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CHAPITRE XIX

DES MEDÎCAMENS ANODYNS.

Auant que parler des medicamens anodyns, faut premièrement déclarer la nature de douleur, à fin de mieux déduire les anodyns.

Douleur doncques est vn sentiment triste etfascheux, fait ou par vne altération subite, ou par solulion de continuité : dont s'ensuit que trois

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choses sont requises pour faire douleur. La première est les causes efficientes : qui sont deux , altération subile, et solution de continuité. Secondement que la partie où ces causes s'attachent, soit sensible. Tiercement, qu'il se face appréhension de ladite altération, ou solution de continuité : autrement si l'on n'apperçoit point les causes de douleur, nonobstant la sensibilité de la partie, douleur ne sera point. A ceste cause dit Hippocrates S dmhus dolurihus cundem locum simul occupanlibus^ maior minorcm ohscurat, à raison de l'apprehensiou destournée du tout vers la plus grande douleur. L'altération subite est faite de chaleur, froidure, siccité et humidité. De chaud et froid est faite douleur trés-forte : de siccité, médiocre : d'humidité, presque nulle ou assoupie : car l'humidité ne fait point tant douleur de sa qualité, que de son abondance. La solution de continuité est faite tant de ses qualités coniointes auec matière, que des causes externes, comme contusion, incision, et lesautres. Douleur doncques est symptôme tres-grand du sens de l'attouchement, qui accompagne presque toutes maladies, et bien souuentnous contraint laisser la propre cure d'icelles pour estre premièrement appaisé et allégé : ce que nous faisons tant en estant et adoucissant ces causes efficientes, que hebetant la sensibilité de la partie.

Qu'il soit vray, si les medicamens peuuent obuier aux causes de douleur , ou stupéfier le sentiment du tact, ils seront appelés anodyns, desquels nous faisons trois différences.

Les vns sont curatifs des maladies, anodyns généralement dits. Les au-

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très, propres anodyns. Les tiers sont stupefactifs ou narcotiques.

Les premiers sont, tous medicamens contrarians aux causes des maladies, et ostans toute altération :

comme en intempérie chaude, l'huile rosat , oxycrat , et autres semblables sont anodyns, et estent la cause de douleur : en intempérie froide, huile laurin, huile nardin, huile de casloreum : en seiche intemperature, mixtion d'eau et d'huile, baing d'eau douce. Brief, tous medicamens qui curent les maladies, sont anodyns, pris largement : aussi tous medicamens purgatifs, phlebotomie, scarifications, cautères actuels et potentiels, ventouses, clysteres, et autres, quand en estant la multitude et abondance des matières, allègent et anéantissent la douleur.

Les propres anodyns sont de deux sortes : les vns sont tempérés, n'excedans en aucune qualité : les autres sont chauds et humides au premier degré, approchans fort des tempérés.

Les tempérés sont ceux qui n'ayans aucune qualité excessiue, gardent la chaleur naturelle en son entier, sans la diminuer ny augmenter, appaisent douleurs, et conuiennent à toutes intemperatures. D'iceux on en trouue bien petit nombre, comme des alimens tempérés. Entre iceux on prend huile simple, huile d'amandes douces , moyeux d'oeufs, et les semblables.

Les seconds anodyns propres, chauds et humides au premier degré, corroborent la chaleur naturelle, à fin qu'elle puisse mieux abbattre la cause de douleur : raréfient , euacuent, exténuent, digèrent, tant humeurs espais et visqueux que les ventosités vaporeuses et froides qui n'ont issue ny sortie, comme ;

DES MKDICAMENS.

FUnrs,

Flores charajeineli , meliloti , anelhl , crocus. Huiles,

Oleum chamccmelinum , anethinum , oleum lini , oleum ex sera, allhœaî, oleum lumbricorum, oleum ouorum , extrilico.

Graisses.

Butyrum , lana succida , suillus adeps , vituliiius, gallinaceus, anserinus, humanus, ex anguilla , cuniculo , et aliis : lac muliel)re et vaccinum.

Mucilages et décoctions.

Mucilago seminislini, fœnugrœci. althaiœ , maluœ, aut earum decoctio. Item decoctio liliorum, violaria;, capilis , pedum et intestinorum arietis, et hœdi..

Les stiipefactifs ou narcotiques, improprement dits anodyus , sont froids iusques au quatrième] degré :

par leur froidure extrême empeschent que l'esprit animal ne peut venir iusques à la partie : parlant ostent le sentiment d'icelle , et par conséquent l'appréhension qui se pourroit faire :

finalement viennent à endormir et stupéfier la partie où ils sont appliqués. Et sont comme :

Hyoscyamus , cicuta , solanum furiosum , mandragora papauer, opium, philonium t

et les semblables.

Ligatures extrêmes et compressions ostent aussi le sen liment d'vne partie, comme quand il faut amputer vn membre : parquoy elles seront mises au nombre des anodyns impropres.

L'vsage des premiers anodyns est manifeste en la curalion de ciiacune maladie par son contraire. Nous vsons des seconds en toute douleur qui se peut ranger^ à fin d'cuiter fluxion, inflammation, fiéures, et autres

accidens. Mais où la douleur est extrême et trop véhémente, qui ne veut obeïr aux vrays anodyns, il faut venir aux narcotiques, puis qu'il n'y a autre remède : non pas seulement après auoir vsé des anodyns, mais aussi du commencement des douleurs trop grandes, quand le mal ne permet vser des anodyns. Toutesfois il ne faut appliquer narcotiques sans y mesler du saCfran, ou myrrhe, ou castoreum, autrement il seroit dangereux : comme aussi la continuelle application d'iceux est périlleuse et dommageable. Car par icelle la partie dénient liuide, pour l'extinction de la chaleur naturelle : et consequemment se tourne en mortification ou esthiomene. Or aux douleurs extrêmes des grandes inflammations, et phlegmons , et gangrenés , ne faut vser ny des vrais anodyns, ny des stupefactifs , car ils ne pourront appaiser telle douleur : mais des premiers , à sçauoir , de phlebotomie , purgation, et scarification de la partie dolente, et que dolor sit medicina doloris : commenous auonsditau traité De gangrené et mortification.

D'abondant nous auons quelques medicamens purgatifs estans appliqués par dehors, comme ceux que jEtius, Telrab, 1. serm. 3. chap. 35, nous a laissé par escrit, comme tu verras par ces exemples.

Epilhemata purgantia.

If. PulpsE colocyuth. seminis erucœ, rutas syluestris, elaterij , grani cnidij , laliridum expurgatarum, galbani, nitri rubri, cerœ, singul. §. iiij.

Opopanacis 3. ij.

Terebentbinœ 3. vj.

Tcrenda terito , et taurino felle paulatim irrigato, donec aptè imbibanlur. Dcinde circa vmbilicum apponilo vsquo ad pu-

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