CHAPITRE XXIÎT
i/hommiî a le cor.i's desarsik.
Or comme l'homme a le corps desarmé , et dcspourtiou d'armes , au.ssi a-il l'ame desliluée d'arts. Et en recompense de ce qu'il est nud et desarmé , il a la main ' , el en lieu que son ame n'a aucun art, il a la raison
1 Galien, 1. de F'suparl. chap. 4. — A. T.
ÈT Di? l'ex^ullence biî l'homme.
et parolle : et de ces trois estant garni, il arme son corps, le couinant, et remparant en toutes clioses, et enrichit son amc de tous arts et sciences.
Or s'il auoit quelques armes naturelles , il anroit tousiours celJes-là seules: semblablcnienl si de nature il sçauoit quelque art, il n'apprcndroit iamais les autres. Pource donc qu'il luy estoit trop meilleur s'aider de loutes armes, et de tous arts, Nature ne luy a donné ne l'vn ne l'autre:
parquoy Arislolc dit de bonne grâce, la main estre l'instrument qui surpasse Ions autresinslrumens. Etsemblablement quelqu'vn , à l'imilalion d'Aristote, pourroit dire : la raison estre vn art qui surmonte tous les arts. Car ainsi que la main est instrument plus noble que tous insLru mens , pource qu'elle les peut faire , manier, et mettre en besongne, combien qu'elle ne soit aucun des instrumens particuliers : aussi la raison et la parolle n'estant aucun art particulier , les comprend naturellement tous. A ceste cause, la raison est vn art qui auance tous les autres.
L'homme donc seul entre tous les animaux, ayant en son ame vn art plus excellent que tous autres, à sçauoir la raison , à bon droit possède vn instrument plus noble que tous autres , sçauoir la main.
El ainsi l'homme, animal seul diuin cnlre tous ceux qui sont en terre pour toutes armes defensiues a les mains, qui luy sont instrumcns à tous arls , et non moins conuenables en guerre qu'en paix. Il îi'a eu besoin de cornes naturelles, comme le taureau, ny de défenses , comme le sanglier, ny d'ongles, comme le cheual, ny autres armes, ainsi qu'ont les bestes : car il peut prendre auec ses mains
des armes qui sonl meilleures, comme vue pique, vue espée, vue hallebarde, vue perluisane, qui sont armes plus auanlageuses, qui coupent et percent plus aisément que les cornes et les dents. Il n'a eu aussi besoin des ongles comme le cheual, car vn caillou ou vn leuier assènent et froissent mieux qu'vn ongle. En outre, on ne se peut aider de la corne ou de l'ongle que de prés : mais les hommes se seruent de leurs armes de prés el de loing, comme d'vue harquebuse et d'vne fronde el floche, el d'vn leuier plus commodément que d'vne corne.
Voire-mais, dira quelqu'vn, le lion est plus visle el léger que l'homme. Eh bien, que s'ensuil-il pour cela? L'homme auec sa main et sa sagesse, qui aura doraplé le cheual, animal plus visle que le lion, maniant le cheual, il chasse et poursuit le lion : en reculant el fuyant il se sauue de douant luy : estant assis sur le dos du cheual, comme en lieu haut et releué, il choisit el frappe , el tue le lion d'vn espieu ou d'vne perluisane , ou d'vne pistole, ou autre arme qu'il voudra choisir. El parlant l'homme a tous moyens pour se défendre des autres animaux : il ne serempare point seulement d'vn corcelet, mais d'vne maison , d'vne tour ou rempart. Il fait toutes armes auec ses mains : il ourdit vn habillement, il lance el tire vn rets et vn filet a pescher, et fait toutes autres choses plus commodément que les animaux, et par la puissance qu^il a eue de Dieu son créateur, il domine sus les animaux qui sont en (erre. Il charge l'elephanl et le rend en son obéissance, mais aussi ceux qui sonl en la mer, comme cest horrible monstre et grand, la balaine, la tue et l'ameine au riuage. Pareillement ceux qui sont en l'air : car le