‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 419 sur 515 · VOY.AGE DE CIIASTEAV LE COMTE · texte numérisé non relu

VOY.AGE DE CIIASTEAV LE COMTE

Quelque temps après, le Roy Henry fit leuer vue armée de trente mille hommes , pour aller faire degast à l'entour de Hedin.Le Roy de Nauarre, qu'on appelloit pour lors monsieur de Vendosme , estoit chef de l'armée , et Lieutenant du Roy.;Eslant à S. Denys en France , attendant que les compagnies passoient, m'enuoya quérir à Paris pour aller parler à luy. Estant là , me pria (sa prière ra'esloit commandement) de le vouloir suiure à ce voyage : et voulant faire mes excuses, disant que ma femme estoit au lit malade , me fit response qu'il y auoit des Médecins à Paris pour la traiter, et qu'il laissoit bien la sienne, qui estoit d'aussi bonne maison que la mienne, me promettant qu'il me traiteroit bien : et des lors fit commandement que fusse couché en son estât. Voyant ceste grande affection qu'il auoit de me mener auec luy, ie ne l'osay refuser,

le l'allay trouuer au Chasteau le Comte , trois ou quatre lieuës prés de Hedin , là où il y auoit des Impériaux soldats en garnison auec nombre de paysans d'alentour. Il les fit sommer de leur rendre : ils firent response qu'il ne les auroit iamais que par pieces , et qu'ils fissent du pis qu'ils pourroient, et eux feroient du mieux à se défendre. Ils se fioient en leurs

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fossés qui estoient pleins d'eau : et en deux heures , auec grand nombi i' de fiiscines et certains loniicaiix , on fit chom-n pour passer les ;;ens de pied, quand il faiidroit alli-r à l'assaut: el lurent battus de cinq canons, et lit on brèche aucunement suffisante pour y entrer : où ceux de dedans receurent l'assaut bien viueinent,et ne fut sans tuer et blesser grand nombre de nos gens do coups d'harquebuses, de piques, et de pierres. En fin quand ils se virent forcés, ils mirent le feu en leurs poudres et munitions, qui fut cause de brusler beaucoup de nos gens, et d'entr'eux semblablement , et furent presque tous mis au fil de l'espée. Touleslois quelques - vus de nos soldais en auoient pris vingt ou trente , espérons en auoir rançon. Cela fut sceu , et arresté par le conseil qu'il seroit crié à son de trompe parmy le camp, que tous soldats qui auoient des Espagnols prisonniers eussent à les tuer , sur peine d'estre pendus et estranglés. Ce qui fut fait de sangfroid.

De là nous nous en allasmes brusler plusieurs villages, dont les granges estoient toutes pleines de grain , à mon très- grand regret. Nous nous en allasmes iusques à Tournahan , où il y auoit vne bien grosse tour, où les ennemis se retiroient , mais il n'y fut trouué personne : tout fut pillé, et fit-on sauter la tour par vne mine , auec la poudre à canon , qui la renuersa s'en-dessus-dessous. Apres cela, le camp se rompit, et m'en retournay à Paris.

le ne veux encore oublier à escrire, que le lendemain que Chasteau le Comte fut pris , monsieur de Vendosme enuoya vn gentil- homme signalé deuers le Roy, pour luy faire

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