EXEMPLE DES MONSTRES QVI SE FONT PAR LES MALADIES HEREDITAIRES
Aussi pour les indispositions ou compositions héréditaires des pères et mères , les enfans sont faits monstrueux et difl"ormes : car il est assez manifeste qu'vn bossu fait naistre son enfant bossu, voire tellement bossu, que les deux bosses douant et derrière à quelques vns sont si fort esleuées que la teste est à moitié cachée entre les espaules, ainsi que la teste d'vne tortue dans sa coquille. Vne femme boiteuse d'vn coslé fait ses enfants boiteux semblables à elle :
autres estans boiteuses des deux hanches, font enfans qui le sont semblablement , et qui cheminent canotant : les camus font leurs enfans camus : autres balbutient : autres parlent en bredoiiillant , semblablemenl leurs enfans bredouillent K Et où les pères et mères sont petits , les enfans en naissent le plus sonnent nains , sans nulle autre deformité , à sçauoir quand le corps du pere et de la mere n'ont aucun vice en leur conformation. Autres font leurs en-
1 Balbutier, c'est-à-dire bégaye^, ne poiiuanl bien proférer lu parole. — Bredouillei', c'est dire deux ou trois fois vne parole sans estrc bien profcrie, — A. Pi
LE DIX-NEVFI
fants bien maigres, à cause que le pere et la mere le sont : autres sont ventrus et fort fessus, quasi plus gros que longs , parce qu'ils ont esté engendrés du pere ou de la mere, ou de tous les deux , qui seront gros et grands, ventrus et fessus. Les goutteux engendrent leurs enfans goutteux, et les lapidaires, suiets à la pierre : aussi si le pere et la mere sont fols , le plus souuent les enfans ne sont gueres sages : pareillement les epiieptiques engendrent des enfans qui sont suiets à l'epilepsie K
Or, toutes ces manières de gens se trouuent ordinairement, qui est chose qu'vn chacun peut voir, et connoistre à l'œil la vérité de mon dire: partant ie n'ay que faire d'en parler d'auanlage. Aussi ie ne veux escrire que les ladres engendrent des enfans ladres, car tout le monde le sçait. Il y a vne infinité d'autres dispositions des pères et mères, ausquelles les enfans sont suiets, voire des mœurs, de la parole ^, de leurs mines et trongnes , contenances et gestes, iusques au marcher et cracher. Toutesfois de ce ne faut faire reigle certaine : car nous voyons les pères et raeres auoir toutes ces indispositions, et néanmoins les enfans n'en retiennent rien : parce que la vertu formatrice a corrigé ce vice.
i^ivrr LIVRE.
•cette dernière phrase, relative à l'épilepsie, manque dans toutes les éditions du vivant de l'auteur, et n'a été ajoutée qu'à la première édition posthume.
2 L'édition de 1573 et toutes les autres jusqu'en 1585 finissaient le chapitre plus brusquement. Après ces mots: des mœurs, de la parole, e'ies ajoutaient simplement; iusques au marcher et cracker, non pas tousiours, mais le plus soutient. La nouvelle rédaction est de 1585.