LES DESTES SOM" DOCILES
Les bestes sont dociles pour apprendre ce que les hommes leur veulent enseigner : en quoy elles nous baillent quelque tesmoignage qu'elles ne sont pas sans quelque par tici-
la Figure du Hérisson detner, l'édition de 1579 eu conlonail deux autres également illustrés par des ligures, qui furent transportés en 1585 dans le Discours de la Licorne , où ils sont restés. Le premier concerne le Poissou nommé Vleiif, appelé en 1579 Sielif et Vielif; on le trouvera au chapitre 13 du Discours de la Licorne, ci-devant, page 503. Seulement, au lieu de la dernière phrase : Plusieurs esiimeni leciii animal estre vue Licorne , etc., on lisait en 1679 : Plusieurs esiimeni ladite corne eslre vue langue de poisson, ce que n'est pas.
L'autre paragraphe était consacré à l'histoire du poisson nommé Caspillij. On peut aussi retrouver cette histoire au chapitre «2 du Discours de lu /^/co)«e, ci-devant, p. 502; mais le texte de 1579 présente des dillérences assez singulières pour être reproduit à part :
« Il y a vn autre poisson , qui se trouve en risle duPeru , portant vne corne fort agiie, en façon d'vne espee bien tranchante, longue de plus de trois pieds. Iccluy voyant venir la Ralaine, il se cache soubs les ondes, et choisit l'endroit le plus aisé à blesser, qui est lo nombril , que la frappant, il la met en telle nécessité , que le plus souuent meurt de telle blesseure. Laquelle ses eniant touchée au vif, commence à faire vn grand bruit, se tour-
palion do raison. On les voit estre enseignées i)ar les hommes, y prenans leurs esbats et plaisirs outre leur naturel : connue les chiens, singes, chenaux, passent et repassent par les cercles des basteleurs, et s'csleuent sur les pieds, sautans et dançans, et
font plusieurs autres tours de passepasse.
Plularque recile ' qu'vn chien sernoit à vn basloleur, hîqucl iouoit vne fiction de plusieurs mines et plusieiws personnages, et ce chien y represcn- (oit plusieurs choses conuenables à la matière suietle : mesmement l'esprenue que l'on faisoit sur Iny d'vne drogue qui auoit force de faire dormir, mais ainsi que l'on supposoit
mentant et battant les ondes, escum.nnt comme vn verrat, et va d'vne 1res grande roideur ( se sentant près les traits de la morl) qu'elle culebute et renuerse les nauires
qu'elle rencontrc,el fiit (elle naufragequ'elle les enseuclit au profond de la mer. Il se voit au goufre d'Arabie, que les Arabes nomment Caspiili, qui est presque aussi large que long, et sa longueur n'excède jioint deux pieds. Il a la peau comme vn petit chien de mer : il est armé d'esguillons , dont il en a vn au milieu du front long d'vq pied et demy, et aussi aigu et tranchant qu'vne lancette : et auec ce genre d'arme, quand il est afl'amé, il vient à se ielter contre le premier poisson qu'il Irouue, et de telle f;içou qu'il demeure pour les gages, traînant sa proyc où bon lui semble , pour en auoir sa curec, ainsi qu'escrit André Teuet, disant l'auair veu. I)
H est évident qu'il y a là deux descriptions diUérentes confondues mal à propos j et toutes les deux s'écartent encore en quelque chose de la description du Discours de ta Licorne. Du reste, Paré cite en marge Theuet lia. 5. ch. 2.lom. I. de sa Cosmugrapliie , où les lecteurs curieux d'éclaircir cette énigme en trouveront probablement le mot.
1 Plularque , tome 2. — A. P.
LE LIVHK I-)T:s ANIMA-VX
faire mourir : il prinl le pain où la drogue csloil nicslée, et peu d'espace après l'auoir aualé, commença, ce scmbloit, à trembler comme s'il oust esté tout estourdi : finablement s'estendant et se roidissant comme s'il cust esté mort, il se laissa tirer et traîner d'vn lieu en autre, ainsi que portoil le suiet de la farce : puis quand il conneut à ce qui se l'aisoit et disoit qu'il csloit temps , alors il commença premieremeiil à se remuer tout bellement , comme s'il fust reuenu d'vn profond sommt'il, et leuant la teste regarda çà et là, dont chacun des assistans fut fort esbahi : puis se leuant du tout, s'en alla deuers celuy qu'il l'alloit qu'il receust, et le caressa : de sorte que tous les assistans, et mesmes l'Empereur Vespasien y estant , en personne dedans le tlieatre deMarcellus, en demeurèrent tous resiouïs.
Le singe est vn animal ridicule , beau toutesfois au iugement des enfans, et leur est vn passe temps pour lire : car s'essayant d'imiter tous actes d'homme, il ne le peut faire, et partant appreste à rire à ceux qui le regardent. On a veu, dit Galien », vn singe s'efforcer à louer de la fluste, danser et escrire, et faire autres choses que l'homme peut bien faire.
Il me souuient auoir veu en la maison du Duc de Some, vu gros singe malfaisant , et pource on luy couppa les deux mains, souffrant estre habillé desesplayes. Estant guari, se voyant sans mains deuint doux, affable et docile : on luy bailla vn liabit verd, et ceint autour du corps : et à sa ceinture estoit pendu vn estuy de lunelles, auec vne paire de couteaux et vn mouchouër, comme l'on
I Liurai. del'Fsarjc des parités. —A. 'P.
baille aux enfans. Estant ainsi habillé, le maistre cuisinier voulut estre son pédagogue, à cause qu'il faisoit sa demeure à la cuisine, à vn coing de la cheminée. Il l'instruit à luy faire faire plusieurs singeries : et où il failloit , coups de baston ne luy manquoyent, non plus que la paroUe, luy diminuant sa portion, le faisant souuent ieusner par cœur : car, comme dit Perse, Le venlre est ingcnuux et maistre des arts (et celuy qui baille l'entendement). Et par ce moyen le cuisinier enseigna au singe à ioùer de passe-passe, à sauter et danser au son d'vn petit flageol, courir la lance, passer et repasser entre les iambes :
il portoit la viande auec les pages pour la poser sur la table auec grande reuerence, et faisoit plusieurs autres bons seruices, tenant tousiours sa vaisselle nette auec la langue, de façon qu'on l'appeloil frère lean factotum. Après le disner et souper, on le meltoit dans vne chaire, contrefaisant le prescheur, tournant les yeux s'en dessus dessous, frappant sa poitrine de ses moignons en disant ses patenostres, clacquetant des dents, et monstroit son cul, qui estoit lousiours à descouuert (à cause que son habit estoit court , de peur qu'il ne fust saffrané) : bref, faisoit plusieurs autres singeries et risées, marchant tousiours debout, à cause qu'il ne se pouuoit tenir autrement s'il n'estoit sur son cul, parce qu'il auoit perdu ses mains.
On voit semblablemcnt les Fauconniers qui apprennent aux oiseaux de proye aller combattre en l'air autres oiseaux, et les abattre en terre : voire voilent si haut au profond des nues, qu'on les perd de veuë. El le faucon ayant gaigné le dessus d'vn héron, et se voyant eslre presque vaincu, met
son bec long- et aigu sous ses ailes, la pointe en liant, à fin que le faucon le voulant abattre , donne contre insques à entrer au trauers du corps, qui est cause que tous deux quelquesfois tombent en terre morts. Et où le faucon l'aura abattu sans estre blessé, estant descendu en terre, le fauconnier l'appellant , retourne se remettre sus son poing-.
D'auantage, aucuns petits oiseaux sont enseignés ù besongner des pieds et du bec, desquels ils vsent en lieu de mains, tirans de petits vaisseaux pendus à vue corde, (ausquels est leur manger et boire), comme vn homme tireroit des seaux d'vn puys auec les mains.
Et quant au Chien, chacun sçait comme il est docile, et comme ii va quérir vue Cane au profond de l'eau, et l'apporte à son maistre, viue ou morte : et fait encore plusieurs autres choses, outre celles deuant dites, qui seroient trop longues à descriro.
Le cliameau est un animal fort domestique, quis'appriuoise facilement, apprenant à quoy on l'addresse pour s'en seruir. Il est bien vray qu'il y en a de bien farouches et sauuagps, lesquels pour n'auoir esté appriuoisés sont fascheux, et mordent et ruent aussi bien que pourroit faire le plus vicieux cheual qu'on sçauroit trouuer. Le soir qu'on est à repos , on n'a peine que les laisser en la campagne pour paistrc vn peu d'herbe, ou brouter quelque espine, chardon ou rameau, et le lendemain le recharger, et si ne fera iamais faute. On ne leur met point la somme sur le dos, qu'ils n'ayenf quatre ans pour le moins.
Les Arabes ont ceste astuce de les chaslrer ieunes, à fin qu'ils s'en seruent plus longuement : el ne sont si furieux au printemps, lors qu'ils vieu-
I)F LFXCKLLr.NCr DF. LIIOMIMI' . 767
nent en amour. Ceste besle soullVe huit iours la faim et soif. Elle, du douce et amiable nature, veti que les esclaues et marchans Turcs , la voulaus charger ou descharger de leur fardeau, ils ne font que toucherd'vno vergette sur le col, el soudain se couche par terre, et ne se leue qu'elle ne se sente assez chargée, ou qu'on les face releuer. Il a quatre genoux : pour ceste cause il tlechit ses cuisses de derrière comme ses ïambes de deuant : et partant il demeure à gcnouil tant qu'il soit chargé. ïello chose a esté faite par vne grande prouidence de nature , pour satisfaire à la commodité de sa hauteur : car autrement il eust fallu des eschelles ou escabelles à l'homme pour le charger.
H y en a qui n'ont qu'vne bosse sur le dos , qui sont d'Afrique ou Arabie. Il yen a d'autres qui en ont deux, qui sont amenés d'Asie et Tartarie : les vus sont grands , et bons <à porter grande charge : les autres petits, propres à faire iournée , comme nous faisons sur nos chenaux. La vian(h; qu'ils aiment le mieux sont les féucs, et ne leur en faut que quatre poignées pour les contenter tout vn iour. C'est la plus grande richesse q\w, les Arabes ayent, tellement que s'ils vouloient monstrer quelques vus d'entre eux estre opulent et riche, ils ne disent point : Vn tel a tant de mille escus vaillant, mais bien diront-ils :
Il a tant de cent ou mille chameaux.
Le grand Turc (comme dilTheuel) a vn Capitaine quia sous luy nombre d'esclaui's Mores cL Cbrestiens, qui a le soing des chameaux , lesquels sont pensés, frottés et estriliés par lesdiîs esclaues. Et me suis laissé dire, ce dit Theuet, aux Arabes, Mores, el à quelques marchands luifs, qui ostoienl du temps que Sultan Selim