‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 293 sur 515 · CHAPITRE Yin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yin

Or par ce discours du luif, on voit comme on nous fait au aller indiscrètement et brutalement la charogne puante et infecte des pendus, ou de la plus vile canaUle de la populace d'Egypte, ou de véroles, ou pestiférés , ou ladres : comme s'il n'y auoit moyen- de sauner vn homme tombé de haut, contus et meurtri, sinon en luy insérant et comme entant vn autrehomme dedans le corps :

et s'il n'y auoit auti;e moyen de recouurer santé, sinon que par vne plus que brulale inhumanité. Et si en ce remède y auoit quelque efficace, véritablement il y auroit quelque prétexte d'excuse. Mais le fait est tel de ceste meschante drogue, que non seulement elle ne profile de rien aux malades, comme i'ay plusieurs fois veu par expérience à ceux ausquels oq en auoit fait prendre, ains leur cause

1 Response du. Mf digne d'estre bien notés, . — A. P.

Dlî I/A

j-i andc .douleur in rcstonia,cli , auec puaiUoiir do bouche, grand vomissement, qui est plustost cause d'esmouuoir le sang, et de faire d'ananlage sortir Lors de ses vaisseaux , que de l'arrester. Les pesclieurs vsent d'appasfs puants pour allichcr les poissons : à ceste cause ils vsent de Mumie, parce qu'elle est fort puante.

Theuei dit l'auoir expérimenté en soymesme, en ayant queiquesfois pris en Egypte, à la suscilation d'vn nomme Idere luif. A ceste cause ie proteste (le iamais n'en ordonner , ny permettre à aucun en preudre, s'il m'est possible ^

Quoy, dira quelqu'v;i, que fei'a-oji donc pour gardiu- que le sang ne se coagule dedans le corps de ceux qui seront tombés de Jiaut en bas , ou auront receu couj>s orbes , comme de pierre ou de baston , ou de quelque mire chose iourde et pesante : o,u se seront violen terne» t heurtés contre quelque chose 4ure, ou par vne grande esteaision , comme ceux desquels on tire sur la gehenae , pour extrêmement crier, dont quelque vaisseau du .poulmon se peut ronyire, ou pour vn coup de harque- Uuse, ou,d'espée,.ou autre instrument

1 On retrouve une partie du texte de ce .rugraphe dans l'édilion de 1571). Voyez (ii-devani la note 2 de la page 481 ; mais à partir de ces mots : comme i'ay plusieurs fois veu par experiencp., Paré ajoutait :

« Et comme Theuet se dict auoir expérimenté en soy mesme , en ayant quelquefois pris en Egypte, d'où elle vient, à la suscilation d'vn médecin luif, mais d'auantage liiy causa plusieurs fois fâcheries et accidents, comme douleur et deuoyement d'eslomach, vomissement et puanteur de bouche : pour ces raisons non seulement ie n'en ay voulu ordonner, mais ainsi ie conseille bien de n'en prendre. aucunement. »

MVMIE. /iS'à

semblabl^e : et pour Je dire eji vn mot, loiiteg choses qui pcuueflt inciser, cojcitonijlre et nieurlri;', cesser , escacher et rompre , non seulement les parties molles , mais aussi les os, et faire sortir le sa;ig hors des veines et artères, quii!i,c.9,u.SC de.cc çoo.tpressées, exprimées, rompue^ et dilacej'ées , do.n,t le sang' tombe dedans les parties intérieures du corps, et spuuent est ietté n,on seulement par Jies playes , mais par la verge , siège , et par la bouche? Ce que i'ay veu plusieurs fois : mesiues les parties extérieures en sont pareillement cpptusées blessées auec playes, et souuent sans playe , de sorte que le cuir demeure tout entier, mais le sang est respandu par la chair des muscles, et entre cuir et chair seulement : dont la partie est rendue liuide et noire, laquelle disposition est nommée des anciens Grecs Ecchymosis. En quoy l'on obserue entre autres choses, que si quelqu'vn est tombé de haut, ou frappé de coup orbe, et qxi'il saigne par le nez, bouche et oreilles, cela véritablement demonstre qu'il y a quelque veine ou artère rompue et ouuerte dedans la teste , et souuent aduieut que le malade meurt. Les signes de mort sont vomissemens , défaillance de cœur , perdition de parole, délire ou resuerie, sueur froide, vrine retenue, et les eieclions sortent hors , ou sort retenues inuolontairement.

En tout cecy faut suiure la doctrine des anciens, comme Hippocrates en la seconde section des Fractures, qui dit, qu'en toutes grandes contusions il faut saigner ou purger, ou faire les deux ensemble , à fin de retirer le sang qu'il ne flue aux parties interieurés, et pour l'euacuer quand il y a plénitude. Pareillement Galien

sur la senlonce 62. de la troisième section du liurc des Articles , que si quelqu'vn est tombé de haut , encore qu'il n'eust assez de sang, si estce qu'il luy en faut tirer. Parquoy le chirurgien ne faudra à tirer du sang, selon la grandeur du mal , et plénitude et force du malade.

Ce que ayant fait , on luy donnera à boire de l'oxycrat , par le commandement du mesme Galien liure 5. de la Méthode , chap. 5, qui a faculté de réfrigérer et restraindre et inciser les trombus et caillots de sang, et garde qu'il ne se coagule dedans les parties tant intérieures qu'extérieures. ïoulesfoisil ne faut donner à boire à ceux qui ont vlceres aux poulmons et qui ont l'estomach plein de viandes i. Au lieu de l osycràt, on fera prendre au malade de la rheubarbe, qui est ainsi

'Ce paragraphe se retrouvait aussi, mais avec quelques moditicalions, dans l'édilion de 1579; ainsi à la suite du texte rapporté dans la noie précédente , on lisait :

« Mais au lieu d'icelle , faut vser des choses susdites (susdites au livre des cuniusions), et donner à boire de l'oxycrat, qui a faculté de réfrigérer , restreindre et inciser. La réfrigération despend de l'eau, et pour ceste cause. Gai. au liu. 5. de La melh. chap. 5, l'ordonne à boire et à appliquer par dehors. L'astriclion et incision procède du vinaigre, lequel mesme sert de véhicule à l'eau, pour la faire pénétrer, et par sa ténuité et faculté incisiue, discute et dissipe les trombus de sang, et garde qu'il ne se coagule dedans les parties intérieures et extérieures du corps. Toutesfois il faut noter qu'il ne faut donner à boire ledit oxycrat à ceux qui ont vlcere aux poulmons, et à ceux qui ont l'estomach remply de viandes (ce que i'ay fait plusieurs fois auec vne bonne et heureuse issue). »

Celte dernière parenthèse n'est pas bien logiquement placée; mais tel est le texte. Du reste, là finit le chapitre de 1579.

ordonnée par Rhasis et Mesué, comme s'ensuit:

'if. Rheubarbari elccti puluerisati 3. j.

Aqua; rubiaj maioris cl pianlaginis ana 3- j-

Thcriaca; 3. G .

Syrupi de rosis siccis 5 . G .

Fiat polus.

Lequel sera donné tout aussi tost que le malade sera tombé , et sera réitéré par trois malins, s'il est nécessaire. Autres l'ordonnent en ceste façon :

Of. Radicum gentianae § . iij.

Bullianl in oxycrato, in quo dissolulio rheubarbari elecli 3. j. Fiat polio.

D'auantage l'eau de noix vertes tirée par l'alambic est aussi fort loiiée, donnée à boire la quantité d'vne ou deux onces, qui a grandissime vertu de dissoudre le sang caillé tombé dedans le corps, ce que i'ay dit cy dessus. Qu'à la mienne volonté, les Apoticaires fussent autant curieux d'en estre fournis, comme ils ont esté et sont encore d'auoir de la Mumie, et qu'ils la vendissent au quadruple , ce seroit le mieux pour les malades.

Et i'espere qu'après auoir entendu par cest escrit la bonne drogue que c'est que la Mumie, ils n'en voudroient tenir à leurs boutiques , ny la plus vendre qu'aux pescheurs pour prendre les poissons.

Mais pour retourner à noslre propos, après auoir baillé au malade les potions susdites, il le faut enuelopper dedans la peau d'vn mouton ou d'vn veau fraîchement escorché , sur laquelle sera aspergé et espandu de la poudre de myrlhe : puis le poser dedans vn lit chaudement, où il sera bien couuert , et suera tout à son

DE LA

aiso, sans toutesfois dormir de quatre 011 de cinq lieurcs, à On que le sang ne so relire au dedans du corps: et le lendemain on luy estera la peau , t'I sera oint de ce Uniment, lequel a puissance de seder la douleur et résoudre le sang meurtri.

■if. Vnguenti de alth. 5 . vj.

Olei lunibricorura, camomilla; et anethi ana g . ij.

TerebenthiniB Venetœ 5 . iij.

Farina; fœnugra;ci,et rosaium rubraium, inyrlilloruni puluerisatorum ana 5 . j.^ Fiat linimentum.

Et si c'est quelque homme qui ne puisse auoir telles commodités , il le faut mettre dedans du fîen : mais premièrement dessus vn peu de foin, ou paille blanche , puis l'enuelopper en vn drap, et le couurir dudil flen iusques à la gorge, et l'y faire tenir tant qu'il ait bien sué.

D'auantage faut que les malades tiennent bon régime de viure, et ne boire vin de sept iours, ains seulement de l'hydromel, ou oxymeI,ou hypocras d'eau. Et si le mal est grand, de sorte que le malade fust tant meurtri qu'il ne peust remuer les membres, on luy donnera vne potion sudorifique , et le baignera-on en eau où ou aura fait boïiillir herbes neruales, et principalement les semences que l'on trouue sous le foin, qui ont grande vertu de dissoudre le sang meurtri, tant des parties intérieures qu'extérieures. Toutesfois s'il y auoit fiéure, ne le faudroit mettre au bain, et serois d'aduis qu'on appellast vn docte médecin.

Or après auoir discouru sommairement des remèdes pour garder que le sang ne se congelé, caillcbolte et pourrisse dedans les parties inle-

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rieiires du corps , nous traiterons à présent des contusions et meurtrisseures qui se font aux parties extérieures, queiquesfois auec playe, autresfois sans playe , en sorte que le cuir demeure tout entier, mais le sang est respandu par les muscles et entre cuir et chair seulement : laquelle indisposition a esté nommée des anciens Ecchymose.

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