirée : semblablemcnt les mucilages de psyllium, de maulues , de coings : etlesyrop de nénuphar, de pauot, de violes, le jus de laictues, pourpié, concombres, de courges, et de melons. Or son boire estoil eau d'orge et ptisane » : son manger estoit poullailles, veau, chéureau, cochons gras boulins auec laictues, pourpié, maulues, violiers de Mars, orge, lesquels alimens luy estoient aussi medicamens, tant pour lascher le ventre, que pour adoucir et seder les douleurs de l'acrimonie du venin : et sur la région des reins, lombes, et sur le penil,on mit plusieurs choses réfrigérantes et humectantes. D'auantage il fut baigné, pour cuider donner issue au venin par les pores du cuir : mais pour tous ces remèdes faits selon l'art, monsieurl'Abbé ne délaissa à mourir auec gangrené de la verge.
Et partant ie conseille à telles dames ne prendre de telles conûturos, et moins encores en donnera homme viuant, pour les accidens qui en aduiennent.
1 L'édition de 1675 portait : Or son boire estoil d'orge et ptisane: mais pour tous ces remèdes faits selon l'art, monsieur l'abbé ne délaissa à ' mourir le troisième iour auec gangrené de la verge.
Ainsi les autres détails qui suivent sur le traitement ont été ajoutés en 1579; mais en revanclie cette édition, et par suite toutes les autres , avaient omis ce point important pour l'observation, que la mort était arrivée le troisième iour.
LE VlNGT-TROrsiÉRTE LIVRE,
le racontcray encore ceste histoire.
Depuis quelques ans en ça,vne damoiseile vint à Paris fort couperosée au visage, y ayant de gros saphirs, ou boutons, auec grande rougeur, en sorte que plusieurs qui la voyoienl l'eslimoient estre lépreuse , iusques à luy interdire de non plus entrer en l'église de sa paroisse de peur qu'elle ne gastast les sains. Icelle appeila auec moy messieurs laques HoUier, et Robert Greaume , Docteurs Regens en la faculté de Médecine, auec Estienne de la Riuiere et Germain
Cheual , Chirurgiens iurés à Paris, pour donner aide à son mal. Et après qu'elle nous eut monstré plusieurs receples des remèdes qu'elle auoit pris pour cuider estre guarie : après aussi l'auoir exactement visitée et examinée, fut conclu et accordé, qu'elle n'esloit aucunement lépreuse :
parquoy pour guarir sa couperose, on luy appliqueroit vn vesicaloire fait de cantharides, sur toute la face, à fin d'allirer la matière des boutons, et l'humeur superflu qui estoit pareiilementimbuen loutson visage. Ceque ie fis. Et trois ou quatre heures après que le vesicatoire fut réduit de puissance en effet, elle eut vne chaleur merueilleuse à la \essie, et grande tumeur au col de la matrice, auec grandes espreintes : et vomissoit, pissoif et asselloit incessamment, se iettant çà et là comrne si elle eust esté dans vn feu, et estoit comme toute insensée, et febricitante : dont ie fus alors esmerueillé de telle chose.
Parlant ie r'appellay la compagn e, tant les Médecins que Chirurgiens.
Et voyant que tels accidens venoient à raison des cantharides qu'on luy auoit appliquées pour faire le vesicatoire, fut aduisé qu'on luy donneroit
du laict à boire en grande quantité, aussi qu'on luyen bailleroit en clysteres et iniections, tant au col de la vessie que de la matrice. Sembiablement elle fut baignée en eau modérément chaude , en laquelle auoit boiiilli semence de lin , racines et fueiiles de raauues et guimauues , violiersde Mars, iusquianie, pourpié, laictues : et s'y tintasse/ long temps, à cause qu'en iceluy perdoit sa dou leur. Puis estant posée dedans le lict, et essuyée, on luy appliqua sur la région des lombes et autour des parties génitales, onguent rosat et popu- Icum, incorporés eu oxycrat, à fln de refréner l'intemperatnre de ses parties. Et par ces moj^ens les autres accidens furent cessés.
Et quant à son visage, il fut entièrement vessié, et ietla grande quantité de sanie purulente : et par ce moyen perdit cesle grande deformilé de la face qu'elle auoit auparauant. Et après estre guarie, nous luy donnasmes attestation qu'elle n'estoil aucunement entachée de lèpre Et tost après estant retournée en sa maison, fut mariée, et a eu depuis de beaux enfans, et vit encore sans qu'on l'apperçoiue auoir eu la face cscorchée.
Ces deux histoires instruiront le ieune Chirurgien à remédier à ceux qui auront pris des cantharides, tant par dedans que par dehors, s'ils sont appelés pour y preuoir. Or deuant queles susdits accidens soyent siiruenus et grandement accreus, on fera au malade boire de l'huile, ou quelque décoction relaxante : pareillement on en baillera parclysteresetiniections,à fin de prouoquer le vomir, etiascher le ventre: et principalement pour garder que le venin n'adhère contre les parties par où il passe: comme lors que nous voulons appli-
DES VENINS
quer vn cautère potentiel ou vn vesicatoite sur vue partie, si elle est huileuse ou engraissée, ils ne pourront faire leur opération que premièrement on n'ait osté l'onctuosité.
Et pour le dire en vn mot, si vn venin a esté prins par la bouche, et est encore en l'estomach, il fanl prouoquer le vomir: et s'il est ja descendu aux boyaux gros, il faut donner clysleres : et si on a opinion que sa vertu soit espandue par tout le corps, il faut donner choses qui ont piiissance de chasser le venin du centre à lacircon • ference, comme bains, esluues : ou mettre le malade dedans les corps des bestes recenlement tuées, comme bœufs, vaches , mules et mulets, et faire autres choses qui prouoquent la sueur, comme auons dit cy deuant.