CHAPITRE XXVI
EXEMPLE DES CHOSES MONSTRA'EVSES FAITES PAR LES DÉMONS ET SOR- CIERS 2 .
Il y a dessorcierset enchanteu rs, empoisonneurs,venefiqu es, meschans,rusés, trompeurs, lesquels font leur sort par la paclion qu'ils ont faite aux Démons, qui leurs sont esclaues et vassaux. Et nul ne peut estre sorcier que premièrement u'aye renoncé Dieu son créateur et sauueur, et prins volontairement l'alliance et amitié du diable, pour le reconnoistre et aduouër, au lieu duDieu viuant, et s'estredon né à luy. Et ces manières de gens ^li deuiennent sorciers, c'est par vne
• Ici se terminait la phrase et le chapitre dans les premières éditions,- le reslc a été ajouté en 1579.
«Dans les éditions fie 1573 et 1575, le litre "de ce chapitre ne fait pas mention des sorciers; aussi le chapitre ne parlait que des démons; et les deux premiers paragraphes n'ont été ajoutés qu'en 1579.
ET PnODiGES. 53
infidélité et défiance des promesses et assistance de Dieu , ou par mespris , ou par vne curiosité de sçauoir choses secrettes et futures : ou estans pressés d'vne grande pauurelé, aspirans d'estre riches.
Or nul ne peut nier, et n'en faut douter, qu'il n'y ait des sorciers : car cela se prenne par authorité de plusieurs Docteurs et expositeurs tant vieux que modernes, lesquels tiennent pour chose résolue qu'il y a des sorciers et enchanteurs, qui par moyens subtils, diaboliques et inconneus, corrompent le corps, l'entendement , la vie, et la santé des hommes, et autres créatures, comme animaux, arbres, herbes, l'air, la terre et les eaux. D'auantage l'expérience et la raison nous contraignent le confesser, par-ce que les loix ont establi des peines contre telles manières de gens. Or on ne fait point de loy d'vne chose qui iamais ne fut veuë, ny conneuë : car les droits tiennent les cas et crimes qui ne furent iamais veus ny apperçeus pour choses impos • sibles, et qui ne sont point du tout.
Deuant la natiuité de lesus Christ il s'en est Irouué , et bien long temps auparauant , tesmoin Moyse , qui les a condamnés par le commandement exprès de Dieu , en Exode chap. 22, au Leuitique 19. Ochosias récent sentence de mort par le Prophète, pour auoir eu recours aux sorciers et enchanteurs.
Les diables troublent l'entendement aux sorciers par diu erses et estranges illusions S de sorte qu'ils cuident auoir veu, ouy, dit et fait ce que le diable leur représente en leur fanla-
1 Bodin en sa Republique. — A. P.
Tout ce paragraphe , qui est à la fois relatif aux sorciers cl aux diables, ne dale que de 1585.
LE dMeVÏ-I^MÉ livre,
ÉlQ , et qu'ils seront allés à cèilt lîetiës loitt, toile iticsïnc autres choses qui sont du tout iitipossibles , noh seulenieut aux hommes , Uiais aussi aUx diables ; ce iieantrtioihs ils ne seroht bougés de leur lict oU autre place.
Mais le diable , puis qu'il a puissance sur eux , leur imprime tellement eh la fanlflsieles itnagfesdes choses qu'il leui' représente, et qu'il leur veut faire accroire comme vrflyes , qu'ils ne peuuent penser autreihéùt qu'il ne soit ainsi , et ne les ayeUt faites , et n'ayeUl veillé cependant qu'ils dormoient. Telle chosëse faitaUxsot^ ciers pour lëur infidélité et meschanceté , qu'ils se sont donnés au diable, et ont renoncé Dieu leur créateur.
Nous sommes enseignés par l'Escriture sainte i, qu'il y a des esptlts bons et mauuais : les bons sont appellés Anges, et les mauuais, Démons ou Diables. Qu'il soit vrdy, la lOy est baillée par le ministère des Anges.
D'auantage il est escrlt : Nos COrpd ressusciteront au son de la trompette et à la vois de l'Archange. Christ dit, que Dieu enuoyera ses anges qUi recueilleront les esleus des bouts dU ciel. Il se peut pareillement proUûer qu'il y a des esprits malins appelles Diables. Qu'il soit ainsi , en l'histoire de lob 2, le diable fit descendre le feu du ciel^ tua le bestial, suscita les vents qui esbranlerent les quatre coins de la maison , et accablèrent les enfans de lob. En l'histoire d'Achab il y auoit vn esptit de mensonge en la bouche des faux prophètes ^. Le diable mit au cœur de ludas de trahir
1 S. Paul aux Hcbr. 1, 14, — Gai., 3 , 19y i.—Thess., i, 16. — A. P.
C'est par ce paragraphe que commençait le chapitre ch 1573 et 1575.
3 1 7ÎOI6-, 31 — A. P.
lësus Chi'lst. tës diables qûî éslôiént en g^rand nombre dedans le corps (i'vn seul homine , s'appellolenl Légion , et obliridrertt permission dé DleU d''entrër és poUi-ceaux , lesquels ils pt'CCipiierenl en la mèr '. Il y a plusieurs auti*eé tesinOignages de la sainte Eset'itUrô , qu'il y a des anges et des diables. Dés le commencement Dieu Cl'ëa vhe grande multitude d'ahgës pour Citoyens du ciel , qui soHt appelles EëpHts diuinê , et sans cOi'ps demeurent, et sont messagers a exécuter la volonté de Dieu leUr créateur, soit en îu&tice ou misericOide, toutesfois ils s*ëstudiènt au salut des hommes : au contraire dés malins ahgës , appelles Démons ou diables, qui de leur nature taschent tousiours à nuire au genre humain par machinations , faUfesës illusions , tromperies et mensonges : et s'il leur estoit permis d'exercer leur cfuauté à leur volonté et plaisir, véritablement en bref le genre humain sei'Oit perdu et ruiné : mais ils ne peuuent faire qu'entant qu'il plaist à Dieu leur lascher la main. Lesquels pour leur grand orgueil furent chassés et deiettés hors de Paradis et de la présence de Dieu : dont les vns sOnt en l'air, les autres en l'eau , qui apparaissent dessus et aux riues , les autres sus la terré , les autres au profond d'icelle, et demeureront iusques à ce que Dieu vienne îuger le monde : aucuns habitent aux maisons ruinées et se transforment en tout ce qUi leur plaist. Ainsi qu'on voit aux nuées se former plusieurs et diuers animaux , et autres choses diuerses, à sçauoir centaures, serpcns, rochers, chasteaux ^ hommes et femmes , oiseaux , poissons cl autres choses : ainsi les
1 léati; 18; ^ Mtlftii i, 2Ô, U. A; P:
DES MONSTRES
démons ée fortnent tout subit en ce qui leuf plaist, et souuent ôiï léS tOit transformer eû DesteS , Comme secpens, crapaUx, cliats-htlfiuls , huppes, corbeaux, boucs, asnes, chiens, chats, loups, tot-ettUx et autres : voire ils prennent dés corps humains vifs ou moi-ts, les mdnieHtj tourmentent, et empeschent leurs œuures naturelles : non seulement ils se transmuent eti hommes, mais aussi en Afiges (le luttiietë : ils foht semblant d'estre contraints , et qu'on les tient attachés à des anneaux ^ rhàiâ vne telle contrainte est volontaire et pleine de trahison. Iceux démons desiient et craighent, aimetit et desdaignent : ils ont charge et Offlfcë de Dieu pOUf exiger les peinës dës maléfices et péchés des inescharis , coinme il se peut prouUer fjue DieU ëtluoyd en Egypte exploit pat mauuais anges Ils hurlent la nuit , et font bruit comme s'ils estoieUt enchaisnés : ils remuent bancs , tables , tràiteaUÀ; , bercent les enfdUs , loUëut au tablier, fueillettërit liures , coittpteht argent, ët les oit on promener par la fctàtnbré , ouurëflt portes et feuestrés, îèttênt vaisselle par terré, cassent pcitâ et Verres i, èt foht autre tintattiàrrë : neântffioins on ne voit rien au matin hOrs dé sa placë , ny rietl càsfeé , rly portes ou tfeneStfes ouuèrtes. Ils ont plusieurs nUnis , ëomme défiions , bàCbdemons ^ incubes^ sûccubts, boquêtrldres , gdbeliiii , tiiiiniS , thauMis ailgëSi Satan i Liiiifef , péH de rhensOUgk , pritlbé dès téhèbhè , léDiôn Ct vUë infinité d'autres noms , (jUi Sont escrits au liure de l'imposture des diftblës , Sëlon les differëhcës des m&Ui qu'ils foHt, et és lient où ils sont le ^ilUS soudent.
« lYomb., 22, 28. — A. P.
2 Psalm. 78 , — Pierre de Ronsard en m Hymnes. — A. P.
ÎÎT PRODiGÈS. 55