‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 360 sur 515 · A.MENS · texte numérisé non relu

A.MENS

s'il n'y a grande inflammation , parce que l'ounerlurc faite par iccux est beaucoup à loiier (ainsi que i'ay escrit au traité de la Peste), d'autant qu'ils obtondent et attirent le venin du profond à la superficie, et donnent ample issue à la matière coniointe:

semblablement sont fort propres aux aposlemes pituileuses et phlegmatiques , pource que par leur chaleur ils aident à cuire l'humeur froid et crud, malaisé à suppurer, et aux autres apostemes où il y a crainte de flux de sang : à couper les veines variqueuses, et pareillement à consommer chairs superflues et pourries trouuées dedans les loupes , et faire cheoir les bords calleux des vlceres , et autres choses qui seroient longues à reciter.

Or les matières desdifs cautères, sont calx viua cendre de chesne , de grauelée, tithymal, pommelée, de figuier, de tronc de choux, de féues, de serment de vigne , et autres semblables : pa reniement des sels, comme ammoniac, alkali, axungia vitri nigra^, sal nitrum, vitriol romain, et autres semblables. Et de toutes ces choses on fait vn sel qui sera fort corrosif, selon la quantité et qualité des choses dont ils seront composés , lequel par sa chaleur est caustique, faisant eschare et crouste comme vn fer ou charbon ardent , et partant fait ouuerture en consommant et erodant le cuir et la chair où on les applique.

Exemple de faire cautères potentiels.

Prenez chaux viue trois liures, la-

1 Ces mois calx viua n'ont été ajoutés que dans la première édition posthume.

2 Encore un mot ajouté dans la première édition posthume; auparavant on lisait seulement, axungia vitri.

quelle sera esteinte en vn seau de lexiue de Barbier : et après que ladite lexiue sera rassise, on la coulera , et dedans icelle on mettra sein de verre, et cendre de grauelée, de chacun deuxliures, sel nitre et sel ammoniac, de chacun quatre onces îlesdites choses se doiuent puluei'iser grossement, puis il les faut faire vn peu bouillir, et les laisser infuser par l'espace d'vn iour et vne nuit, en les remuant par plusieurs fois : puis faut passer lesdites choses par dedans vne grosse toile en double », à fin que nulle chose terrestre y soit adioustée : et estant ce capitel clair, comme pure eau, sera posé en vn vaisseau de cuiure , comme vn bassin à Barbier :

puis on le fera bouillir promptement et auec grande flamme en le remuant tousiours, pour garder que le sel n'adhère contre le bassin. Et lors que ledit capitel sera consommé à moitié , il y faut ietter du vitriol en poudre deux onces ( à fin que les eschares tombent plustost) et laisser le bassin sur le feu iusques à ce que toute l'humidité soit presque consommée :

alors faut tailler la terrestrilé ou sel qui se fait du capitel , et enfermer les cautères gros et petits, longs, ronds , quarrés , et de telle figure que voudras , auec quelque instrument de fer chaud et non froid , comme d'vne spatule ou autre semblable, et les faut tousiours tenir sur le feu , iusques à ce que l'humidité soit consommée : puis mettras lesditstrochisques ou cautères dedans vne phiole de verre , et sera bien estoupée , en sorte que nul air n'y puisse entrer :

puis en vseras à la commodité.

> Edition de 1575 : Par dedans vn charrier double, ou autre (oile<

\lÛmE LIVRE ,

Autres cautères

Prenez vn fagot de troncs de féues auec les cosses 2, et deux fagots de troncs de choux, quatre iauelles de serment de \ igne, et en faites cendres, lesquelles mettrez en vn seau d'eau de riuiere, et laisserez infuser par l'espace d'vn iour et vnenuict.les remuant souuent : puis après adiousterez bonne chaux viue deux Hures, sein de verre demie liure , cendre de grauelée deux liures, sel nitre quatre onces: le tout sera mis en poudre, et les laisserez encore infuser deux ou trois iours, en les remuant par plusieurs fois : puis on passera le capitel par vne toile en double, ou en vne chausse d'hippocras , tan t que le capitel soit fort clair, et le ferez consommer sur le feu, comme il a esté dit : et sur la fin que verrez l'humidité presque consommée, vous adiousterez deux ou trois onces de vitriol, et les tiendrez tousiours sur le feu , iusques à ce que peu d'humidité apparoisse : puis formerez tels cautères de telle grosseur et figure que voudrez , comme il a esté dit cy dessus. Et noterez de rechef qu'en les cuisant, vous empescherez auec vne spatule que le capitel n'adhère contre le bassin , et le garderez comme a esté dit.

Prenez de la cendre de vieil bois

1 L'édition de 1575 donnait ici la formule suivante, effacée dès 1579.

« Of. Calcis viuœ ft. iiij.

Cinerem sarmentorum, truncorum fabarum et clauelalorum ana tt. ij.

Infunde omnia simul in iicinio barbitonsoris, et fiât capit. ad vsum. »

2 Ceci est le texte de la première édition poslhume ; les premières éditions portent •• Prenez vn fagot de paille, ou. tronc de febutt.

DES MEDICAMENS.

de chesne noueux en bonne quantité, non pourri , et en faites lexiue , laquelle ferez de rechef repasser par autres cendres dudit bois, à fin de rendre ladite lexiue plus forte, et fera-on cela par trois ou quatre fois : puis en icelle on fera esteindre chaux viue, et de ces deux choses sera fait capitel, duquel on fera bons cautères : car ceste cendre est chaude au quatrième degré : et pareillement les pierres dont on fait la chaux par leur cuisson sont igniflées et cho.udes aussi au quatrième degré. le diray plus , que i'ay fait des cautères de la seule cendre de bois de chesne , voire qui operoient promptement et vigoureusement'.

j4ulre.

Prenez vn demy boisseau de cendres communes , et les calcinez toutes seiches iusques à ce qu'elles deuiennent blanches, et de ce en soit fait capitel pour cautères, lesquels trouuerez estrebons2. Et pour sçauoir si le capitel ou lexiue est assez forte, faut qu'vn œuf nage dessus.

» Avant celte formule, l'édition de 1575 en offrait encore une autre, qui a été aussi effacée en 1579 comme l'une des précédentes.

« Autre cautère pour faire promptement.

» Prenez demie-once de sauon noir, cantharides subtilement puluerisees vn scrupule, lus de pommelée vne drachme, chaux viue en poudre, tant qu'il en faut pour faire vne pasle, de laquelle vseras pour cautère : icelle ayant esté gardée quelques îours pert sa vertu caustique , si ce n'est qu'elle fust appliquée sur la chair où le cuir seroit escorché. »

* Cette formule a été ajoutée seulement en 1585. En conséquence la remarque qui suit s'appliquait à la formule précédente dans les éditions de 1575 et 1579.

Prenez des cendres faites de troncs de féucsiij. liures, chaux viue, cendre grauelée, cendres de bois de chesne fort cuitles ana îb.ij. Puis lesdites choses seront mises en vn seau de lexiue faite de cendres de chesne, et les remuer fort : puis les laisser infuser l'espace de deux iours. Après on les fera passer par quelque vaisseau propre, lequel sera percé au fond en plusieurs endroits , y ayant mis quelque bouchon de paille : à fin que le capitel puisse mieux passer et se rendre plus clair. Et faut le repasser par trois ou quatre fois , à fin qu'il prenne la qualité des ingrediens : et faut de nécessité qu'il soit bien clair, et qu'il n'y reste aucune terrestrité.

Après le faut mettre en vn bassin de cuiure, et le faire tant boiiillir sur le feu qu'il demeure espais : et subit qu'il commencera à s'espaissir, faut augmenter le feu sous ledit bassin : et la matière estant assez congelée, on formera les cautères comme l'on voudra : puis seront gardés comme dessus , pour en vser à la nécessité *.

Cautères de velours.

Ces iours passés ^ le me suis trouué auec vn philosophe, grand extracteur de quinte-essence, où nous tombasmes en propos surjes cautères potentiels :

1 La première édition ajoutait ici : lesquels par dessus tous autres i'ay trouué meilleurs. Cette phrase a dû être retranchée en 1579, à raison de l'addition du long article qui va suivre, et dans lequel Paré décrivait un nouveau cautère bien supérieur aux précédents.

2 Ces iours passés ■■ je répèle que tout ce long article a été publié pour la première (ois en 1579.

58a LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE ,

lequel me dit en sçauoir des plus oxcellens que iamais furent, et que leur opération se faisoit en peu de temps sans douleur, ou bien peu, aussi que leurs eschares estoient mollasses e( humides , et qu'il no falloil pour les faire tomber y faire aucunes scarifications. Alors ie le priay bien affectueusement ' m'en vouloir donner la description , à quoy il me respond qu'il ne le pouuoit faire , parce que c'estoit l'vn de ses plus grands secrets, mais qu'il m'en donneroit quand l'en aurois affaire : subit le prie m'en donner vn, ce qu'il fit, le-

quel tost après i'appliquay sur le bras d'vn de mes seruileurs pour en faire prenne. le proteste à Dieu qu'il n'y fut qu'enuiron demie heure qu'il ne fist vn vlcere à y mettre le doigt et profond iusqu'à l'os , et n'estoit ledit cautère que de la grosseur d'vn pois, lequel laissa son eschare molle et humide, comme ledit extracteur m'auoit dit. Quand ie conneu par expérience tel effet, subit m'en retourne trouuer le maistre quintessencieux , et le priay de rechef, quoy qu'il m'en coustast, m'en donner la description desdits cautères, et ensemble la manière de les faire tdequoy il me refusa tout à plat, et de tant que ie me montrois affectionné à auoir son secret, de tant plus il faisoit le renchéri : en fin ie luy dis que ie lu y donnerois du velours pour faire vne paire de chausses. Quoy ouy, il accorda ma prière , à la charge que iamais ne le dirois à personne , et aussi que ne l'escrirois en mon liure, me reprochant que i'estois trop libéral de communiquer

1 Les éditions de 15T9 et 1585 disent simplement : Alors ie le priatj. Ces mois : bien affectueusement, se lisent pour la première fois dans l'édition posthume de 1598.

mon sçauoir, à quoy ie luy respons que si nos deuanciers eussent fait cela, nous sçaurions peu de choses. Ces propos finis, ie luy fis bailler le velours , et me donna la description et la manière de faire ses cautères, à la charge que ie ne le dirois à personne^ ny pareillement l'escrirois : ce que ie luy promis deparolle, et non de volonté, parce que tel secret ne doit estre enseueli eu la terre, pour l'excellence desdits cautères : qui est qu'ils opèrent sans douleiir, pourueu que la partie sur laquelle on les veut appliquer soit exempte d'inflammation et douleur, et laissent leur eschare assez molle et humide, principalement appliqués aux corps mollasses, comme femmes et enfans, ce qu'aucuns des autres ne font , au moins quei'aypeu encore descouutir.

Et n'a esté faute de diligence, m'enquestant soigneusement de tous les chirurgiens de ceste ville, lesquels se vantent chacun pour soy auoir la pierre philosophale des cautères, mais pas vn d'eux ne m'a voulu tant fauoriser que de me départir ceste pierre philosophique, disant que leurs pères et frères la leur auoient laissée, comme vn héritage paternel : ioint aussi que si ie sçauois ce grand secret, ie ne faudrois de le descrire en mon liure , et partant seroient frustrés de leurs chers et bienaimés cautères :

mais ie sçay que ie leur feray laisser prise, et qu'ils viendront à mespriser leur grand secret , lors qu'ils auront conneu par expérience l'excellence de ceux du philosophe Or il nous faut à présent descrire

* Cette histoire est une des plus curieuses et des plus importantes à la fois, pour faire voir jusqu'où Paré portait l'amour de la science, c'est-à-dire au-delà même des bor-

DES MEDICAMEN8.

les ingrediens, et la manière do former lesdits cautères, à Qii que tous les Chirurgiens , non seulement de Paris, mais de toute l'Europe, puissent secourir les malades qui en auront besoin. A iceux ie donneray le nom de Cauieres de velours, à raison qu'ils ne fontdouleur, principalement quand ils seront appliqués sur les parties exemples d'inflammation et douleur , comme i'ay dit, et aussi que ie les ay recouuerts par du velours.

Prenez cendre de gosseaux de feues , en lieu desquels l'on prendra les troncs , cendre de bois de chesne bien cuitte , de chacun trois liures , eau de riuiere six quartes ^ vne liure de cendre grauelée, quatre onces d'alun de glace en poudre, que l'on mettra eu vn chaudron, puis l'on remuera le tout ensemble : cela fait, on y mettra vne pierre de chaux viue , de la pesanteur di> quatre liures, et y estant csleinte, faut de rechef broiiil' 1er et mesler tout par plusieurs fois, et laisser lesdites choses par l'espace de deux iours,en les remuant sonnent , à fln de faire le capitel ( ou lexiue) plus forte. Cela fait , ferez le tout vn peu bouillir , à fin que par l'ebullilion la qualité ignée demeure au capitel ^ : puis coulerez le tout au

nés d'une probité stricte et d'une stricte humanité ; en même temps elle ne laisse pas de jeter du jour sur l'esprit de la chirurgie parisienne de ce temps.

1 L'édition de 1579 dit : Eau de riuiere vn seau, que l'on mettra en vn chaudron, etc. Il s'ensuit que la formule n'était point alors telle qu'on la lit aujourd'hui; le texte actuel est de 1585. D'où est venu ce changement? Paré a-t-il rectifié la première formule de lui-même ou d'après de nouveaux renseignements? c'est ce qu'il est impossible de déterminer.

» Ici encore le texte a varié suivant les

trauers d'vne grosse nappe ou charier, et ceste colature la faut ietter sur lesdites cendres deux ou trois fois, à fln que ledit capitel en prenne la vertu ignée : puis on le fera boiiillir dedans vn bassin de Barbier, ou en vn vaisseau de terre plombé, à grand feu fait de charbon , iusques à ce que le tout soit réduit en matière terrestre , ou sel.

Or voicy le secret et moyen de bien faire tous cautères potentiels : c'est qu'il ne faut tenir ledit sel tant sur le feu , que son humidité soit du tout tarie , de peur de consommer du tout l'humidité : partant on l'ostera de dessus le feu ayant encore quelque certaine humidité : puis seront formés cautères, gros , petits , ronds , longs, selon la volonté de celuy qui les formera, puis subit après seront mis en vne ou plusieurs flolcs de verre renforcé , bien bouchées et esloupées,,de peur que l'air ne les réduise en eau : et seront lesdits cautères gardés en lieu chaud et sec , et non humide, de peur qu'ils ne se fondent et réduisent en eau , pour en vser quand il sera besoin.

Et si quelqu' vn me vouloit obiecter n'auoir tenu promesse audit extracteur , que ne le dirois à personne , ny que les escrirois : ie luy respons que puis qu'il me les auoit vendus, qu'ils estoieut miens : et partant ie pense ne luy auoir fait tort : au contraire luy el moy auons fait chose qui seruira au public

éditions. En 1579 on lisait seulement : Cela fait, coulerez le tout, etc. ; en 1685 : Cela fait, ferez le tout boiiillir, puis coulerez le tout; enfin le texte actuel est de la première édition posthume.

1 Ce dernier paragraphe date seulement do 1586. Il paraît que dans l'intervalle on

La manière de faire la poudre de mercure, et eau forte.

Icy i'ay bien voulu descrire la manière de faire la poudre de mercure , qui pour son excellence a esté d'aucuns nommée poudre Angélique, laquelle fais en ceste manière.

:2f. Auripig. citrini, flor. œrisana § . ij. Salis nitri îb. j. fi.

Alum. rochœ &. ij.

Vitriol, romani Di. iij.

Ces choses soient pilées et bien puluerisées, et après mises en vne retorte de verre ou terre, y adioustant vn récipient de verre fort grand et bien luté : puis la retorte soit mise sus le fourneau, en faisant petit feu au commencement, et soit le tout distillé en fortiflant le feu petit àpetit, tant que le récipient deuienne vn peu rouge , et que le tout soit distillé. Et de ceste distillation en est faite l'eau forte.

Argenti viui ffi. fi.

Aquae fortis B. j.

Ponantur omnia in phiala, et fiât puluis, vt sequitur.

Vous prendrez vnpot de terre assez grand, dans lequel mettrez vostre matelas ou fiole , où seront contenus vostre argent-vif et eau forte, et entre l'espace de la fiole et le pot, faut mettre des cendres, tellement que vostre fiole soit tout enseuelie dedans, excepté le col : puis tout autour et contre le pot seront mis cendre et charbons ardens , et par ainsi

avait fait quelque reproche de ce genre à Paré, et qu'il sentit le besoin de se justifier. Je doute toutefois que sa défense satisfasse même ses plus grands admirateurs.

LE VINGT-CmQVlJ^ME LIVRE,

ferez bouillir et euaporer vostre eau forte , sans craindre que la fiole se rompe : et l'eau estant toute euaporée, ce que connoislrez qu'il ne sortira plus de fumée, vous laisserez tout refroidir : puis tirerez vostre fiole des cendres , au fond de laquelle trouuerez vostre mercure calciné de couleur de vermillon , lequel sera séparé de toute autre superfluité blanche, iaune ou noire : car la blancheur qui se concrée en haut est le sublimé, lequel demeurant auec la poudre , la rendroit douloureuse. Iceluy estant séparé , le pulueriseras : puis le mettras en vn vaisseau d'airain sur les charbons ardens, le remuant auec vne spatule l'espace d'vne heure ou deux : car par ce moyen il perd vne partie de son acrimonie ou mordacité, qui fait qu'il n'est si douloureux en son opération.

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